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Les péripéties du calice utilisé lors de la dernière messe de Louis XVI

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Noël Stassinet

Le calice conservé à Notre-Dame-des Victoires à Paris.

Caroline Becker - publié le 20/01/22

Les églises de Notre-Dame des Victoires à Paris et de Saint-Pierre-et-Saint-Michel à Saint-Urcize (Cantal) assurent toutes les deux conserver le calice utilisé lors de la dernière messe de Louis XVI, le 21 janvier 1793. Mais lequel est le vrai ?

Nous sommes le 21 janvier 1793. Enfermé à la prison du Temple, le roi Louis XVI s’apprête à être exécuté sur l’échafaud. Mais avant de rejoindre le Ciel, le monarque désire se préparer à paraître devant Dieu. La veille, il a demandé trois jours pour pouvoir accomplir son devoir de chrétien mais la requête lui avait été refusée. On lui concède uniquement le droit de se confesser auprès du prêtre de son choix. C’est l’abbé Edgeworth de Firmont, prêtre d’origine irlandaise et contre-révolutionnaire, que Louis XVI choisit pour l’accompagner durant ces dernières heures. Depuis 1791, ce dernier est le confesseur de Madame Elisabeth, sœur du roi. Le 20 janvier au soir, à 18h, l’abbé se présente — en habit civil, la soutane n’étant plus autorisée depuis avril 1792 — à la prison du Temple pour y demeurer jusqu’à l’exécution du roi. 

Louis XVI se prépare à assister à sa dernière messe

Le 21 janvier, Louis XVI est très matinal. Debout depuis 5h du matin, il se prépare en compagnie de Cléry, son valet de chambre, et exécute sa toute dernière confession à 6h du matin. Durant ces confidences privées, Cléry en profite pour aménager dans la chambre, à l’aide d’une commode, un modeste autel qui servira à l’abbé Firmont pour célébrer la dernière messe à laquelle assistera le roi. Une messe rendue possible grâce à l’abbé qui, la veille, a réussi à convaincre les commissaires de se procurer les objets liturgiques nécessaires à la célébration. À son arrivée à la prison, l’abbé n’ose venir avec une custode de peur que celle-ci soit profanée, mais aux Tuileries, on accède néanmoins à sa demande.

CALICE DE SAINT-URCIZE
Le calice de Saint-Urcize dans le Cantal.

Seule condition, les commissaires iront chercher eux-mêmes les objets et ornements sacerdotaux. Pour cela, ils se rendent dans l’église ouverte la plus proche, celle des Capucins du Marais, située à quelques rues, devenue aujourd’hui la cathédrale Sainte-Croix de Paris des Arméniens. À leur retour, ils confient à l’abbé les nappes, vases sacrés, hosties, vin et une magnifique chasuble d’or. Une fois revêtu de l’habit, et assisté de Cléry qui fait office de servant d’autel, l’abbé Firmont célèbre la messe et donne la communion au corps et au sang du Christ à Louis XVI qui la reçoit à genoux. À 8h, il est temps de partir. Le roi monte dans la voiture qui l’emmène vers son funeste destin. Sur l’échafaud, alors que le couperet s’apprête à tomber, l’abbé prononce ces derniers mots : « Fils de saint Louis, montez au Ciel ! » À 10h22, Louis XVI, 39 ans, a rejoint le Ciel. 

231 ans après sa mort, les quelques objets ayant côtoyé les dernières heures du roi demeurent de précieux et émouvants témoignages de la foi profonde qui a animé le roi jusque dans ses derniers instants. En témoigne la chasuble d’or conservée précieusement dans la sacristie de l’église Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle à Paris ou encore le dernier calice que les lèvres du roi ont effleuré. Le calice ou les calices… ?  Car l’Histoire nous apprend que deux églises en France se disputent l’authenticité du calice de cette dernière messe de Louis XVI. 

Deux calices

Deux calices donc, conservés bien loin l’un de l’autre. Le premier se trouve dans le Trésor de la petite église romane Saint-Pierre-et-Saint-Michel de Saint-Urcize dans le Cantal, au cœur de l’Aubrac. Il est abrité dans une petite niche du transept et protégé par une vitre blindée. Classé monument historique en 1980, ce calice, en argent et vermeil, est l’œuvre d’un orfèvre parisien du début du XVIIIe siècle. L’Histoire raconte, encouragée par un érudit local, qu’il aurait été donné par l’abbé Saint-Pée d’Amon à Pierre-Jean Ipcher, curé de Saint-Urcize, au début du XIXe siècle, en raison de leurs liens familiaux. Mais comment le calice a-t-il pu se retrouver dans les mains de ce fameux abbé Saint-Pée d’Amon ? Celui-ci l’aurait acheté par « l’entremise d’un ami », selon la notice historique du Ministère de la Culture. Bien que l’histoire soit belle, il s’avère peu probable qu’il s’agisse du vrai calice de Louis XVI et le manque de sources solides oblige à écarter une telle hypothèse. Les incohérences chronologiques, affichées dans l’église, confirment d’ailleurs le flou autour de cette histoire. La notice raconte que le calice aurait été offert en cadeau par l’abbé Saint-Pée d’Amon au curé de Saint-Urcize à l’occasion de sa toute première messe. Pourtant, si l’on s’attarde sur l’âge du curé de Saint-Urcize, celui-ci, né en 1761, a sans doute été ordonné prêtre à moins de 30 ans (comme il était courant à l’époque), soit dans les années 1780. Impossible donc, que sa toute première messe ait été célébrée après le 21 janvier 1793. 

CALICE NOTRE DAME DES VICTOIRES
Le calice de Notre-Dame-des-Victoires à Paris.

La seconde église qui se défend de posséder le calice de Louis XVI est Notre-Dame des Victoires à Paris. Une hypothèse bien plus probable au regard de l’Histoire et des événements qui ont suivi l’exécution du roi. Interrogé par Aleteia, Noël Stassinet, qui a écrit un article sur le sujet dans la revue du Souvenir Chouan de Bretagne, est lui-même convaincu que le vrai calice est aujourd’hui conservé à Notre-Dame des Victoires. « Après l’exécution du roi, l’abbé Edgeworth de Firmont s’est enfui pour éviter les représailles. Les vêtements et objets liturgiques sont donc restés dans la prison du Temple et, on peut facilement imaginer qu’ils ont été récupérés par le prêtre de l’église des capucins du Marais. » Lors de la désaffectation de l’église, tous les objets sont alors dispersés dans les églises voisines et c’est sans doute, à cette époque, que le calice arrive à Notre-Dame des Victoires. 

Une calice remis entre les mains de Charles X ?

Également interrogée, l’archiviste de Notre-Dame des Victoires, évoque, quant à elle, une toute autre histoire. L’abbé Edgeworth de Firmont aurait lui-même donné le calice à l’archevêque de Reims qui l’aurait ensuite transmis au roi Charles X. C’est ensuite Xavier de Bourbon Parme, descendant du roi, qui en serait devenu propriétaire, par transmission familiale, avant que le calice ne soit remis entre les mains du cardinal Verdier, archevêque de Paris. « C’est le cardinal Verdier qui a décidé de mettre le calice à Notre-Dame-des-Victoires dans les années 1930 », raconte l’archiviste.  

Si le mystère demeure quant à la véritable destinée des objets sacrés, la présence de ces deux calices a le mérite de rappeler à nos mémoires, cette émouvante dernière messe du roi Louis XVI. Une messe simple et modeste qui a fait du roi, ce matin-là, non plus un souverain mais un chrétien ordinaire entièrement absorbé par ses devoirs religieux dans l’espoir de sauver son âme et dans l’attente imminente de sa rencontre avec Dieu.

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