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Le retour de la planète vin

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STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Selon Vinexpo à Paris, février 2022.

Jean-Baptiste Noé - publié le 17/02/22

Notre chroniqueur, historien et géopoliticien, est aussi l’auteur d’une “Histoire du vin et de l’Église” (Ed. du Net). Il s’est rendu cette semaine au salon Vinexpo (14-16 février), l’un des salons les plus importants du monde du vin, qui confirme et assure la prééminence de la filière viticole française sur la scène mondiale. Après deux ans de confinement, cette rencontre internationale en dit long aussi sur la vitalité des cultures locales.

Les centres de congrès figurent parmi les lieux essentiels de la mondialisation. Ces grands hangars aménagés pour accueillir un public nombreux dans une ambiance la plus chaleureuse possible sont des points de rencontre, d’échanges et de ventes essentiels du tissu économique. Généralement situés à la périphérie des villes, pour en faciliter l’accès, ils doivent être reliés aux autoroutes et aux gares, beaucoup d’entre eux étant même situés à l’intérieur des aéroports. Sans eux, il ne peut y avoir de mondialisation économique ; leur rôle est essentiel à une grande partie du commerce mondial. D’où l’importance aussi des métiers qui tournent autour de ces salons : accueil, restauration, et surtout logistique de transport. Les salons sont des points de la mondialisation connectés aux flux du monde ; ils participent au tourisme professionnel qui voit débarquer commerciaux, revendeurs, grossistes et journalistes. 

Fondé initialement à Bordeaux en 1981, Vinexpo s’est d’emblée positionné comme le salon des professionnels du vin, en France et à l’étranger. La France qui se pense et se veut un grand pays viticole se devait d’avoir son salon, sorte de Festival de Cannes du vin, qui puisse mettre en connexion les domaines et les vendeurs, dans une ambiance à la fois officielle et festive. Deux autres salons dominent le monde du vin, Vinitaly à Vérone et ProWein à Dusseldorf, qui rappelle notamment que les Allemands disposent de quelques vignes fort intéressantes. Bien que Londres soit une place majeure du commerce du vin et que les Anglo-Saxons ont réussi à s’imposer dans le monde des commentateurs du vin, notamment avec Robert Parker et la revue Decanter, le salon londonien London Wine Fair n’a jamais réussi à s’imposer face aux trois autres salons européens. 

Boire du vin à Hong Kong est vu comme un symbole d’ascenseur social et d’accès à un monde de la culture et de la civilisation.

Les évolutions de Vinexpo ont suivi le pouls mondial du vin. L’ouverture d’un salon à Hong Kong, se tenant tous les deux ans en alternance avec Bordeaux, a démontré le rôle essentiel que joue la ville chinoise dans le commerce du vin. Il s’y vend et achète un grand nombre de bouteilles et de grands crus pour le marché asiatique et chinois. Boire du vin y est vu comme un symbole d’ascenseur social et d’accès à un monde de la culture et de la civilisation. Un grand nombre de sommeliers et de dégustateurs de Hong Kong se sont imposés comme des références sur la planète vin. L’autre changement fut l’ouverture d’une édition de Vinexpo à Paris qui est en train d’éclipser celle de Bordeaux.

Certes la situation géographique de Paris est bien plus pratique, surtout pour les domaines venant de l’étranger, mais cela démontre aussi que les places de marché peuvent être déconnectées des espaces de production. Enfin, cela témoigne d’un autre phénomène : le rééquilibrage du monde viticole français au profit d’appellations autrefois négligées et de basse qualité. Le duopole Bordeaux/Bourgogne qui s’est partagé le monde du vin, en France et à l’étranger, jusque dans les années 2000 connaît un rééquilibrage. Sous l’effet de la très nette amélioration qualitative d’un grand nombre de vignobles secondaires, les amateurs peuvent désormais trouver de très bons vins ailleurs que chez les anciens deux grands. 

Cépages et influence culturelle

S’il y a un domaine où Bordeaux domine encore, c’est celui des cépages. Partout dans le monde, les cépages bordelais sont présents, que ce soit le cabernet, le merlot ou le sauvignon. À quoi s’ajoutent aussi les cépages bourguignons du chardonnay et du pinot noir, y compris jusqu’en Californie. Mais de plus en plus, on voit réapparaître des cépages autochtones, en Grèce, en Italie, au Portugal, ce qui témoigne d’une volonté d’affirmation des cultures locales et de redécouvertes des goûts locaux et des typicités. C’est ici un double phénomène de mondialisation, vu dans d’autres domaines économiques : l’affirmation d’une puissance, ici culturelle et la volonté d’affirmer, dans un espace mondialisé, le retour du local. Nombreux sont les vignobles qui ont compris que pour exister il fallait se distinguer et donc ne pas être des clones des grands cépages français. 

Comme tout produit culturel, le vin n’est pas coupé de la politique. La chute de l’URSS et la fin de la collectivisation des terres ont ainsi permis le renouveau des vignobles de Géorgie (berceau du vin), de l’Arménie et même de la Russie. Les visiteurs de Vinexpo ont-ils ainsi pu déguster des vins russes des bords de la mer Noire, au moment même où les tensions étaient vives dans cette région du monde. Frappé par les problèmes internes de l’Afrique du Sud, le vignoble de ce pays est en train de s’effacer. C’est pourtant l’un des plus anciens hors d’Europe, créé au moment de l’arrivée des Européens.

La France et l’Italie

Enfin, en dépit des promesses nombreuses tenues depuis les années 2000, les vins de Chine et d’Inde ne sont pas encore à la hauteur et sont absents des grands salons internationaux. À côté de la France, c’est l’Italie qui domine, par la quantité et la qualité, les deux pays étant régulièrement en lutte pour obtenir la première place viticole mondiale. Si les salons sont des lieux d’échanges, de ventes et de convivialité, ce sont aussi des moments où s’affirment les rapports de force et où les adversaires peuvent se jauger. Dans le vin ou ailleurs, un petit monde de la mondialisation économique.

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