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Le long combat de Marie contre l’anorexie

ANOREKSJA

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Claire de Campeau - publié le 01/06/22

À l'occasion de la Journée Mondiale des troubles des conduites alimentaires, ce 2 juin, Marie livre à Aleteia un témoignage poignant sur son combat contre l'anorexie.

Si Marie*, cadette d’une fratrie de quatre filles, semble aujourd’hui très épanouie, elle se remet pourtant d’une longue maladie pernicieuse : l’anorexie. Professeur des écoles et graphiste-dessinatrice indépendante, elle livre à Aleteia un bouleversant témoignage. 

Sportive, Marie a été nageuse à haut niveau allant jusqu’au championnat de France. Etudiante en médecine, scout, entourée de bons amis, Marie avait à 20 ans un parcours de vie aux allures idylliques. C’était sans compter des angoisses non verbalisées depuis l’enfance qui l’ont menée à un burn-out et à une anorexie restrictive pendant six longues années. Jusqu’à la guérison, en janvier dernier.

Le trouble anorexique de Marie n’est pas survenu par hasard, comme elle l’a compris au terme d’un long suivi psychologique : « J’ai eu pas mal de problèmes familiaux dans ma famille, j’ai une de mes sœurs qui a été malade assez jeune et une autre qui a eu un cancer, j’étais un peu la victime collatérale. Mes parents se sont séparés quand j’avais onze ans, cataclysme dans notre famille et perte de beaucoup de repères. » Lors du cancer de sa sœur, Marie s’éloigne de la foi : « La bonne sœur qui venait nous faire le catéchisme à la maison me parlait de Dieu et je lui répondais : « Ton Bon Dieu, il ne peut pas exister, ma sœur, elle est en train de mourir ! Ce n’est pas possible. » »

Marie a conscience aujourd’hui d’avoir été un peu « l’éponge » de ceux qu’elle aimait tant : « J’ai pris pour tout le monde je crois, j’ai pris sur moi et tout encaissé. Au bout d’un moment, ce fut à mes 19 ans, il a fallu tout lâcher. Maman a toujours dit : Marie elle n’a « rien eu » mais c’est elle qui a le plus pris. Parce qu’en fait j’étais la petite dernière, toujours avec le sourire, le rayon de soleil. » 

« Après deux années de médecine, à 19 ans, j’ai fait un burn-out. Pourtant bien classée, je ne suis plus allée en cours et j’ai échoué aux examens. » L’anorexie a commencé : hyper contrôle de la nourriture, phobie alimentaire face à certains aliments devenus intouchables, la spirale infernale commence.

La descente aux enfers

« Je n’étais pas consciente d’être malade tout au début. Je ne mangeais plus rien, le peu que je mangeais je le cuisinais moi-même pour tout pour contrôler, pour faire manger les autres à ma place. Mal dans ma tête, je voulais au moins me sentir bien dans mon corps, n’ayant pourtant jamais été épaisse. Je n’arrivais pas à cuisiner avec de l’huile, avec du gras, je faisais tout à l’eau. » Après cet épisode de privation, Marie recommence à pouvoir manger un peu plus. C’est là que survient un pneumothorax chez sa maman, ce qui ne manque pas d’affecter considérablement Marie : « On a cru qu’elle n’allait pas y survivre. Quand j’arrivais à l’hôpital, elle ne me reconnaissait plus. Le choc m’a fait vomir. »

Ce vomissement n’est malheureusement que le premier d’une longue série : « Au fil des jours, il n’y avait plus trop de privation ni de contrôle mais je vomissais mon angoisse, de façon quasi mécanique et incontrôlable. » Suivant le même circuit qu’une addiction à une drogue, son corps avait pris l’habitude : « Des contractions me venaient mécaniquement au niveau du diaphragme. » À ce stade, la maitrise de son propre corps commence à lui échapper, sournoisement, la prenant au dépourvu à chaque crise de vomissement. 

À l’hôpital, devant sa perte de poids importante, les médecins décident la pose d’une sonde naso-gastrique pour réalimenter la jeune fille : « Ce qui était bénéfique avec la sonde, c’est que le tuyau ouvrait le diaphragme et cela m’empêchait de vomir. C’est la seule chose au niveau médical qui m’a vraiment apporté. » Heureusement, elle ne sera jamais isolée de ses proches : « Tous les cas d’anorexie sont différents et ne sont donc pas à traiter de la même manière. J’aurais extrêmement mal vécu d’être en cure, loin de ceux que j’aime en cette période si difficile. J’avais besoin d’être rejointe dans ma souffrance, d’être entendue et comprise. »

Portée par sa foi, sa famille, ses amies

Cette compréhension, Marie la trouvera dans de belles amitiés : « Ne pas laisser la solitude du cœur, je crois que c’est fondamental dans la guérison d’une maladie telle que l’anorexie. Quand on m’a posé la sonde, j’ai eu trois amies qui ont vraiment été là pour moi. J’ai porté ma croix jusqu’au Portugal, en passant par Rome, et même jusqu’en Pologne où je me nourrissais de ce liquide blanchâtre et où je portais mes poches pour me nourrir. Des pèlerinages où la maladie était ma compagne de vie mais où mes trois amies étaient mes précieux rires, mes sourires, ma petite joie l’espace de quelques instants. »

Portée par sa foi et son espérance, Marie ne cède jamais physiquement : « Rien, jamais mon cœur n’a lâché, jamais mon corps n’a rendu l’âme, le Seigneur m’a donné une force incroyable pour rester debout et dépasser le côté médical et physiologique. Ma foi m’a sauvée. »

Au bout de deux mois, la sonde est enlevée. Très vite, les angoisses et les vomissements reprennent : « Le 24 décembre, je me dis : si ça continue comme ça, je vais mourir. Cette maladie me dépassait. C’est courageux de vivre, je me bats pour vivre mais là il y a quelque chose qui va m’emporter, je n’en peux plus. J’avais un pouls hyper bas, une tension de huit… Maman était si présente pour moi. »

En janvier 2022, les médecins refusent de lui remettre une sonde, qui reste un important dispositif médical, arguant que Marie doit d’abord se soigner psychologiquement. Marie rentre chez elle et s’effondre : « Cela faisait deux heures que je parlais en pleurs à maman et j’ai fini par lui dire : là ce n’est pas moi qui ait parlé Maman, c’est la maladie. »

Un rêve, des cauchemars, un exutoire

« Ce même soir de janvier, raconte Marie encore émue, j’ai fait plein de cauchemars. Je pense que j’ai sorti beaucoup de choses. J’ai également fait un rêve assez incroyable, dans lequel, selon mon psychiatre, j’accordais mon pardon à mon père. Le lendemain de cette nuit agitée, j’ai eu mes règles. Après six ans sans règles, quel choc. Un miracle. »

Le miracle continue au réveil, alors que Marie a toujours ses joues creuses, sa mère lui dit au réveil de cette nuit agitée : « C’est amusant, ton visage a complètement changé Marie. » Son corps et sa tête avaient seulement déjà décidé d’aller mieux.

Après le miracle, la reconstruction

Ensuite, tout le ciment de la maladie, tout ce qui la faisait exister, s’est étiolé : « C’était compliqué car je perdais mes repères et à la fois c’était beau parce que je devais tout reconstruire. Ma guérison a été rapide et à la fois cela faisait six ans que je la tricotais ! »

Aujourd’hui, Marie est plus pratiquante que jamais, va à la messe presque tous les jours entre midi et deux, comme une douce parenthèse dans un quotidien chargé. « Ma guérison est un miracle. A la messe, des paroles telles que « Et je serai guérie », juste avant de prendre l’hostie, me touchent profondément. Personne n’est épargné par la souffrance. Vous pouvez vous éloigner, vous enfuir, essayer de vous échapper elle vous rattrapera car elle fait partie de notre existence. Tout comme il y a la vie, la mort est là et nous ne devons pas en avoir peur. Ta souffrance est autant légitime que celle que j’ai vécue et c’est cette petite lumière dans les ténèbres qui m’a permis d’espérer et m’a donné le courage nécessaire pour que chaque battement de mon cœur, chaque seconde, soient vécus. »

Désormais, la jeune femme a soif de témoigner, ce qui contraste avec son mutisme passé. Plus question d’intérioriser ses émotions ! « Aujourd’hui je donne autant qu’avant aux autres, mais je reçois dix fois plus en retour. Je pense que, dans ma maladie, j’attendais beaucoup en retour de la part des autres. Une de mes amies m’a dit une phrase très juste : « Avant tu étais là physiquement mais maintenant tu es vivante ! » » 

* Le prénom a été changé.

Tags:
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