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For interne, for externe : une distinction utile à tous

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Caroline

Jeanne Larghero - publié le 08/07/22

La frontière entre le domaine de sa conscience et le domaine public de ses actes extérieurs est au cœur de la liberté humaine. La philosophe Jeanne Larghero explique pourquoi l’Église tient au respect intangible de cette distinction.

Des communautés nouvelles ou associations de fidèles ont récemment fait l’objet de mesures de restriction, ou de dissolution, phénomène qui par ailleurs n’est pas nouveau dans l’Église. Les motifs invoqués mettent en avant des dysfonctionnements touchant la distinction entre « for interne » et « for externe ». De quoi s’agit-il? En quoi cette distinction nous concerne tous, y compris si nous ne sommes pas membre d’une communauté religieuse ?

Jardin secret et domaine public

Qu’est-ce que le for interne ? C’est notre jardin secret. Le lieu tout intérieur où résident nos pensées intimes, nos souvenirs, nos regrets, nos désirs : c’est le point caché en nous, où s’exerce notre conscience morale, où nous pesons nos choix, où seul avec nous-même nous entrons néanmoins en relation avec Dieu. Qui peut connaître cette région profonde qui nous rend absolument unique ?  Nous-même ? c’est déjà difficile. Alors bien souvent, nous nous confions à un confident, à une amie, à un parent, pour démêler un peu ce qui en nous est enfoui, et cela nous aide à y voir plus clair. L’accompagnement spirituel peut également être un précieux outil, car il nous permet de mettre à jour les freins, les travers que nous portons, qui nous empêchent de grandir, mais que nous aurions tendance à laisser sous le tapis. Livrer notre for intérieur suppose une grande confiance et nous rend vulnérable, ne jamais le faire revient à emmurer notre intériorité.

La prudence élémentaire veut que celui qui exerce sur un autre une autorité externe ne détienne pas le rôle de guide de​ conscience sur cette personne.

A contrario, on appelle for externe ce qui relève de notre personne publique : nos actes, comportements, prises de paroles publiques et accessibles à tout observateur extérieur. C’est sur ce for externe que nous sommes évalués, jugés, soumis aux lois et aux autorités sociales.  Par exemple, aucune loi en France ne peut m’interdire de nourrir du ressentiment envers le type qui m’a volé mon portable dans le métro. En revanche la loi peut m’interdire de me venger et d’aller lui casser la figure. Ces deux fors sont donc à distinguer.

La saine barrière de la distinction des fors

La prudence élémentaire veut que celui qui exerce sur un autre une autorité externe ne détienne pas le rôle de guide de​ conscience sur cette personne. Ne jamais faire de son chef son guide spirituel ? C’est plus subtil que cela : votre chef (que ce soit le modérateur ou la mère abbesse de la communauté dont vous êtes membre, le curé de la paroisse qui vous salarie, le chef de la troupe scoute dont vous êtes assistant, le directeur ou la directrice de l’établissement où vous enseignez, votre patron) peut légitimement vous imposer des horaires, des temps de présence, des méthodologies. En revanche il n’a pas à suggérer par la persuasion, à imposer par l’intimidation, d’avoir droit de regard sur vos questionnements intimes, vos blessures secrètes, vos aspirations profondes. C’est la condition de votre liberté intérieure et extérieure, et de la sienne.

Voilà ce que l’Église recommande à tous lorsqu’elle impose la distinction entre le for interne et le for externe (canon 130 du Code de droit canonique), lorsqu’elle interdit au supérieur d’un séminaire d’être désigné confesseur des séminaristes, comme à tout supérieur d’être désigné accompagnateur des membres de la communauté qu’il dirige. Ton patron n’a pas à être ton conseiller spirituel, ton confesseur. Si c’est le cas, le gourou n’est pas loin. C’est une saine barrière contre les manipulations en tout genre :  les demandes abusives, les chantages affectifs, les pressions déguisées, dans les deux sens. Ainsi, grandir en liberté implique des règles de prudence et de pudeur : préserver son intimité face à ceux dont on dépend hiérarchiquement, ne pas chercher à tout savoir de ceux dont on a la responsabilité.

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