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D’un roman à l’autre, Chesterton catholique malgré lui

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Louise Alméras - publié le 07/01/20

Romancier profondément catholique, G.K. Chesterton est pourtant loin de l’avoir toujours été. Naissance anglaise oblige, sa foi catholique ne venait pas de soi. Mais s’il estime l’avoir été de tout temps, sa conversion, elle, a pris son temps. Et sa pérégrination spirituelle n’est pas disjointe de sa vie littéraire. Camille Dalmas raconte dans « Le paradoxe G.K. Chesterton » combien sa conversion était impossible et tout autant inévitable.

Romancier à la plume cocasse, poétique et lumineuse, G.K. Chesterton tient une place de choix parmi les écrivains chrétiens. Il était aussi poète, nouvelliste et dramaturge. À cheval sur les XIXe et XXe siècles, l’auteur des aventures du père Brown, de L’Homme éternel ou encore d’Orthodoxie a navigué entre plusieurs eaux avant d’en venir au christianisme, car l’époque était aux spiritualités ésotériques ou aux théories matérialistes et spiritistes. Pourvu d’une puissante intelligence et d’une insatiable curiosité, on ne peut que comprendre qu’un tel homme ait été, dans sa jeunesse, butiner aux fleurs savantes de l’Angleterre. Géant tant par son physique que par la grande qualité de ses nombreux écrits, son ombre plane encore sur le XXIe siècle. Et pour cause, la concurrence est rude depuis qu’il a écrit.

Une première conversion par amour

C’est d’abord grâce à celle qu’il épouse que l’horizon du christianisme s’offre à lui car « il n’envisageait pas qu’une telle femme puisse se tromper », raconte Camille Dalmas, journaliste à l’Agence I.Media. Frances Chesterton inspire ces vers à l’écrivain : « Aussi je t’apporte ces rimes / À toi qui m’apportas la croix ». Cette découverte de la croix vient soutenir son rejet des autres croyances, parce que « les incroyants commençaient à ne pas croire à des choses normales », écrit-il dans L’homme à la clef d’or. Ils « me poussèrent vers une morale théologique, en détruisant eux-mêmes toute possibilité saine ou rationnelle de morale laïque ». Chesterton devient donc anglican. Des années plus tard, après avoir reçu le baptême catholique en 1922, c’est à son tour de convertir sa femme et Frances se convertit au catholicisme en 1926.


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La quête par les idées et la littérature

Mais c’est sans doute à la politique que l’on doit une bonne partie du reste de son cheminement. La Haute Église à laquelle il appartient est très conservatrice, tandis que la Basse est progressiste. Il ne se retrouve dans aucune des deux puisqu’il est libéral, comme les catholiques, dont c’est traditionnellement le parti. Les catholiques anglais sont rares, ils vivent cachés, murmurent et sont dépourvus d’une parole publique. Cela n’empêche pas plusieurs grandes figures de l’Église anglicane, comme Newman, de franchir le pas pour faire corps avec l’Église catholique. La conversion du cardinal Manning, prêtre anglican sensible à la cause des pauvres, marque également la rupture avec une Église d’Angleterre subordonnée au pouvoir économique. De quoi tourmenter le jeune journaliste, plutôt fébrile à l’idée d’être un mauvais sujet de la monarchie et un traître à sa patrie. 




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Il se lance alors dans l’écriture du père Brown pour éclaircir ses pensées et tenter de trouver une réponse. Les enquêtes du détective, miroirs de la quête de l’auteur, forment « une longue parabole incitant l’homme à se servir de sa raison, merveilleux instrument que Dieu lui a donné : pour se préserver du mal ou de ses effets, certes, mais aussi pour accroître sa connaissance du monde et de la vie », écrit Francis Lacassin dans une introduction. L’homme dont il s’est inspiré n’est autre qu’un prêtre catholique, le père John O’Connor. 

Dès lors, il devient un fervent défenseur de la foi catholique salué par le Vatican et publie en 1927 Le converti. Chesterton utilise alors sa plume d’écrivain et de philosophe pour dire sa profession de foi en une religion qui intègre les paradoxes humains, soumis à la miséricorde de Dieu, dont la promesse est la joie de la sainteté. Cette étude passionnante de Camille Dalmas nous entraîne dans les rêves d’un génie proche de l’homme, parce que poète et amoureux de l’être humain.

Le paradoxe G.K. Chesterton

Le paradoxe G.K. Chesterton, de Camille Dalmas, Éditions L’Escargot, 10 euros.

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