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Le coronavirus va-t-il limiter les avortements ?

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Le ministre français de la Solidarité et de la Santé Olivier Veran s'exprime à l'Assemblée nationale à Paris, le 31 mars 2020.

Nicolas Bauer - publié le 03/04/20

La crise sanitaire compliquant l’accès à l’avortement au point même de l’empêcher, des associations féministes réclament un élargissement du « droit à l’IVG ». Aux États-Unis, certains États ont pris l’option de l’interdire.

Le pic de l’épidémie du Covid-19 provoque un engorgement du système de santé qui oblige à hiérarchiser les opérations en fonction de leur urgence et de leur importance. Il faut « prioriser », disent les spécialistes. Dans ce but, il est habituel de distinguer les opérations chirurgicales ou médicales « urgentes » de celles qui sont qualifiées d’« électives » (du latin electivus, « qui marque le choix »). Ces dernières ne sont pas urgentes et peuvent être retardées ou annulées sans danger pour le patient. 

Dans ce but, le gouvernement français a demandé aux établissements de santé de déprogrammer « toute activité chirurgicale ou médicale non urgente, et sans préjudice de perte de chance pour les patients ». Or si l’IVG est bien « non urgente » pour la santé ou la vie d’une femme enceinte, son report se heurte au délai légal de douze semaines de grossesse. Les femmes dont l’avortement serait déprogrammé subiraient donc juridiquement une « perte de chance », ce qui pour le gouvernement justifie le maintien des IVG pendant l’épidémie. 

« Procédé scandaleux »

La sénatrice socialiste Laurence Rossignol, qui avait déjà tenté en juin 2019 de faire voter un amendement allongeant le délai légal à quatorze semaines de grossesse, a profité du projet de loi sur l’état d’urgence sanitaire pour réintroduire un amendement équivalent le 19 mars 2020. Les Associations familiales catholiques (AFC) ont dénoncé un « procédé scandaleux », et ce « au moment où le pays entier cherche à sauver des vies ». Le gouvernement a rejeté l’amendement au motif qu’il n’aiderait pas à « aborder sereinement la question prééminente de l’état d’urgence sanitaire ». Le recours aux IVG médicamenteuses sans passer par l’hôpital a été recommandé.

Mais le 23 mars, le collectif « Avortement en Europe », rassemblant diverses organisations telles que le Planning familial, les Verts (EELV), la CGT et les Femen a relancé la revendication en réclamant l’allongement du délai « au nombre de semaines que durera le confinement ». Le lendemain, une centaine de « professionnels de l’IVG », soutenus par des personnalités politiques, publiaient une tribune dans Le Monde appelant à des « mesures d’urgence » facilitant davantage l’accès à l’avortement : l’allongement de deux semaines le délai légal pour les IVG par aspiration, l’allongement de deux semaines le délai légal de l’IVG médicamenteuse et la levée de l’obligation du délai de 48 h entre la première consultation et la pratique de l’IVG pour une mineure. 

Interrogé au Sénat sur ces revendications par Laurence Rossignol, Olivier Véran a confirmé « une réduction inquiétante (sic) du recours à l’IVG », à cause du confinement. Le ministre de la Santé a précisé : « Il est hors de question que l’épidémie de Covid-19 restreigne le droit à l’avortement dans notre pays », annonçant que « plusieurs dispositions sont à l’instruction et vont être prises dans les plus brefs délais ». Il a déclaré qu’il n’avait « pas d’opposition de principe » à l’allongement du délai pour les IVG médicamenteuses et que ses services étudiaient dans quelle mesure les « conditions de détresse psychosociale » pouvaient justifier un allongement des délais pour l’IVG instrumentale. « Cela signifie très clairement que les avortements pourraient être facilités et encouragés jusqu’au dernier jour de la grossesse. Autrement dit, cela reviendrait à légaliser des infanticides puisque les bébés en question sont déjà viables », ont réagi dans un communiqué les AFC.

Opérations « électives »

Aux États-Unis, les options sont toujours plus tranchées. Certains États ont interdit aux établissements de santé de pratiquer des IVG pendant la durée de l’épidémie, afin notamment d’économiser des masques. Cette décision a été prise dans l’Ohio, le Texas, la Louisiane, le Mississippi et le Maryland. Au contraire, l’État du Massachusetts a considéré que les IVG étaient des opérations « urgentes », contrairement à d’autres opérations « électives » suspendues comme les arthroplasties de la hanche ou du genou, les extractions dentaires ou encore les coloscopies. 

Les militants prolife américains comme Abby Johnson, héroïne du film Unplanned, ont pourtant fait remarquer que l’IVG est « toujours un choix, donc une opération élective ». Ceux qui s’appellent eux-mêmes « pro-choix » ne devraient pas le contredire…

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AvortementgouvernementSanté
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