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Des garçons en jupe dans une école catholique

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Caroline

Jeanne Larghero - publié le 24/06/22

L’enseignement catholique est porteur d’une vision de la différence sexuelle et de l’amour qui l’oblige à clarifier ses choix pédagogiques, estime la philosophe Jeanne Larghero.

C’est l’histoire d’une jupe qui s’est pris une veste. Ou comment deux parents d’élèves d’une école catholique ont envoyé leurs garçons de 4 et 6 ans en classe habillés en jupe, en dépit du refus déjà opposé par la directrice à leur demande. Nouveau refus, nouvelle tentative de la famille. Partant de là, évidemment, cela ne pouvait que mal tourner… Chacun campe sur ses positions : le père de famille vient à l’école en jupe en signe de revendication, les enfants vêtus de même se trouvent mis à l’écart du reste de la classe, le directeur diocésain lui-même est obligé de s’en mêler, et tout cela est ponctué par le soutien du groupe d’action féministe local. Soutien aux parents, pas à l’enseignement catholique, vous vous en seriez douté… Puis l’école subit des tags dits anti-sexistes : « Je m’habille comme je veux », slogan qui résume assez bien la pensée d’un enfant de 4 ans ; la boucle est bouclée. Que croyez-vous qu’il arriva ? Les parents, à l’issue d’une explication peu entendue du projet éducatif de l’établissement, décident de retirer leurs enfants et de les inscrire dans le public. 

L’épreuve de la clarification

Mais quelle mouche a donc piqué ces parents sûrement soucieux, comme tous parents, du bien-être, de l’intégration, et de la bonne scolarité de leurs enfants ? Selon eux, la demande vient de leurs garçons eux-mêmes, qui aimeraient mener leurs activités extra-scolaires en jupes, robes, vernis, paillettes, et déguisements de princesse, et auraient insisté pour aller également à l’école en jupe… Demande qui a pesé plus lourd dans la balance que toutes les raisons qui les avaient poussés à postuler dans cette école. On pourrait ironiser et leur proposer de continuer au contraire de faire leur chemin dans l’Église, grâce à quoi ils pourront à volonté porter la robe, comme nombre de moines, de prêtres en soutanes, et comme le pape lui-même qui arbore une longue robe immaculée par tous les temps. Preuve que l’Église n’a pas de problèmes avec le port de la robe, et c’est d’ailleurs ce qui lui vaut un paquet de reproches et sarcasmes ! À quels saints se vouer ? 

La paternité n’autorise pas à faire de nos enfants l’instrument de nos combats, aussi légitimes que nous les pensions.

On n’ironisera pas non plus sur la contradiction comique qui pousse un homme à se réjouir de voir ses garçons se balader partout en vernis-paillettes et robes de princesses, là où nombre de mères féministes s’inquièteraient de voir leurs petites filles en faire autant… Ironie et polémique stérile mise à part, on ne peut que remercier tous les protagonistes de cette affaire. Remercions-les d’enfin soumettre le monde de l’éducation, et notamment l’enseignement catholique, ses familles et ses éducateurs, à l’épreuve de la clarification, et ce n’est pas trop tôt.

Éduquer autrement

Cette clarification se résume en une phrase : être chrétien, c’est être dans le monde, mais ne pas être du monde (Jn 14, 17). Dans le monde, nous le sommes : nous ouvrons des écoles, des dispensaires et des hôpitaux, nous nous engageons en politique, nous nous marions ou non, faisons des enfants ou non, nous suivons les coutumes vestimentaires locales. Bref, nous sommes jetés dans cette grande aventure de la vie qui veut que l’on se lance, qu’on « se plante », qu’on recommence, qu’on s’améliore, qu’on s’adapte à ses semblables, et qu’on cherche comme tout le monde le meilleur et le bonheur. C’est justement parce que nous, chrétiens, vivons dans ce monde, que nous l’aimons et que nous le désirons encore meilleur, que l’enseignement catholique existe et que tant de familles se tournent vers lui.

Dieu a un respect immense pour ce corps d’homme, ce corps de femme qui est le lot de chacun, au point qu’il a voulu que nos corps vivent pour toujours, que nous les retrouvions après la mort dans l’éternité.

Mais définitivement nous ne sommes pas du monde : notre monde est ailleurs. C’est exactement là que le temps d’une salutaire clarification est arrivé. Nous ne sommes pas du monde, parce que nous savons que nous avons un Père qui est aux cieux : nous ne nous croyons pas tout puissants sur nos propres enfants, nous savons que la paternité n’autorise pas à faire de nos enfants l’instrument de nos combats, aussi légitimes que nous les pensions. Nous ne sommes pas du monde, parce que nous vivons aussi comme des enfants de Dieu à qui il nous arrive de dire « que ta volonté soit faite » : nous savons que l’enfant n’a pas à faire tout ce qu’il désire, que son désir n’est pas tout-puissant. C’est pourquoi nous éduquons autrement, et cette façon d’éduquer a gagné des sociétés entières. 

Une anthropologie de l’amour

Nous ne sommes pas de ce monde, parce que nous sommes porteurs d’une anthropologie qui affirme cette chose inouïe : alors que la biologie nous définit pauvrement comme mâles et femelles, alors que le militantisme refuse l’apport de la biologie pour nous réduire à de purs produits culturels et finalement dispensables, c’est-à-dire des êtres « genrés » qu’il s’agira de « dégenrer » qu’ils le veuillent ou non, nous savons que nous sommes des hommes et des femmes absolument et pour toujours égaux aux yeux de Dieu, raison pour laquelle nous luttons pour que ces droits soient reconnus. Nous savons que Dieu a un respect immense pour ce corps d’homme, ce corps de femme qui est le lot de chacun, au point qu’il a voulu que nos corps vivent pour toujours, que nous les retrouvions après la mort dans l’éternité : le sexe n’est pas un terrain de jeu, ni une construction mal ficelée. Il est le trésor imprimé dans notre chair, l’empreinte de l’amour éternel de Dieu. Pourquoi ? Parce que le sexe est le lieu de l’expression de l’amour, et que l’amour ne passera pas : l’amour est de toujours et pour toujours. Ce sexe qui nous est donné, qui nous fait homme ou femme, bien avant toute sorte d’emprise culturelle, n’est pas à mépriser au point qu’on le cache sous un « iel » artificiellement construit. Il nous est donné pour qu’on apprenne à le recevoir et l’aimer, et à aimer charnellement grâce à lui.

Voilà pourquoi on a toutes les raisons de se moquer éperdument de ces histoires de jupe ou pas jupe : ce sont chiffons et compagnie. Mais voilà pourquoi tout ce qui ressemble de près ou de loin à un militantisme déconstructiviste n’a pas sa place dans les classes de l’enseignement catholique, car totalement opposé à la vision profondément unifiante que porte l’Église. Celle-ci offre une vision riche, pacifiante, pleine de vie, portée vers l’avenir, pour autant qu’on cherche à la connaître et à la comprendre. 

Un message positif sur le corps

C’est donc définitivement un appel à la clarification qui nous est lancé. Ou bien l’enseignement catholique intègre toutes ces demandes militantes, les « accompagne » comme le demandait la circulaire de Jean-Marc Blanquer sur les transitions de genre, circulaire que bien des établissements catholiques ont déjà discrètement adoptée, au mépris de la foi chrétienne dont ils se disent porteurs, au mépris du respect de la conscience de bien des enseignants et de nombreux élèves contraints implicitement au silence. Ou bien l’enseignement catholique dans son ensemble, secrétariat général en premier, prend son courage à deux mains, et ose affirmer que ce militantisme et ses incarnations diverses sont incompatibles avec le terme « Enseignement catholique ». Rappelons qu’aux États-Unis, l’évêque du Massachusetts a récemment retiré l’accréditation catholique à un établissement arborant les drapeaux LGBT. Ne tombons pas dans le piège qui amènerait à diviser entre eux les catholiques, et croyons ensemble que les générations de demain ont besoin d’entendre ce que les chrétiens ont à leur annoncer : un message positif sur le corps.

Ces questions d’égalité homme-femme, d’identité sexuelle, de respect des différences sont centrales et passionnent nos contemporains. Elles passionnent nos jeunes, totalement privés des repères anthropologiques encore vaguement présents à la génération de leurs parents, et de ce fait très perméables aux idéologies et militantismes de tout poil. La foi catholique est porteuse d’une vision moderne et rationnelle du corps, de réponses intelligentes et originales qui touchent toujours ceux qui en découvrent la cohérence, et notamment les jeunes. L’avenir de l’enseignement catholique et de ceux qui lui font confiance est donc bien là : premièrement former en profondeur ses éducateurs, deuxièmement transmettre aux jeunes, et enfin exposer un projet clair aux familles.

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