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La Coupe du monde au Qatar, un choix « invraisemblable »

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Mgr Emmanuel Gobilliard - publié le 03/10/22

Mgr Emmanuel Gobilliard, évêque auxiliaire de Lyon et délégué de l’épiscopat français pour les Jeux olympiques de Paris, a participé fin septembre au congrès “Le sport pour tous” organisé au Vatican. Il donne aujourd'hui son regard sur les opportunités pastorales liées au sport mais aussi les dérives qui apparaissent quand il devient une "idole".

Les affaires de corruption et de dopage se sont multipliées ces derniers mois, affectant même des jeunes dans des clubs amateurs. Avec le thème de l’incarnation, l’Église catholique a-t-elle un message particulier à transmettre aux sportifs concernant la dimension de la sobriété, le respect des autres, de soi-même et de son corps ?
Mgr Emmanuel Gobilliard : Oui, et ce colloque au Vatican a permis de se pencher sur les quatre dimensions de la personne : la dimension physique, psychologique, spirituelle et sociale. Quand ces quatre dimensions font une unité, alors on découvre combien toute notre personne peut être mobilisée en faveur de la fraternité, et en faveur de la charité qui doit faire « l’unité dans la perfection », comme le dit saint Paul. L’objectif est donc de rappeler cela, et de dire aussi que quand ces finalités ne sont pas respectées, il y a des dérives terribles. Les leaders dans le monde du sport ont des droits, ils ont reçu beaucoup de gloire, beaucoup d’argent, mais ils ont aussi des devoirs car ils influencent l’humanité. Quel évènement, aujourd’hui, rassemble toute l’humanité, toutes religions confondues ? Mis à part l’enterrement de la reine d’Angleterre, ce sont les grandes compétitions sportives. Les leaders dans le monde du sport ont donc une grande responsabilité. Cette responsabilité peut être exaltante, comme, par exemple, l’image que Roger Federer et Rafael Nadal ont donnée, les yeux embués de larmes, le regard dans le vide… Ces deux adversaires qui sont des amis de toujours, c’est une belle image. Les grands champions ont donc une responsabilité considérable, qu’ils peuvent très bien utiliser… ou très mal utiliser. 

Quel regard portez-vous sur la Coupe du monde au Qatar, qui suscite de nombreuses polémiques ?
Je trouve cette compétition invraisemblable. Le football est devenu une idole. On sacrifie tout : le respect de l’environnement, le respect des personnes. On manipule tout, au point de faire venir des supporters par avion car il n’y en a pas assez. Je trouve cela incroyable et scandaleux, car cette organisation montre que le sport est devenu une finalité. Le sport doit rester un moyen en vue d’un bien. Et là, j’ai du mal à y trouver le bien. La clé, c’est que le sport ne doit pas devenir une idole. Quand il devient une idole, on est capable de tout sacrifier : la santé, la vie morale, le respect de la planète et de l’environnement… Cela doit rester un moyen en vue de quelque chose de beaucoup plus grand. 

Comment se préparent les Jeux olympiques de Paris 2024, au niveau ecclésial ?
Nous voulons que les athlètes qui viendront pour cet évènement puissent faire une rencontre : la rencontre avec Jésus, le Dieu vivant. L’objectif est de faire en sorte qu’il puisse y avoir un accueil dans les différentes paroisses qui entourent le village olympique. Mgr Philippe Marsset, évêque auxiliaire de Paris, est en train de monter un dispositif pastoral pour que la rencontre ait lieu, pour que les gens soient heureux, et que l’on puisse dire aux sportifs et aux fans de sport: « Bienvenue ! Le Bon Dieu aime tout le monde ! » L’activité sportive et la vie religieuse ne doivent pas être séparées. La vie chrétienne, c’est toute notre vie, et donc le sport en fait partie quand on est passionné. C’est aussi cela que l’on veut dire en manifestant ce lien entre Église et sport.

Certains grands champions témoignent régulièrement de l’importance de leur foi, comme par exemple Mary Pierce ou Eden Hazard… Comptez-vous vous appuyer sur certaines personnalités ? 
Oui, mais avec un grand respect : il ne s’agit pas de manipuler leur foi, car beaucoup ont besoin de pudeur et de discrétion. Mais certains prennent plaisir à témoigner : c’est le cas de la footballeuse Wendy Renard qui visite régulièrement la basilique de Fourvière, ou d’Olivier Giroud… Il faut laisser une grande liberté, mais quand quelqu’un assume d’avoir la foi, de prier, et en même temps d’être sportif professionnel, c’est formidable car cela peut constituer un exemple pour les plus jeunes. Je suis heureux quand un jeune fait du sport et qu’il peut se dire « le Bon Dieu aime que je sois heureux ». Moi-même, quand j’étais au collège, je n’étais pas passionné par les cours de catéchisme et je pensais plutôt à mon entraînement de rugby. Je comprends donc ce que ressentent ces jeunes. Alors quand un jeune peut se dire : « ce champion, il est chrétien, et donc je peux être chrétien et sportif, faire du sport sans culpabiliser », c’est très important. Tout ce qui touche la vie des gens touche le Bon Dieu, comme cela a touché Jésus dans l’Évangile. 

Le sport est-il donc un outil pour l’évangélisation ?
Le sport est un moyen en vue d’une finalité. Cette finalité peut être la paix, la fraternité, et pour nous, chrétiens, c’est de faire le lien avec Jésus… Jésus est un grand sportif, il marche sans cesse, dans les Évangiles. Et c’est un grand entraîneur ! À partir d’une équipe de bras cassés, issus de groupes ennemis, il a monté une équipe qui est allée au bout du monde, dont les membres sont capables de donner leur vie les uns pour les autres. La plus belle comparaison entre la foi et le sport, c’est quand on crie « on a gagné », avec toute la famille, par exemple, quand l’équipe de France gagne. Pour nous les chrétiens, il y en a un qui a gagné la victoire, c’est Jésus, et on est tous victorieux. Jésus a remporté la victoire sur la croix, il m’associe à cette victoire, et je suis victorieux avec l’humanité tout entière. C’est le lien le plus fort entre l’Évangile et le monde du sport.

Propos recueillis par Cyprien Viet

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