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« Les réfugiés ukrainiens nous disent être sortis de l’Enfer »

UKRAINE; WAR: REFUGEE

Beata Zawrzel/REPORTER

Paweł Kęska - Katolicka Agencja Informacyjna - publié le 08/03/22 - mis à jour le 08/03/22

"L’Ukraine est une nation croyante, et bien que nous ayons des religions différentes, nous comprenons ce qu'est le paradis et nous avons peur du mot enfer", explique Wiesław Dorosz, directeur de l’antenne de Caritas à Lviv, dans l’ouest de l’Ukraine. "Presque personne n’utilisait ce mot ici. Mais aujourd’hui, il signifie douleur, désespoir et fatigue."

Des centaines de milliers de personnes fuient la guerre via l’ouest de l’Ukraine. Quelle est la situation à Lviv actuellement ?
Wiesław Dorosz : La vague de réfugiés, essentiellement des femmes et des enfants, est énorme. Ils viennent de l’est du pays en train, en bus, à pied. Il y avait des files d’attente terribles à la frontière avec la Pologne les premiers jours et certains restaient parfois debout pendant près de 50 heures. Heureusement la Pologne a grandement simplifié les procédures et ouvert toutes les frontières à la circulation des piétons, ce qui a facilité la situation. Aujourd’hui, la frontière polono-ukrainienne est plus calme, les files d’attente sont d’environ quatre kilomètres. Les Ukrainiens continuent néanmoins de fuir en passant par Lviv, ils stationnent dans les gares, montent à bord de trains bondés et partent vers l’étranger. La première vague était composée de ceux qui savaient où ils allaient parce qu’ils avaient de la famille ou des amis en Pologne. Ils avaient généralement le temps d’emporter quelques économies avec eux. Maintenant arrivent des gens qui n’ont personne en Pologne et ne savent pas où ils vont.

Ils n’ont souvent rien car ils ont dû fuir rapidement après avoir vu leurs maisons bombardées.

Ils n’ont souvent rien car ils ont dû fuir rapidement après avoir vu leurs maisons bombardées. Tous les centres, paroisses, églises et presbytères sont surpeuplés. Les gens dorment par terre sur des matelas. Certaines personnes s’arrêtent une nuit parce qu’elles sont très fatiguées. Mais une fois reposées elles poursuivent leur chemin. D’autres s’arrêtent ici plus longtemps. C’est notamment le cas de couples qui se marient ici ou de femmes qui attendent seules avec leur(s) enfant(s) afin de ne pas être séparées de leurs maris qui sont mobilisés pour la guerre. 

Comment fonctionne Caritas face à cette situation dramatique ?
L’équipe Caritas oriente toute son action vers l’aide humanitaire. Nous remercions tout particulièrement la Pologne qui nous aide énormément. Nous savons qu’il ne s’agit pas seulement de l’aide de l’État polonais mais aussi de la nation polonaise toute entière. Les envois de la Pologne vers l’Ukraine ont été simplifiés et de nombreux camions et bus chargés de produits de première nécessité sont acheminés jusqu’ici.

Il est difficile de se rendre à Kiev car tous les ponts menant à la ville ont été détruits.

Nous récupérons tout dans les entrepôts et allons ensuite directement sur le terrain. Hier, un transport s’est rendu à Kiev, où les soldats se battent, afin de leur faire parvenir des médicaments et produits de premiers secours. Mais il est difficile de s’y rendre car tous les ponts menant à la ville ont été détruits. Heureusement certains de nos bénévoles ont réussi à s’y rendre en empruntant des routes secondaires.

Jusqu’où pouvez-vous apporter de l’aide ? À l’inverse où ne pouvez-vous plus vous rendre ?
Vous pouvez encore conduire jusqu’à Kiev et Odessa. Nous n’avons plus d’accès normal vers l’est, c’est-à-dire à Kharkiv, Zaporojié et au-delà. Cependant, il est encore possible de s’y rendre via des transports peu visibles et par des routes secondaires. C’est difficile. Hier, un camion qui transportait de l’aide est revenu de Jytomyr (entre Lviv et Kiev). Il était perforé comme un tamis. Quelle raison les troupes russes ont-elles eu de tirer sur ce camion d’aide humanitaire ? L’un des conducteurs du véhicule a déclaré qu’il ne prendrait plus que dix tonnes d’aide alors que son camion a la capacité d’en transporter vingt tonnes afin de pouvoir faire des manœuvres plus rapides sur la route en cas d’attaque.

Comment Caritas opère-t-elle maintenant dans l’ouest de l’Ukraine, surpeuplée de populations en fuite ?
Il y a beaucoup de problèmes ici. Les magasins sont vides car ils ne sont plus desservis par les transports de marchandises. C’est à cause du carburant : seuls 20 litres d’essence peuvent être retirés dans les stations-services, les approvisionnements sont donc limités. Certaines personnes ont des provisions à la maison, mais beaucoup n’ont pas réussi à s’en procurer parce qu’elles n’avaient ni salaire ni pension de retraite. Nous envoyons donc de l’aide aux paroisses afin qu’elles en distribuent aux plus démunis.

Ceux qui viennent de l’est de l’Ukraine ont vécu des expériences terribles. Ils disent souvent qu’ils se sont échappés de l’Enfer. 

Chaque prêtre de l’archidiocèse de Lviv et chaque religieuse a reçu un document confirmant leur appartenance à Caritas. L’Église est particulièrement importante ici à l’ouest du pays. Nous avons d’un côté une vague de réfugiés et d’aide et de l’autre de nombreuses paroisses pour l’organiser, la distribuer et accueillir des réfugiés. Ceux qui viennent de l’est de l’Ukraine ont vécu des expériences terribles. Ils disent souvent qu’ils se sont échappés de l’Enfer. Notre nation est une nation croyante et bien que nous ayons des religions différentes, nous comprenons ce qu’est le paradis et nous avons peur du mot enfer. Presque personne n’utilise ce mot ici. Mais aujourd’hui, ce mot signifie douleur.

Un incroyable élan de solidarité se met en place avec les pays européens mais aussi un élan de prière. Cela vous soutient-t-il ?
L’aide matérielle est importante mais l’aide spirituelle l’est tout autant. C’est très importante et nous devons prier pour ne pas perdre cet esprit de solidarité, cette résilience, sans lesquels nous baisserions les bras.

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