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Économie : les leçons de la guerre

NUCLEAR PLANT

Ian_Stewart / Shutterstock

Xavier Fontanet - publié le 15/03/22

Le retour de la guerre en Europe oblige à repenser nos priorités politiques… et leur financement. Pour Xavier Fontanet, la compétitivité et l’attractivité sont les meilleures politiques permettant d’augmenter les budgets militaires tout en assurant une couverture sociale satisfaisante.

La guerre en Ukraine nous replonge brutalement dans la réalité en nous rappelant l’importance d’une armée pour toute nation qui se veut libre. Quand on prend du recul, force est de constater que les premières initiatives qui ont permis l’émergence des nations, dont la nôtre, ont été la création de quatre fonctions régaliennes : la défense armée, les affaires étrangères, la police et la justice. L’armée étant de loin la dépense la plus forte. Dans nos sociétés occidentales, l’État régalien est devenu sur la longue durée le garant de la liberté individuelle qui permet à la personnalité de chaque citoyen de se développer à l’intérieur de la société. Cette liberté a en fait un prix : une armée forte et qui en impose ! On a oublié cette idée simple en vivant sur un petit nuage depuis l’effondrement de l’empire soviétique en 1991. 

Compétitivité et attractivité

Les choses ont changé avec la montée de la Chine, les tensions au sein de l’Europe centrale, les conflits d’Irak et d’Afghanistan. La guerre d’Ukraine est un révélateur qui nous oblige à remettre les pieds sur terre. Il va falloir payer le renforcement de notre défense ! Les chiffres font réfléchir : la part de nos dépenses sociales dans le PIB est actuellement de 32% contre 2,2% pour les dépenses militaires, alors qu’elle était de 15% en 1960 contre 6% pour le militaire. Quoi qu’on nous raconte, nous avons devant nous des arbitrages à faire puisque notre endettement nous interdit aujourd’hui de dépenser plus. La seule solution pour un pays comme le nôtre, plongé dans l’économie mondiale, c’est la restauration de la compétitivité des entreprises et de l’attractivité du pays. Cette restauration n’est pas sans conséquence pour chacun d’entre nous. Cette guerre va nous obliger à redéfinir toute notre politique, aucun secteur n’y échappera. 

La compétitivité et l’attractivité d’abord ! C’est avec des champions mondiaux dont les sièges sont logés en France (réjouissons-nous des résultats élevés du CAC40) et une attractivité recouvrée que nous recommencerons à attirer sur notre sol les investissements des meilleures entreprises mondiales. Nos amis allemands ont bien mieux joué que nous en attirant en peu de temps 15 milliards d’euros avec les batteries de Tesla et l’usine de microprocesseurs d’Intel. La compétitivité et l’attractivité sont les meilleures politiques permettant de monter significativement les budgets militaires tout en assurant une couverture sociale satisfaisante.

Exigence dans la solidarité

Un exemple ? La Suisse, qui est devenue dans les cinquante dernières années un des pays les plus attractifs du monde. Lisez bien ! À la mort de Georges Pompidou, elle avait le même PIB par tête que nous ; aujourd’hui nous en sommes à 39.000 dollars et la Suisse à 87.000. Ceci veut dire qu’avec un taux de dépenses sociales de 15% du PIB, elle a les mêmes dépenses sociales par habitant que nous ! Les gains à faire, si on veut baisser les dépenses sociales, sont d’abord du côté de la retraite. Il faut augmenter significativement l’âge de départ, ce qui est compatible avec l’allongement de la durée de vie en bonne santé ; il faut aussi, comme l’ont fait les Allemands, introduire le concept d’ « exigence dans la solidarité ». En affirmant qu’il vaut mieux un job pas tout à fait satisfaisant que l’horreur du chômage, même bien payé à la maison, le gouvernement allemand a réduit drastiquement les dépenses liées à l’emploi. En outre, il faudra retirer le mot État-providence de notre vocabulaire courant et expliquer dans le pays des droits de l’homme que chaque droit entraîne un devoir. Il n’est pas question de remettre en cause la solidarité, mais les personnes qui en bénéficient ont un devoir vis-à-vis de la société et chacun doit comprendre qu’il faut éviter de coûter trop cher à l’État. Ayons le courage de dire qu’on ne peut pas avoir une société compétitive et attractive avec une trop grande proportion de gens assistés.

Notre sphère publique doit elle aussi se remettre en cause et doit reconnaître qu’elle est aussi au service de la société. Son hyper-centralisation n’est pas adaptée à la complexité de la société. L’excès de normes déresponsabilise son personnel et le déshumanise en laissant la décision à des fonctionnaires de plus en plus éloignés du terrain… sans parler des couches de coût qu’on rajoute. C’était une des craintes qu’exprimait Jacques Rueff dans son fameux rapport de 1960 sur les obstacles à l’expansion économique ! 

Réorientation énergétique

Sur le plan de l’énergie, la crise indique très clairement les axes à suivre. Il faut s’appuyer sur la fée électricité qui a encore beaucoup de choses à apporter à la société ; nous devons réinvestir puissamment dans le nucléaire en sachant qu’il y a une lumière, la fusion (le mécanisme à l’œuvre dans le soleil et que l’on peut domestiquer). Les Anglais, les Américains et les Chinois ont mis au point des pilotes. L’expérience d’EDF, qui a beaucoup souffert depuis quinze ans à cause des doutes sur le nucléaire, devrait nous permettre de rentrer à nouveau dans la course. Les énergies renouvelables comme le solaire et l’éolien sont des pistes rentables si on améliore les batteries qui permettront d’intégrer leur production intermittente dans les systèmes de distribution sans trop les perturber. Il faut aussi donner sa place à la méthanisation qui peut dans un pays agricole comme la France, produire des compléments très significatifs avec une production décentralisée et régulière. En résumé, la politique énergétique doit être orientée vers les énergies nouvelles et une réduction de la dépendance au pétrole et au gaz. C’est la meilleure manière de se préparer à leur disparition et de lutter contre les émissions de CO2.

La géostratégie indique les axes à prendre vis-à-vis des autres matières premières. Les sociétés développées comme la nôtre sont déjà équipées, une collecte bien organisée permettra de réduire la demande en matériaux. Le recyclage est la mine du futur. On peut se passer des engrais chimiques si on recycle les effluents de l’élevage. Nous avons des entreprises qui peuvent prendre le leadership mondial dans ces métiers. 

Le produit de la liberté

Il y a une dimension existentielle à notre repositionnement. Un certain nombre de pays autoritaires dont la Chine et la Russie veulent démontrer qu’ils vont battre les démocraties même sur le plan économique. Relevons le défi et rappelons à la Chine que sa prospérité est certes due à l’effort gigantesque qu’elle a produit, mais aussi au fait qu’elle a pu bénéficier des marchés mondiaux, des technologies occidentales et du système concurrentiel de marché. Nous avons certes bénéficié de sa montée en puissance, mais la Chine devrait rendre grâce au général de Gaulle et à Nixon qui lui ont permis de rentrer dans le concert des nations en s’affranchissant de la tutelle soviétique. Les pays d’Europe centrale que la Russie cherche à mettre sous sa coupe, sont attirés par les valeurs occidentales et la démocratie. Les chars russes n’ont pas été accueillis par de jeunes Ukrainiennes leur portant des bouquets de fleurs. Rappelons que le PIB par tête de la Chine et la Russie est de 10.000 euros, 4.000 euros en Ukraine. La France qui a perdu des places dans les classements du PIB par tête en est à 40.000, l’Allemagne frôle les 50.000 et la Suisse les 90.000 ! 

Il est vrai que nos systèmes démocratiques sont le lieu de débats parfois stériles, de contestations exagérées et disons-le de gâchis. Il n’empêche que ce mode d’organisation sociale génère un terreau finalement fécond qui promeut des foules d’individus créatifs et capables de prendre des responsabilités. La physique de Newton, la relativité générale, la mécanique quantique, l’Internet, les vaccins… sont le produit de la liberté. Même s’il y a des désordres et des discussions agaçantes, nos sociétés génèrent en définitive du dynamisme et de la créativité. L’être humain, quoi qu’on raconte, aspire à la liberté et se développe par la prise de responsabilité. Pour défendre ces valeurs, il va falloir être plus compétitif, ce qui passe par une harmonie sociale mais aussi une recrudescence d’efforts de la part de chacun. Nous avons fait des erreurs géopolitiques, il n’empêche que cette agression de l’Ukraine est inacceptable. Elle doit interpeller chacun de nous en son for intérieur. La résistance héroïque des Ukrainiens est un appel à nous mettre à la hauteur sur les plans militaire et économique. C’est avec ces deux armes que nous défendrons notre mode de vie, notre liberté et que nous permettrons à tous ceux qui veulent épouser nos valeurs (et ils sont nombreux) de le faire !

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EconomieguerreRussieUkraine
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