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Canada : le pape François au secours d’une réconciliation 

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Geoff Robins / AFP

Une famille à Marieval (Canada).

Jean-Baptiste Noé - publié le 14/07/22

Après deux voyages annulés, le pape François se rendra bien au Canada du 24 au 30 juillet. Un voyage qui s’annonce comme l’un des plus difficiles de son pontificat, tant à cause de son état de santé que par les sujets très inflammables qu’il doit traiter.

S’il a dû renoncer à se rendre au Liban et en Afrique, François a tenu à visiter le Canada au cours d’une semaine de voyage qui s’annonce très éprouvante. Ses difficultés à marcher perdurent, obligeant les organisateurs à limiter au maximum les déplacements. Les messes et rencontres se feront ainsi toutes en intérieur pour éviter les pas inutiles. Le décalage horaire, entre le Canada et l’Italie d’une part et à l’intérieur d’un pays plus vaste que l’Europe d’autre part, mettra à rude épreuve la santé d’un homme qui porte le poids des âges et des responsabilités. Si François a tant tenu à se rendre au Canada, c’est que cette visite résume et condense l’essentiel du message de son pontificat.

Le voyage est marqué par les rencontres avec les populations autochtones et par ces questions lancinantes : comment intégrer ces peuples dans des pays nouveaux ? Comment leur apporter le Christ sans détruire leur culture ? La problématique à laquelle est confronté le Canada est la même que celle du Brésil avec l’Amazonie. Un sujet qui parle à ce pape pleinement sud-américain. Si le Canada n’est pas l’Argentine, par les problèmes rencontrés, par les thèmes abordés, François est comme chez lui. Raison pour laquelle il a tant tenu, malgré tout, à faire ce voyage. 

Au pays du woke et de la repentance

Au Canada, le Pape logera dans deux villes, Québec et Edmonton, qui sont l’image des deux histoires contemporaines du pays. Québec est l’ancienne colonie française, le lieu où l’aventure européenne a débuté dans cette région, le foyer d’où la foi catholique a été exportée. Une foi aujourd’hui effondrée, balayée par la révolution culturelle des années soixante-dix qui a été plus rude que dans beaucoup de pays occidentaux. Contrairement à son voisin américain, le Canada a une communauté catholique qui se réduit et qui s’efface du débat public, même si demeurent d’intenses foyers d’apostolat. Edmonton est la capitale de l’Alberta, la région qui concentre le plus de populations autochtones, celle qui est au cœur du scandale depuis plusieurs mois.

Le Canada est traversé par des tempêtes sociétales très rudes : le mouvement woke y est plus virulent qu’ailleurs en Occident.

Le Canada est traversé par des tempêtes sociétales très rudes : le mouvement woke y est plus virulent qu’ailleurs en Occident, les contraintes sanitaires liées au Covid ont été plus poussées, la messe y a été interdite, sans qu’il y ait plus de morts qu’en Europe et sans qu’il y ait de réaction, contrairement à la France qui a connu des mouvements de laïcs pour maintenir la pratique du culte. À bien des égards, le Canada est un laboratoire de la modernité que François affronte depuis son élection. 

Le drame des pensionnats

C’est dans ce cadre que s’inscrit le drame des pensionnats autochtones, histoire complexe où se mêlent jeu politique, passions publiques et lectures de l’histoire. L’historien Jacques Rouillard (Université de Montréal) a résumé la complexité du dossier dans un article paru dans la revue Conflits. 150 000 jeunes Amérindiens ont été accueillis dans un peu plus de 130 pensionnats, entre la fin du XIXesiècle et les années soixante-dix. Un certain nombre y sont morts, de causes diverses. Certains corps ont été remis aux familles, d’autres ont été enterrés dans les cimetières rattachés à leur pensionnat de résidence. Depuis plusieurs années les autochtones demandent des excuses et des réparations au gouvernement canadien, en dédommagement des torts qu’ils auraient subis. Si la question est pendante depuis les années quatre-ving-dix, elle s’est accélérée au printemps 2021 après les recherches effectuées par une anthropologue à l’aide d’un écho radar. Celle-ci dit avoir constaté des dépressions de terrains sur le territoire de l’orphelinat de Kamloops qui pourraient s’apparenter à des tombes. Mais, comme le dit la personne qui a conduit les recherches, ces dépressions pourraient tout autant être d’origine naturelle. 

C’est sur la base de ces travaux qu’une immense onde de choc a parcouru le Canada, conduisant Justin Trudeau à des excuses publiques, et s’est propagée en Occident, ce qui amena à la rencontre de mars 2022 entre le pape et une délégation de peuples autochtones, ainsi qu’au voyage de juillet. La vague d’émotion est allée bien au-delà des cercles politiques et s’est transformée en mouvement anticatholique : plusieurs églises furent incendiées, des lieux de culte furent attaqués. Or aucun corps n’a pour l’instant été retrouvé, car aucune fouille n’a été réalisée. La présence de sépultures ne pourra être attestée qu’en menant des fouilles, ce que refusent pour l’instant les autochtones, estimant que les autorités canadiennes ne peuvent pas intervenir sur leurs terres sacrées.

On demande au Pape de régler les problèmes du Canada contemporains, c’est-à-dire réconcilier les mémoires des peuples et réconcilier les Canadiens entre eux.

Jacques Rouillard a effectué de nombreuses recherches dans les registres des pensionnats et dans les archives des communautés religieuses en charge de la gestion de ces lieux. Il montre que si la mortalité enfantine y était supérieure à la moyenne du Canada, celle-ci est devenue la même que dans le reste du pays une fois les campagnes de vaccinations menées, ce qui a débuté au cours des années cinquante. Quant aux enfants morts, beaucoup l’ont été de causes naturelles et n’ont pas subi de maltraitance. 

Réconcilier le Canada

Au-delà de la question des sépultures, la question posée par les orphelinats porte sur la politique d’assimilation. Il a longtemps été vu comme légitime d’assimiler les peuples autochtones à la culture occidentale, en leur transmettant la langue et les mœurs. C’est cette politique d’assimilation qui est aujourd’hui remise en cause, beaucoup estiment qu’il aurait fallu respecter les cultures locales. 

C’est dans ce climat explosif que s’insère le voyage de François. On lui demande en somme de régler les problèmes du Canada contemporains, c’est-à-dire réconcilier les mémoires des peuples et réconcilier les Canadiens entre eux. Comme si ce pays qui s’interroge sur son identité et sa place dans le monde avait besoin du chef de l’Église catholique, Argentin de surcroît, pour apaiser ses tensions et calmer ses douleurs. François qui aime aller aux « périphéries » va devoir, une semaine durant, endosser le rôle du bon Samaritain et du bon berger pour soigner et guider un pays qui plus que jamais doute de sa cohésion et de son existence. 

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