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À Saumur, Notre-Dame des Ardilliers ramène les brebis égarées au bercail

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GUIZIOU Franck / hemis.fr / Hemis via AFP

Notre-Dame-des-Ardilliers, Saumur.

Anne Bernet - publié le 27/05/22

Ce fut l’un des plus grands lieux de pèlerinage de France. Aleteia achève son tour de France du mois de Marie des sanctuaires mariaux par Notre-Dame des Ardilliers à Saumur. Cette Vierge qui ne voulait pas être délogée de chez elle, on l’appelait aussi Notre-Dame du Bon Retour. Comme le bon retour au bercail de la foi catholique.

En 1454, dans les faubourgs de Saumur, alors toute petite ville, un paysan, employé par la municipalité, creuse un canal de dérivation pour amener en ville l’eau de la fontaine du Bois Doré. Le travail est pénible car le sol est argileux et lourd, ce qui a d’ailleurs valu son nom à l’endroit : les Ardilliers, l’ardille désignant l’argile en Anjou. Soudain, sa bêche heurte ce qu’il croit être une pierre. En y regardant de plus près, il découvre qu’il s’agit en fait d’une statue haute de 35 cm représentant Notre-Dame des Douleurs tenant le Christ mort sur ses genoux.

Dans la terre, une Piétà

Des récits de ce genre sont à l’origine de centaines de sanctuaires à travers la France et l’Europe, de sorte que des gens très savants vous diront, l’air entendu, qu’il s’agit de « légendes archétypales » forgées par des communautés religieuses en mal de reconnaissance ou d’argent et, bien entendu, sans rapport avec la réalité. Il faut les laisser dire sans s’en préoccuper outre mesure ; l’histoire de notre pays a été assez agitée, marquée de drames, d’invasions, de guerres et de catastrophes pour que de pieuses gens, dans l’incapacité, à l’instant de fuir le péril, de l’emporter, ou dans la certitude de ne pas en réchapper, aient au moins voulu mettre à l’abri, dans l’espoir de la récupérer un jour, une image sainte spécialement vénérée ou réputée miraculeuse. Et pourquoi, par principe, refuser la possibilité que Notre-Dame, sainte Anne, sa bonne mère, ou tout autre saint, personne n’étant revenu relever le lieu de culte dévasté, se soit manifesté afin d’en obtenir la restauration ?

Donc, posons pour principe que notre brave paysan ait bel et bien déterré une image de la Pietà, enfouie là, selon les spécialistes, au IXe siècle, lors d’un raid viking sur les bords de la Loire. Cela n’aurait rien de surprenant puisque la Tradition fait état de l’existence dans les parages immédiats d’un oratoire bâti par l’un des évangélisateurs de la région, saint Florent, afin de christianiser la fontaine aux eaux guérisseuses. La statue de Notre-Dame des Douleurs pourrait en provenir et avoir été cachée afin de la soustraire aux pirates normands. Quoiqu’il en soit, notre « inventeur » est tout heureux de sa trouvaille. Certes, ce n’est pas une caisse pleine de pièces d’or mais l’homme est pieux et il juge sa Bonne Vierge bien jolie. Comme il ne lui suppose pas une grande valeur marchande et qu’elle est à son goût, il ne pense pas utile de faire état de sa découverte auprès de son employeur et la rapporte chez lui, où il l’installe à la place d’honneur.

La statue baladeuse

Seulement, le lendemain matin, à son réveil, la statue n’est plus là… Personne n’étant entré nuitamment, notre homme s’interroge mais, de retour sur son chantier, il a la surprise de découvrir sa Pietà à l’endroit où il l’a déterrée. Nous sommes toujours, bien entendu, nous dira-t-on, dans le conte archétypal car chacun sait que les statues ne se déplacent pas toutes seules, pas plus qu’elles ne deviennent si lourdes qu’on ne peut plus les bouger… Et pourtant, les récits fondateurs de ce genre ne se comptent plus, attestés par des gens de bonne foi, très sérieux souvent et que nous n’avons aucune raison de penser plus bêtes et plus crédules que nous. Donc, notre Bonne Vierge est revenue se planter dans son ardillier. L’ouvrier fait sa journée et, le soir, il remmène la statue chez lui, mais, précautionneux, bien décidé à ce que la blague du matin ne se renouvelle pas, il l’enferme à double tour dans le bahut où il serre ses biens les plus précieux. Rien n’y fait ! Sous clef ou pas, Notre-Dame s’est fait la malle, c’est le cas de le dire, et notre homme, ahuri, la retrouve à la même place.

Cette jolie statue exposée en plein vent est une tentation perpétuelle pour des dévots chez qui piété réelle et malhonnêteté tranquille font bon ménage.

Cette fois, comprenant les intentions de la Sainte Vierge, il va trouver les autorités et leur explique son aventure. Chacun convient de l’origine surnaturelle du phénomène et décrypte la demande de Notre-Dame : être honorée en cet endroit, et pas ailleurs. Qu’à cela ne tienne ! En quelques jours, on maçonne un arceau sous lequel la statue est installée et offerte à la dévotion des passants. C’est voir un peu petit selon les critères du Ciel qui va vite montrer ses exigences. Cette jolie statue exposée en plein vent est une tentation perpétuelle pour des dévots chez qui piété réelle et malhonnêteté tranquille font bon ménage. Un soir, un habitant d’un village voisin, qui se dit depuis un certain temps que Notre-Dame des Ardilliers, comme on l’appelle déjà, serait mieux à son aise dans l’église de sa paroisse, décide de profiter de la nuit pour la voler. Sitôt dit, sitôt fait ! Sauf qu’à l’instant où il tend la main pour s’emparer de la statue, notre homme se retrouve littéralement pétrifié, incapable de faire un geste ; il reste dans cette inconfortable position jusqu’à l’aube où, ayant confessé ses mauvaises intentions aux premiers passants, il recouvre aussitôt sa mobilité.

Une vraie chapelle

Cette fâcheuse expérience ne sert pas de leçon puisque, peu après, trois personnages d’une certaine envergure sociale, comme l’attestent les beaux et puissants chevaux qu’ils montent, décident à leur tour de tenter le coup. Cette fois, ils enlèvent la statue sans difficulté et s’en félicitent, mais un peu vite car, à l’instant où ils déposent Notre-Dame des Ardilliers dans les fontes d’une de leurs montures, celle-ci refuse obstinément de bouger et les coups de cravache n’y changent rien. L’un après l’autre, les trois chevaux se figent et refusent de s’éloigner d’un pas. Des témoins accourus constatent le prodige et la déconfiture des voleurs qui ne peuvent repartir qu’après avoir remis la statue en place. 

Ces miracles ayant fait du bruit, les Saumurois se résolvent à construire une vraie chapelle où abriter la statue, tout en prenant soin d’englober l’arceau bâti à l’emplacement du lieu de la découverte dans le sanctuaire. L’affaire a pris du temps puisque la chapelle Notre-Dame des Ardilliers n’est consacrée qu’en 1554. Elle ne tarde pas à attirer des foules, non seulement de l’Anjou mais de l’Orléanais, du Poitou, du Berry et même de l’Auvergne, comme l’attestent la consécration de villes de ces régions à la Vierge saumuroise. Bientôt, la chapelle est trop étroite. Un riche bourgeois de Saumur, d’autant plus attaché à Notre-Dame que la Réforme protestante gagne la ville, tenue déjà pour un bastion huguenot, décide alors de consacrer une partie de sa fortune à agrandir la chapelle. Les travaux achevés, le généreux donataire estime que la statue vénérée serait mieux mise en valeur si on la plaçait au-dessus du maître-autel ; comme on ne peut rien lui refuser, Notre-Dame des Ardilliers est enlevée de son arceau et installée dans le chœur, à la place d’honneur. Pas longtemps ! À la stupeur générale, le lendemain matin, la statue est revenue sous son vieil arceau et nul n’osera plus l’en bouger.

Notre-Dame du Bon Retour

La renommée de Notre-Dame des Ardilliers ne cesse de croître. Beaucoup lui attribuent la préservation de la foi catholique à Saumur et dans les environs, alors même que les Protestants dirigent la ville. Il est vrai que la Réforme reste l’apanage d’une élite intellectuelle et aristocratique et n’a guère de prise, en Anjou, sur le menu peuple ; vrai aussi que le pèlerinage a engendré une industrie de médailles et surtout de chapelets qui fait vivre bon nombre d’habitants, de sorte qu’ils n’ont aucun intérêt à soutenir les huguenots grands pourfendeurs de la dévotion mariale…

L’on dit volontiers que Notre-Dame des Ardilliers, outre qu’Elle protège efficacement contre les épidémies ceux qui se vouent à Elle, est aussi capable de ramener les égarés à la foi catholique, et d’arracher les pécheurs les plus endurcis à leurs fautes, raison pour laquelle Elle est souvent invoquée sous le titre de Notre-Dame de Bon Retour. Au début du XVIIe siècle, le sanctuaire possède une telle renommée qu’il est devenu, avec Notre-Dame du Puy et Notre-Dame de Liesse l’un des trois principaux pèlerinages mariaux de France. La reine Marie de Médicis, Louis XIII, son fils, le cardinal de Richelieu, qui embellit considérablement la chapelle en remerciement pour sa guérison inespérée, la reine Marie-Thérèse, épouse de Louis XIV, et l’une des maîtresses de celui-ci, la marquise de Montespan, repentie de ses fautes, comblent tour à tour le sanctuaire de trésors et de chefs d’œuvre. 

Des grâces de conversions singulières s’y produisent. En 1693, alors que la ville est désolée par la famine, le chômage et la misère, une jeune mercière, Jeanne Delanoue, connue pour son âpreté au gain et son égoïsme, s’entend assener par une pèlerine de passage que Dieu l’appelle à se vouer entièrement au service des misérables, ce qui la fait bien rire avant, le jeudi de la Fête-Dieu, d’être soudain terrassée par l’amour divin qui la jette en extase au pied du tabernacle. Jeanne, canonisée en 1947, se consacre dès lors à secourir les orphelines, les vieillardes abandonnées, les malades et toutes celles que l’on qualifie alors de « filles perdues » ou de « femmes de mauvaise vie »… Pour cela, elle fonde l’Institut des Sœurs de la Providence de Sainte Anne qui deviendra la congrégation hospitalière et enseignante des Servantes des Pauvres après la rencontre de Jeanne et du Père de Montfort, venu en pèlerinage à Saumur en 1706. À cette occasion, saint Louis-Marie s’est fait accompagner de trente-trois hommes, en hommage aux trente-trois années de la vie du Christ, qui ont marché pieds nus avec lui jusqu’aux Ardilliers. Un temps disparue, la marche, très physique, des « trente-trois pénitents » a repris depuis quelques années. 

Sauvée du vandalisme révolutionnaire

La Révolution va s’acharner sur Notre-Dame des Ardilliers avec une fureur particulière, tant à cause de l’insurrection vendéenne, qu’à cause de son statut de sanctuaire cher à la monarchie. Fermée, profanée, l’église est entièrement vidée de ses trésors, fondus ou vendus à l’encan, avant d’être transformée en salpêtrière. Cela ne suffit pas encore et il faut un geste plus symbolique pour effacer le passé royal des Ardilliers, comme on va effacer, d’ailleurs, celui de Liesse et du Puy. À l’automne 1793, la Vierge noire du Puy est traînée dans un tombereau à ordures jusqu’au bûcher dans lequel elle va disparaître ; un tombereau à ordures, c’est le genre de voiture dans lequel Marie-Antoinette a été, le 16 octobre, conduite à l’échafaud. Même traitement réservé aux deux reines de France, celle de la terre et celle du Ciel. Peu après, à Liesse, la statue miraculeuse apportée par les anges est brûlée dans le four du boulanger ; c’est l’époque où, en Vendée, les républicains jettent dans les fours allumés des mères de famille et leurs enfants sous prétexte de « boulanger le pain de la république ». Notre-Dame s’associe étroitement au martyre de son peuple.

Le sort réservé à Notre-Dame des Ardilliers devrait être comparable puisqu’il est décidé de la guillotiner ! On ne sait trop comment un catholique fidèle parvient à échanger la Pietà vouée au couperet avec la belle statue de sainte Marie Madeleine, ni comment personne ne semble s’apercevoir de la substitution… Quoiqu’il en soit, Notre-Dame des Ardilliers échappe au vandalisme révolutionnaire et, la paix revenue, reprend sa place dans sa chapelle restaurée. Elle échappe encore, miraculeusement, en juin 1940, aux combats qui dévastent la ville tandis que les fameux « cadets de Saumur » défendent héroïquement contre l’armée allemande les ponts sur la Loire. Atteinte par plusieurs obus, la chapelle est très gravement endommagée mais la statue est sauvée. Notre-Dame des Ardilliers ramène à Dieu les cœurs les plus endurcis. N’est-elle pas Celle qu’il faut plus que jamais prier aujourd’hui ?

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notre damesanctuaireVierge Marie
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