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Comment donner aux chrétiens envie de se former ?

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Arthimedes / Shutterstock

Jeanne Larghero - publié le 25/04/22

Si l’amour du Christ pour chacun n’a rien d’absurde, la foi s’explique. On n’évangélise pas seulement dans le "ressenti", prévient la philosophe Jeanne Larghero. Rendre raison de sa foi demande de se former.

Tous ceux qui fréquentent paroisses, écoles et lycées catholiques, et s’impliquent vaillamment dans la catéchèse, la pastorale, la préparation aux sacrements font le même constat : pas facile de trouver des chrétiens prêts à​​ s’engager dans la transmission. Et le problème se redouble : pas facile de trouver des chrétiens formés intellectuellement et théologiquement. Pourquoi ? Parce que les adultes d’aujourd’hui ont parfois subi dans leur enfance des séances de catéchisme indigentes et ne sont pas eux-mêmes formés, parce que les journées n’ont que 24 heures, parce qu’on a déjà un travail, parce que lire et étudier après des heures de transport c’est moins spontané que de se prendre tranquillement une bonne bière, parce que… la vie.

Mais après tout, la force du témoignage ne suffirait-elle pas à convertir les cœurs ? La foi est-elle affaire d’intelligence ou de ressenti ? Bien sûr que le témoignage a une force intrinsèque irremplaçable. Mais après ? peut-on raconter inlassablement la même histoire, c’est-à-dire la nôtre ? que répondre à celui qui me dira : c’est très impressionnant, mais c’est trop bizarre, ça n’est pas pour moi. Et d’évoquer au passage le chrétien de sa connaissance qui cumule tous les défauts du monde : témoignage versus contre-témoignage. Il ne s’agit donc pas seulement de dire, mais aussi d’expliquer, et d’être convaincants, puisque convaincus nous sommes. « Soyez prêts à tout moment à déposer une défense devant quiconque vous demande de rendre raison de l’espérance qui est en vous ; mais faites-le avec douceur et respect » (P 3, 15-17). Saint Pierre précise bien : « à tout moment ». Et de quoi s’agit-il ? De rendre « raison ». D’expliquer. 

Premièrement, cela suppose que nous renoncions à un réflexe acquis : « Surtout pas de prosélytisme ». Dans les premiers temps de l’Église, le terme prosélyte, après avoir désigné le pa​ïen qui renonce au paganisme pour épouser le judaïsme, désigna également le nouveau fidèle, nouvellement converti au christianisme. Rien de péjoratif au départ dans ce terme. Celui qui a nouvellement rencontré le Christ est plein de ferveur et désireux de la communiquer : attentif aux conseils de Pierre, il est conscient de la douceur et du respect nécessaires lorsqu’on dit sa foi, lorsqu’on annonce le salut.

La foi se comprend, l’amour du Christ pour chacun n’a rien d’absurde, donc la foi s’explique.

Nous ne recrutons pas des adhérents, et nous ne procédons pas par la force, c’est une évidence : on ne peut forcer quiconque à aimer. En revanche, on ne peut être convaincant par pure magie : la foi se comprend, l’amour du Christ pour chacun n’a rien d’absurde, donc la foi s’explique. Posons-nous alors sincèrement la question, quand nous nous préparons à animer un atelier, une séance de catéchisme : Est-ce que je suis convaincant ? et assumons de nous poser cette question. Soyons prêts, et le Seigneur fera le reste pour que la rencontre opère. C’est l’aiguillon qui pousse à travailler les raisons de la foi.

Deuxièmement, avouons que le sujet « Je travaille pour être prêt et convaincant » passe souvent en arrière-plan, tout simplement parce que nous disposons la plupart du temps de publics captifs : les fiancés ou jeunes parents venus demander un sacrement, l’enfant du catéchisme bloqué jusqu’à la fin de la séance, les collégiens réunis pour l’heure de pastorale, et les paroissiens vissés sur leurs chaises jusqu’à la fin de l’homélie. Ils s’échappent rarement par la fenêtre quand cela devient trop rasoir, trop facile ou trop compliqué à comprendre. Ils s’évadent par les moyens du bord : ils dorment ou font les crétins, ou ne reviennent plus. Soyons conscients que ces publics captifs peuvent alimenter chez nous une certaine inertie, un manque d’attention à la qualité de notre discours. Voilà ce qui est qualitatif : non seulement savoir ce que dit l’Église, mais aussi savoir pourquoi elle le dit, et travailler à la façon de l’expliquer qui touchera celui qui est face à moi. On ne peut s’en tenir à évoquer ce qui nous parle ou ce qui nous émeut dans tel ou tel texte.

L’école des apôtres

La meilleure expérience pour cela est celle des apôtres, que nous pouvons reproduire nous-mêmes : prendre notre bâton de pèlerin et aller annoncer le Christ en dehors de nos murs, au nom de l’Église. Dans les immeubles en porte à porte, sur le parvis de la gare, au pied des tours : ici on ne vous écoute que si on le veut bien ! Cette évangélisation de plein vent, proposée par certaines paroisses, certaines communautés, est une source inépuisable de rencontres inattendues, touchantes, décapantes aussi. Et surtout on saisit dans le vif d’une rencontre personnelle l’intérêt d’avoir creusé ce dont on parle : cette expérience devient une motivation profonde. En effet, que pourrai-je répondre de sensé et conforme à l’enseignement de Jésus à celui que me dit qu’en embrassant les arbres il entre en contact avec Dieu sans s’encombrer de l’Église ?

Que répondre à celui qui ne veut pas entendre parler de Dieu qui a laissé mourir son compagnon alors qu’il avait quand même prié ? Que répondre à celui qui vous explique que Jésus a été remplacé par un sosie après sa mort, ou que les évangiles sont la production d’extraterrestre (si, si), ou que la science s’occupe déjà de nous rendre immortels ? Cela demande réflexion, avant, pendant, après. Associer les moments d’évangélisation à des temps de formation est une démarche souvent pratiquée, très satisfaisante et extrêmement féconde. On ne peut qu’encourager les paroisses qui le proposent : cela ressemble à une innovation, mais en réalité cela consiste simplement à mettre nos pas dans ceux des apôtres.

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