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Présidentielle : les enjeux de la bataille en bas du tableau

candidat présidentielle 2022

Eric Feferberg, Joël SAGET / AFP

Douze candidats et candidates se présentent en 2022 à l'élection présidentielle.

Xavier Patier - publié le 22/03/22

Quand le sort d’une élection présidentielle paraît joué, il faut projeter l’effet de son vote sur les élections suivantes. Pour l’écrivain Xavier Patier, l’enjeu est celui des conditions d’un débat démocratique efficace et constructif.

Que ce soit en ligue 1 ou dans le Top 14, les matches les plus spectaculaires sont souvent ceux du bas du tableau. Car dans ces parties souvent féroces entre reléguables, l’enjeu n’est pas la victoire, mais la survie. Ainsi de la foire d’empoigne entre Valérie Pécresse et Éric Zemmour. Emmanuel Macron, sauf imprévu, joue la victoire. Valérie Pécresse et Éric Zemmour, sauf surprise, jouent le maintien. Ce n’est pas une bataille accessoire, car ce que sera le bas du tableau fin avril structurera pour longtemps notre paysage politique. 

Les clefs de l’alternance

Marine Le Pen aussi escompte atteindre la finale, tout comme Jean Luc Mélenchon. Mais si l’un des deux y parvient et fait un score élevé en avril prochain, il sera dans la situation de François Mitterrand en décembre 1965 : pour longtemps, Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon incarneront une opposition nationale installée dans la marginalité, opposition radicale qui ne trouvera guère sa place dans un débat parlementaire. Le risque sera celui d’un état chronique de polémiques et de contestations qui confortera Emmanuel Macron, s’il est élu, dans sa position d’homme de l’ordre. N’oublions pas qu’il a fallu quinze ans, les évènements de mai 1968, la mort du général, la mort de Pompidou, et pour finir l’alliance transgressive avec le Parti communiste et les frasques giscardiennes pour que le Rastignac de la Nièvre sorte d’un piège de ce type. 

En revanche, si Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon font un score plus faible qu’attendu, ce sera bien le vainqueur du bas du tableau, Éric Zemmour ou Valérie Pecresse, qui aura les clefs de l’alternance de 2027. L’enjeu du maintien en première division est donc décisif : une Valérie Pécresse en position de force sera le signe de la possibilité d’une alternance à venir au sein même du parti de l’ordre, de type 1974 ; tandis qu’un Zemmour fort, s’il parvient à structurer la droite autour de lui, annoncera une alternance de rupture, de type 1981. 

Un risque d’illégitimité

Emmanuel Macron se prépare, aidé par les circonstances et en réalité malgré lui, à être reconduit dans ses fonctions par tacite reconduction. Certains de ses proches sont tellement sûrs de leur fait qu’ils en viendraient presque à proposer qu’on fasse l’économie du scrutin, tracassin de l’ancien monde plein de bureaux de vote, de paperasse, de promiscuité et de sandwiches dont les bilans budgétaire et carbone sont franchement mauvais. Les Français l’ont d’ailleurs compris, qui, selon les sondages s’apprêtent à s’abstenir dans des propositions inédites pour un scrutin présidentiel. 

Mais le président sortant n’ignore pas le risque d’illégitimité qu’il court à moyen terme à être réélu sans débat. Il sait que lorsque les tempêtes se seront apaisées, le roi sera nu. À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. À être élu sans élan, on gouverne sans marge. Et c’est pourquoi Emmanuel Macron promet « un nouveau grand débat permanent » au lendemain de sa réélection, clin d’œil inconscient ou subliminal au « coup d’État permanent » que François Mitterrand reprochait au général de Gaulle au début des années soixante. Le coup d’État permanent fut l’histoire du ralliement résigné, constant, croissant et durable de la vieille classe politique de la IVe République au gaullisme, du fait notamment des périls extérieurs. Tout le monde est, a été ou sera gaulliste, disait alors Malraux. Tout le monde a été, est ou sera macroniste, diront bientôt les macronistes. Le grand débat permanent poursuit une chimère unanimiste : si son cheval gagne la course, le mouvement En Marche rêve de dévorer le centre-droit comme le gaullisme avait dévoré le MRP et la démocratie chrétienne. 

Sauver l’équilibre des institutions

Or les temps ont changé. Le monde est devenu plus fragile, plus injuste et plus dangereux. D’ici avril, tout est possible. Mais si l’on veut sauver l’équilibre de nos institutions, il faudra préparer les conditions d’un débat qui ne soit pas la guerre du système contre les antisystèmes. Les Français ont besoin de croire dans la possibilité d’une alternance qui ne soit pas la fin du monde. À la tête de l’opposition, Valérie Pécresse nourrirait un débat. À la tête de l’opposition, le parti Reconquête ou la France insoumise occuperait les ronds-points. La bataille pour le maintien en première division sera décisive pour l’avenir de notre démocratie.

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Emmanuel MacronÉric ZemmourJean-Luc Mélenchonmarine le penPrésidentielleValérie Pécresse
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