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Les Compagnons du devoir à l’honneur au cinéma

Wild Bunch Distribution

Louise Alméras - published on 22/02/22

Le réalisateur François Favrat s’est immergé à Nantes dans deux univers bien opposés : la cité de Bellevue et la maison des Compagnons. Une jonction incroyable pour donner un film plein de vie, Compagnons, rythmé par la rigueur de vie des Compagnons du devoir, mais où l’émotion ne prend pas. En salles le 23 février.

Faire un film sur les Compagnons du devoir, c’est surtout mettre en lumière les métiers manuels volontiers déconsidérés à l’heure où le numérique et le virtuel tendent à remplacer le réel. Leur slogan : « Soyez de ceux qui construisent l’avenir ! » ressemble à une harangue politicienne, mais qui, une fois prise au mot, prend tout son sens. 

Fondée en 1941, l’association ouvrière des compagnons du devoir et du tour de France forme des jeunes, de 16 à 25 ans en moyenne, à une grande diversité de métiers manuels et essentiels. Depuis 2004, les formations sont ouvertes aux femmes. Faire éclore l’intelligence de la main est sa mission, devenir « capable, digne, libre et généreux » sa devise. Pour illustrer cet univers pétri de traditions et de règles, le cinéaste l’a confronté au milieu de la banlieue où les jeunes ne connaissent pas l’idée d’avenir. 

Entre deux mondes, un peu caricaturés

La première scène s’ouvre sur Naëlle (Najaa), 19 ans, postée sur un toit de la cité de Bellevue, à Nantes, pour tagguer les murs. La musique nous immerge dans l’effervescence du lieu, où tout est urgence, survie et vie à fleur de peau. Passionnée de street art, elle suit un chantier de réinsertion dirigé par Hélène (Agnès Jaoui) avec d’autres jeunes de la cité. Leur avenir est trouble et renforce leur solidarité, là où tout est violence et enfermement. Un jour, Hélène, elle-même Compagnon et Mère de la maison, les emmène voir la maison des Compagnons du devoir, dirigée par Paul (Pio Marmaï) qui en est le Prévôt. Ils découvrent un monde très codifié, où valeurs et vertus sont de mise. L’opposé de ce qu’ils connaissent.

Alors que Naëlle a des problèmes avec les dealers de son immeuble, la proposition d’Hélène de commencer une formation là-bas apparaît d’abord comme une source de protection ; Adama, un Guinéen, débute aussi la formation. Elle y apprend l’art de la verrerie et doit lutter contre les préjugés et son manque de confiance en elle. Sa relation avec Paul est d’abord assez conflictuelle. Naëlle manque même d’être renvoyée à cause de son impulsivité. Et à mesure qu’elle s’ouvre sur ses problèmes, celle-ci rencontre la solidarité des Compagnons, une des valeurs importantes de la maison. Paul l’initie à l’art des vitraux, ce qui donne une belle scène dans une cathédrale où ils ont un chantier.

Le film évoque également les traditions initiatiques du compagnonnage, comme la coutume de donner un surnom construit à partir de sa région d’origine et sa qualité au nouveau Compagnon une fois sa formation finie. Cela donne « Bordelais, coeur fidèle » pour Paul et « Bourguignonne, l’intrépide » pour Hélène, source d’hilarité pour les jeunes de banlieue. Sans compter les chants d’accueil, nombreux. Mais aussi celle du rituel de départ. Lorsqu’un Compagnon termine sa formation dans une autre ville, les autres l’accompagnent dehors et le supplient de revenir, tandis que le Compagnon leur tourne le dos et doit s’éloigner sans se retourner. Est-ce réellement le quotidien des Compagnons? Quoi qu’il en soit, Naëlle, bien qu’émerveillée par ces traditions, se trouve tiraillée avec son milieu d’origine et son mode de vie. Tandis que Paul l’encourage à développer ses talents, son passé la rattrape. Défaire les préjugés est en effet le sujet favori des films français actuels. Même si la caricature n’est jamais loin pour y parvenir.

« Préparer l’avenir, ce n’est que fonder le présent. Il n’est jamais que du présent à mettre en ordre. À quoi bon discuter cet héritage. L’avenir, tu n’as point à le prévoir, mais à le permettre. ». Cette phrase de Citadelle, de Saint-Exupéry, évoque assez bien ce qu’apporte les Compagnons aux jeunes qui s’y forment, venus de banlieue ou d’ailleurs. Car tous, que ce soit Paul ou Hélène, ont vécu des épreuves durant lesquelles les Compagnons ont été leurs repères et soutien indéfectibles. « Si tu veux qu’ils soient frères, oblige-les de bâtir une tour », écrivait aussi l’écrivain. Et c’est sans doute le message le plus important du film : donner à voir la jonction entre deux mondes, au nom d’une fraternité qui a du sens. 

L’évolution dramaturgique manque souvent de finesse et de vraisemblance, ce qui est équilibré par le personnage de Naëlle auquel on s’attache malgré tout. Mais la bonne idée du film est, pour une fois, d’ancrer l’intrigue du destin d’un jeune défavorisé dans un espace réaliste : l’accès aux Compagnons du devoir. Qui, certes élitistes, recrutent vraiment des personnes de toutes origines (pays, milieux sociaux). C’est donc un bon film social, qui se disperse parfois pour répondre au besoin d’intrigues et de suspens, où l’ascension d’une jeune fille de banlieue touche, même si elle ne convainc pas toujours à cause de trop grosses ficelles scénaristiques. Mais la comédienne sait donner l’énergie nécessaire à la crédibilité de son personnage, à la fois torturé et volontaire. La belle image orchestrée par la directrice de la photographie Jeanne Lapoirie, ainsi que la fraîcheur des comédiens amateurs portent heureusement le film. 

Pratique

Compagnons, de François Favrat, avec Agnès Jaoui, Pio Marmaï et Najaa, 1h50, en salles le 23 février
Tags:
banlieuesCinématravail
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