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Arrêtons de nous faire peur avec l’intelligence artificielle

TECHNOLOGY

By Laurent T | Shutterstock

Pierre d’Elbée - publié le 17/11/18

Arrêtons de nous faire peur : l’intelligence artificielle (IA) ne pense pas, n’agit pas et n’aime pas. Ce n’est pas un modèle d’intelligence, mais un outil génial. À mettre à sa place.

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Sur le sujet, les best-sellers abondent. C’est Yuval Noah Harari qui annonce un nouvel âge de l’humanité, Homo Deus en toute simplicité. C’est le pavé dans la mare de l’expert national Laurent Alexandre La Guerre des intelligences (JC Lattès). À chaque fois, on hésite entre l’émerveillement et la terreur devant la puissance « sans limites » de l’intelligence artificielle des Deep Blue et autre AlphaGo qui battent à plate couture les champions d’échecs, et promettent de pulvériser l’expertise des plus grands médecins, avocats et autres ingénieurs par le deep learning. Google : une nouvelle divinité ? L’idée de « puissance illimitée » me laisse songeur. Pour au moins trois raisons :

Calculer, non penser

Une intelligence artificielle, procédant par algorithmes, est-elle capable de penser ?Le chercheur en science informatique Gérard Berry propose la définition suivante : « Un algorithme, c’est tout simplement une façon de décrire dans ses moindres détails comment procéder pour faire quelque chose.Le but est d’évacuer la pensée du calcul, afin de le rendre exécutable par une machine numérique(ordinateur…). On ne travaille donc qu’avecun reflet numérique du système réel avec qui l’algorithme interagit. »


ROBOTICS

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Au-delà du calcul ou de l’algorithme, penser n’est-ce pas d’abord s’étonner devant la beauté de la vie et l’épreuve du mal, interroger personnellement notre destinée, se positionner dans nos projets, éprouver les valeurs que l’on découvre au cours de sa vie, vivre intérieurement des expériences qui donnent du sens à notre vie… ? Une intelligence artificielle pourra-t-elle un jour penser ?

L’agir et le faire

La question risque de surprendre, mais j’ose : une intelligence artificielle est-elle capable d’agir ? Ses progrès aboutissent à des résultats de plus en plus sûrs et précis, rapides et meilleurs que ceux de l’expert : soit. Mais déclencher un processus qui met en marche un robot, est-ce pour autant une action, un « agir » ? Aristote fait la différence entre « l’agir » et « le faire » : produire un résultat est un « faire ». Agir est plus intérieur et d’ailleurs éthique : j’essaie d’être juste non seulement si mon action est extérieurement conforme à la loi, mais si mon intention est honnête. Agir c’est habiter son action de sa présence, de son adhésion.

Ici apparaît la différence entre un manager qui habite sa fonction et celui qui applique des techniques. Une intelligence artificielle pourra-t-elle un jour faire autre chose que produire un résultat ?


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Le cœur et la raison

Une intelligence artificielle est-elle capable de sentiments altruistes ? Mon fils (14 ans) me pose la question suivante : imagine qu’une Intelligence Artificielle rencontre un pauvre bougre dans la rue qui a faim et froid. L’IA va-t-elle l’aider ? Évidemment oui. On peut imaginer un robot qui parcourt les rues en analysant chaque personne, sa démarche, ses mimiques, ses attitudes, tout cela d’une façon plus fine et approfondie que le meilleur des détectives. Et devant telle et telle personne, il conclura que : oui, il faut l’aider. Comment y arrivera-t-il ? Grâce à la sollicitude ? À la compassion ? N’est-ce pas plutôt à la suite d’une excellente (mais froide) analyse ?

Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas, disait Pascal. Je crois que c’est vrai : là où un geste d’amour remplit l’âme, un geste objectivement utile en reste à son niveau d’efficacité. C’est déjà pas mal, me direz-vous, mais vous accepterez d’y voir une différence clé : croyez-vous vraiment qu’une intelligence artificielle puisse un jour être mue par l’amour, la bienveillance, la gratuité ?

Une seule réponse

Vous me voyez venir : je doute qu’une réponse positive soit un jour possible à ces trois questions. Je suis même convaincu du contraire. Il n’y a qu’une réponse : revaloriser l’action habitée, la pensée vivante et une sincère dimension altruiste. Être humain en somme. En y travaillant, on inspire le résultat de nos organisations en amont, et on lui donne du sens en aval. Ce qu’aucune IA ne pourra jamais faire. Arrêtons de nous faire peur : l’Intelligence Artificielle n’est pas un modèle d’intelligence, mais un outil génial. Bon ou mauvais génie ? À nous d’en décider !

TRAVAIL-INSPIRE

Pierre d’Elbée vient de faire paraître Le Travail inspiré (L’Harmattan, octobre 2018).

Tags:
intelligence artificielletravail
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