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Une question d’obéissance

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Bertrand GUAY / AFP

Benoist de Sinety - publié le 22/05/22

D’où vient cette critique un peu trop systématique de ceux qui nous gouvernent ? Pour le père Benoist de Sinety, curé de Saint-Eubert à Lille, cela pourrait bien être, à l’intime de nous-même, un refus d’entendre une autre voix que la nôtre dès lors qu’elle ne confirme pas nos goûts et nos tendances.

Ils seront donc 577 à siéger dans quelques semaines sur les bancs d’un Parlement que l’on charge de bien des péchés mais qui n’en demeure pas moins envié dans bien des contrées. Ils sont désormais 28 à avoir reçu un ministère, c’est-à-dire un service pour le bien commun. À peine annoncés, leurs noms sont scrutés, leurs vies disséquées, leurs propos analysés : qui sont-ils ? d’où viennent-ils ? que veulent-ils ? Les uns applaudissent bruyamment, les autres hurlent à la catastrophe annoncée. Et si le mieux était de se taire et de laisser chacun travailler ?

Être indépendant

Dans le remue-ménage et les résistances que beaucoup éprouvent dans notre pays à l’encontre du pouvoir politique, il y a bien des raisons. Crise de confiance, hyper communication qui génère le doute systémique, manque de « visions »… On en disserte abondamment sur les plateaux télés de toutes sortes. Mais n’y a-t-il pas aussi, au fond du fond, une profonde résistance en chacun de nous à l’idée même de pouvoir être gouverné ? Les temps actuels prônent l’autonomie de l’individu : chacun doit forger son destin, en être le maître, aller « au bout de ses rêves ». Et tout doit tendre vers cela : l’homme ne peut être heureux que s’il est indépendant ! Comment alors comprendre et accepter l’idée même d’autorité dès lors qu’elle vient limiter l’espace de mes désirs et prétend contrôler ma route ? Tout ordre devient diktat, toute contrainte devient asservissement. Et toute voix qui rappelle ou annonce la loi devient suspecte de despotisme.

Difficile de reconnaître la légitimité d’un homme, d’une femme, dont les limites nous apparaissent d’autant plus crûment qu’ils sont amplifiés — et de quelle manière — par le show général dans lequel nous sommes immergés. Et pourtant, quel que soit le modèle de gouvernance que nous prônons, il n’en demeure pas moins qu’au bout du compte cette question d’obéissance sera toujours le point d’achoppement. Voulons-nous ou non consentir ?

Dans l’intime de notre être

Ne nous y trompons pas, cette question ne concerne pas uniquement notre dimension sociale ou collective. Nous y sommes confrontés dans l’intime de notre être : sommes-nous prêts à entendre et écouter une voix autre que la nôtre dès lors qu’elle ne confirme pas nos goûts et nos tendances ? Le croyant sera tenté de répondre aussitôt « oui » en s’affirmant ainsi à l’écoute de la sagesse divine. Mais est-ce si sûr ? Est-il possible de prétendre écouter Dieu lorsque l’on se refuse à reconnaître la légitimité de ceux qui dans une société imparfaite cherchent à définir des cadres ? Certes, la légitimité humaine ne signifie pas l’absence d’erreurs et de fautes. Le pouvoir politique doit être soumis à la discussion, au débat, voire même à l’affrontement pacifique. N’en est-il pas ainsi aussi dans le secret de nos cœurs de notre relation à Dieu ? N’est-elle pas combat comme celui de Jacob ? Qui peut dire qu’il accepte tout sans rechigner, sans négocier, sans finasser ? 

Le préoccupant aujourd’hui est que non seulement nous ne discutons plus, mais que nous rejetons souvent d’un bloc les hommes et leurs projets, leur refusant toute bonté, les enfermant dans des verdicts affectifs (« je ne l’aime pas »), alors qu’on ne nous demande pas d’abord d’aimer ni d’admirer mais de s’informer et de réfléchir au bien non pas particulier, mais commun que nous devons rechercher ensemble.

Ils sont là

On s’étonne d’un niveau d’engagement faible dans la vie politique, on se gausse de candidats un peu gauches ou franchement baroques qui sollicitent nos suffrages. Une raison n’est-elle pas que cette carrière est fort peu désirable pour toute personne sensée qui ne souhaite pas voir sa vie dévoilée crûment et son nom souillé dans les violences inouïes que nos réseaux sociaux charrient chaque jour ? Ceux qui vont être élus, ceux qui nous dirigeront ne seront ni parfaits en soi ni mauvais. Nous n’avons ni à les idolâtrer ni à les diaboliser. Ils sont là et c’est déjà pas mal. Sans renoncer, au contraire, à promouvoir la Justice et le Bien, sans faiblir dans le dialogue et la réflexion, acceptons qu’ils exercent leurs responsabilités et confions-les, pour ceux d’entre nous qui croient en son pouvoir, à la prière de tous ceux qui du Ciel accompagnent notre marche sur cette terre.

Tags:
gouvernementPolitique
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