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Entre le Royaume-Uni et la France, le poisson de la discorde

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© Hans Lucas via AFP

Pêcheur à Looe en Cornouaille.

Jean-Baptiste Noé - publié le 04/11/21

Tous les jeudis, Jean-Baptiste Noé, directeur de la revue "Conflits", décrypte l’actualité internationale. Il analyse cette semaine la tension entre la France et le Royaume-Uni autour des licences de pêche et de l’accès aux ports. Une situation délicate pour les deux gouvernements, qui rappelle que la mer est bien un espace de frontières.

Une des conséquences de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne est la fin de l’accès systématique au marché de l’Union. Ce qui est valable pour tous les produits l’est aussi pour les poissons et les coquillages pêchés en mer du Nord. La tension ne cesse de croître entre Paris et Londres au sujet des délimitations des zones de pêche, des délivrances de licence et des ventes des produits. Paris accuse Londres de ne pas avoir donné les licences promises pour que les pêcheurs français puissent poser leurs filets dans les eaux anglaises. Londres dément et assure que presque toutes les demandes ont été accordées. Mais la France a fermé l’accès à ses ports aux poissons et aux coquilles saint-jacques pêchés par les chalutiers anglais. Un chalutier a été saisi par la France fin octobre et un autre a reçu un avertissement verbal. Les pêcheurs anglais protestent, car les ports français leur sont fermés et notamment les marchés, essentiels pour vendre le fruit de leur pêche. La guerre de la coquille saint-jacques est-elle en cours ? 

Jersey et les îles anglo-normandes

L’origine de cette discorde revient à la situation particulière des îles anglo-normandes. Cet archipel, situé à proximité de la Normandie, dispose de deux îles principales, Jersey et Guernesey, connues notamment pour avoir été le lieu de l’exil de Victor Hugo. Ces îles sont géographiquement plus proches de la France que de la Grande-Bretagne et sont enclavées dans les eaux continentales françaises, créant des conflits de frontières parfois difficiles à démêler, surtout quand il s’agit de trancher sur les accès aux zones de pêche. Ces îles n’ont jamais été françaises à proprement parlé et ne font pas partie du Royaume-Uni, donc de l’Union européenne. Elles étaient la propriété du duc de Normandie, reconnu suzerain de ces terres lors du traité de Saint-Clair-sur-Epte (911). Le duc de Normandie étant vassal du roi de France, elles étaient de facto sous la juridiction ultime du roi capétien. Mais lorsque Philippe Auguste confisqua les territoires normands de Jean sans Terre (1204), ces îles demeurèrent sous la juridiction de la couronne britannique et ne rejoignirent pas la couronne française ; une situation qui perdure jusqu’à aujourd’hui. 

Les îles anglo-normandes n’ont jamais fait partie du Royaume-Uni : d’un point de vue juridique, elles sont des dépendances de la Couronne, au même titre que l’île de Man. N’ayant jamais fait partie de l’Union européenne, elles ne sont pas directement concernées par le Brexit. En revanche, la politique étrangère et la défense relèvent de la compétence de Londres. Ces îles vivent essentiellement des activités bancaires, ayant fait le choix d’une fiscalité faible, et du tourisme. Si l’activité de pêche n’est pas majeure pour leur équilibre économique, c’est une activité à forte symbolique, d’autant que les ressources sont comptées. D’où le bras de fer qui oppose aujourd’hui la France et la Grande-Bretagne. 

Un problème pour Londres

Au-delà des seules îles anglo-normandes, la question de la pêche est un problème réel pour Londres. Il concerne d’une part l’accès aux lieux de pêche et d’autre part l’accès à la vente et aux marchés du continent. En fermant les ports, la France asphyxie les marins anglais, ce qui est politiquement délicat pour Boris Johnson. Signe de cette tension, l’ambassadeur de France a été convoqué par le Foreign Office. Le 27 octobre, ce sont deux navires anglais qui ont été contrôlés et verbalisés en baie de Seine par la gendarmerie maritime, dont l’un a été dérouté vers Le Havre pour défaut de licence de pêche. En exerçant ces contrôles et en établissant des sanctions, la France a voulu montrer qu’elle prenait le dossier au sérieux et qu’elle était prête à faire valoir ses droits, même si ces mesures ont fortement déplu au gouvernement anglais. Simultanément, ce sont plusieurs centaines de licences de pêche accordées par Jersey à des marins de Saint-Malo et de Granville qui n’ont pas été renouvelées. La tension est encore montée quand le gouvernement français a menacé de couper l’électricité, Jersey étant alimentée par une centrale nucléaire française. 

Ce qui se joue autour du poisson est un conflit à plusieurs échelles. Celle de la lutte séculaire pour des ressources rares entre les pêcheurs malouins et ceux de Jersey. Celle du gouvernement français et britannique, autour des questions de licence et de négociation post-Brexit. Celle, enfin, entre Londres et Bruxelles, bien décidé à punir les Anglais qui ont quitté l’UE. Bulots, huîtres et saint-jacques se retrouvent les protagonistes d’un affrontement qui les dépasse. 

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