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À la Transfiguration, la Porte s’ouvre sur l’Amour de Dieu

transfiguration

© Gianni Dagli Orti / Aurimages

Giovanni BELLINI, La Transfiguration, Museo di Capodimonte, Naples.

Christian Lancrey-Javal - publié le 12/03/22

Le père Christian Lancrey-Javal, curé de l’église Notre-Dame de Compassion à Paris, commente l’évangile de la Transfiguration, au deuxième dimanche de carême. "Au confinement, les portes se sont fermées, à la Transfiguration la porte s’est ouverte sur la vie heureuse."

La mort est un passage. Vous connaissez ce texte attribué à saint Augustin (alors quel’auteur est Henry Scott-Holland): « Je suis passé dans la pièce à côté. » On l’entend souvent aux célébrations d’obsèques. D’autant que le texte est plein d’optimisme : Vous voyez, tout est bien. Si c’était vrai, la mort serait moins terrible. Le passage se ferait dans les deux sens et de fait Jésus est revenu de la mort, la Vierge Marie est apparue à de multiples reprises, ainsi que de nombreux saints dans des révélations privées, et c’est la question que nous pouvons nous poser sur Moïse et Élie au jour de la Transfiguration : d’où viennent-ils ?

L’Ancien Testament comporte au moins un récit de retour de l’au-delà : la montée du séjour des morts du prophète Samuel, provoquée par une nécromancienne à la demande du roi Saül. Faire appel à un diseur ou une diseuse de bonne aventure est interdit. Samuel est furieux d’être dérangé dans son repos (1 S 28, 15). C’est interdit, possible, et inutile : Saül n’y gagne rien. Il cherchait un remède à l’angoisse : la transgression ne fera que l’accentuer. La transgression n’est jamais une solution. Ayons assez d’humilité pour respecter les interdits. 

Une anticipation de la Résurrection

À la Transfiguration, deux hommes sont présents qui étaient morts depuis des siècles : Moïse et Élie. D’où viennent-ils ? La première hypothèse, tenue par une partie de la Tradition, est qu’ils avaient échappé à la mort. L’Écriture dit de Moïse que, quand il mourut, « son œil n’était pas éteint, ni sa vigueur épuisée » (Dt 34, 7). Le prophète Élie avait été enlevé au Ciel sur un char de feu. On en déduisait qu’ils n’étaient pas morts. Ce vieux fantasme n’est pas chrétien, pas respectueux de leur humanité et très ignorant du Christ. L’autre hypothèse, théologiquement fondée, considère leur présence comme une anticipation de la Résurrection du Christ, de la libération qu’elle a réalisée pour ceux qui l’attendaient au séjour des morts.

Au confinement, les portes se sont fermées, à la Transfiguration la porte s’est ouverte sur la vie heureuse.

Dans l’évangile selon saint Matthieu, après que Jésus eut dans un grand cri rendu l’esprit, le rideau du Sanctuaire se déchire en deux : « Les tombeaux s’ouvrirent ; les corps de nombreux saints qui étaient morts ressuscitèrent, et, sortant des tombeaux après la résurrection de Jésus, ils entrèrent dans la Ville sainte, et se montrèrent à un grand nombre de gens » (Mt 27, 53). À sa mort, Jésus est descendu aux enfers dont il a libéré ceux qui l’espéraient. Jésus le dit d’Abraham : « Il savait qu’il verrait mon Jour ; il l’a vu et il a été dans la joie » (Jn 8, 56).

« Relève-toi d’entre les morts »

Cette libération du séjour des morts, des Justes morts avant le Christ et de ceux qui, après Lui, passent au Purgatoire, est ce que nous célébrons le Samedi. Nous demandons l’intercession de la Vierge Marie entrée corps et âme dans la Gloire (dogme de l’Assomption). Pendant le Carême, le matin du samedi, prions Marie pour nos défunts. Faisons-le avec cette très ancienne Homélie du Samedi saint : 

« Aujourd’hui, grand silence sur la terre, parce que Dieu s’est endormi dans la chair et il a éveillé ceux qui dorment depuis les origines. C’est le premier homme qu’il va chercher, comme la brebis perdue. Il veut visiter ceux qui demeurent dans les ténèbres et l’ombre de la mort, les délivrer de leurs douleurs. Le Seigneur s’est avancé, muni de la croix, l’arme de sa victoire. Lorsqu’il l’a vu, Adam, le premier homme, a crié vers tous les autres : “Mon Seigneur avec nous tous !” Et le Christ a répondu à Adam : “Et avec ton esprit”. Il l’a pris par la main et relevé en disant : “Éveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera”. Lève-toi, partons d’ici. Voici que moi, qui suis la vie, je ne fais qu’un avec toi. Le royaume des cieux est prêt de toute éternité. »

La vie heureuse

En ces jours où nous souffrons de la fragilité du monde, prêt à basculer dans la guerre, passe au second plan le deuxième anniversaire du premier confinement, quand les portes se sont fermées. Je me souviens du mariage que j’avais célébré le dernier samedi avant cette « fin du monde » : j’avais dû négocier avec le maire de la commune qui voulait prendre un arrêté pour l’interdire, et le célébrer toutes portes fermées. L’an dernier, il y avait le couvre-feu. Au premier confinement, les portes se sont fermées : ce fut terrible pour ceux qui ont cessé d’être visités. Qui étaient dans l’exiguïté et la promiscuité. Qui ne savaient pas qu’ils avaient une vie intérieure. Au confinement, les portes se sont fermées, à la Transfiguration la porte s’est ouverte sur la vie heureuse. Cette porte est le Corps du Christ, si éclatant que son vêtement devient d’une blancheur éblouissante. C’est son Corps qui ouvre sur la lumière, hostie sainte, pure et immaculée, qui donne la vie éternelle. Amen !

La Porte sur l’amour

Dans l’Égypte ancienne, il existait un Livre des Douze Portes que le défunt devait franchir en proclamant à chaque fois : « Je suis pur ! » La formule a changé. Depuis le Christ, elle est : je suis pardonné. Ces portes sont celles de notre vie intérieure, jusqu’au sanctuaire de notre cœur où Dieu nous appelle pour nous parler. Par la prière, nous y entrons progressivement, par le Christ notre Seigneur. Le Père dit : « Écoutez-le », le Christ explique : « Je suis la Porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé » (Jn 10, 9). Et Moïse et Élie alors, « d’où viennent-ils ? » Le livre de l’Apocalypse y répond : « Ils viennent de la grande épreuve ; ils ont lavé leurs robes, ils les ont blanchies par le sang de l’Agneau. Ils n’auront plus faim, ils n’auront plus soif, ils ne souffriront plus ni du soleil ni d’aucun vent brûlant. L’Agneau sera leur pasteur pour les conduire aux sources des eaux de la vie. Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux » (Ap 7, 17).

La mort est un passage : le Christ est la porte sur la vie heureuse. La vie heureuse est un livre de saint Augustin où il définit ainsi le bonheur : « C’est de continuer à désirer ce que l’on possède. » Non pas posséder ce que l’on désire, mais désirer ce que l’on possède : l’amour de Dieu. Le Christ est la porte sur l’Amour de Dieu.

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