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Thérèse et la grâce, l’arroseuse et l’arrosée

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Tatyana Soares | Shutterstock

Véronique Gay-Crosier - publié le 18/02/23

Auteur de "Thérèse de Lisieux… sainte" (Artège), Véronique Gay-Crosier a suivi pas à pas l’itinéraire de sainteté de la petite carmélite. Elle nous montre, à travers une petite histoire du quotidien, comment Thérèse voyait dans le moindre petit événement de la vie son versant surnaturel.

Ce qui est typique de Thérèse, c’est sa capacité à exploiter tous les événements pour les surnaturaliser. Voici une petite histoire qui le prouve, et de laquelle peuvent être tirés plusieurs enseignements. Un jour, écrit-elle, « j’étais au lavage devant une sœur qui me lançait de l’eau sale à la figure à chaque fois qu’elle soulevait les mouchoirs sur son banc, mon premier mouvement fut de me reculer en m’essuyant la figure, afin de montrer à la sœur qui m’aspergeait qu’elle me rendrait service en se tenant tranquille, mais aussitôt je pensai que j’étais bien sotte de refuser des trésors qui m’étaient donnés si généreusement et je me gardai bien de faire paraître mon combat. Je fis tous mes efforts pour désirer de recevoir beaucoup d’eau sale, de sorte qu’à la fin j’avais vraiment pris goût à ce nouveau genre d’aspersion et je me promis de revenir une autre fois à cette heureuse place où l’on recevait tant de trésors » (Ms C).

Elle transcende sa nature

Thérèse commente ce fait divers non pas pour étaler ses victoires, mais pour démontrer qu’elle n’est qu’ »une très petite âme qui ne peut offrir au bon Dieu que de très petites choses […] » (Ibidem). Elle avait du tempérament, elle était jeune et elle mettait de la vigueur dans tout ce qu’elle faisait. Ainsi, son « premier mouvement », bien naturel, est d’informer la coupable de sa maladresse irritante. Comment ? De manière corporelle : sans jeu de mots, on « se mouille » moins en ne disant pas explicitement à l’autre ce que l’on pense vraiment ; le message est aussi plus appuyé s’il est exprimé de manière visible dans la gestuelle. Certes, Thérèse aurait aussi pu lui communiquer son message avec l’humour qu’on lui connaît  — en disant par exemple : « Pardonnez-moi ma sœur, mais à ce train-là j’aurai bientôt pris mon bain ! À part que j’en sortirai plus sale encore qu’auparavant… » Mais tout se passe très vite : Thérèse est tentée de céder à son accès d’humeur, de réagir de manière passionnelle devant ce qui l’indispose. Cependant, elle transcende sa nature pour entrer dans la dimension spirituelle de l’incident. 

Ce petit sacrifice est terne à nos yeux, mais resplendissant aux yeux du Ciel. Thérèse comparait souvent les actes « sans aucune valeur » apparente, à des « fleurs effeuillées » ou des « pétales » qui, une fois passés dans les mains de Jésus, acquièrent la capacité de sauver les âmes et de les soulager. La conviction de Thérèse est que Dieu recherche notre participation à la rédemption des pécheurs. Tout ce que nous pouvons Lui offrir sera remis en circulation pour les âmes qui en ont besoin. Peines, tracasserie, contrariétés, prières, sacrifices, doutes, manquements, fautes, bonnes actions avortées, bonnes intentions sans suite… Rien ne se perd dans cette communion des saints que nous rendons ainsi opérante. Surréaliste ? Non, surnaturel ! Jésus sublime ses actes banals ou malheureux en fontaines jaillissantes de grâces abondantes ; pour soi et pour d’autres. 

Son désir d’aller plus loin

Thérèse n’en est pas à son coup d’essai, mais le combat ne cessa quand même pas instantanément. Ainsi, la prise de distance de Thérèse rendit possible un troisième moment : au moment où elle se rappelle que ces aspersions sont des « trésors », et du moment que la situation n’est plus purement matérielle — ingrate et grossière —, Thérèse est prête à aller plus loin encore. Car le combat ne se réduit pas à une mortification de sa nature. Elle va jusqu’à « désirer » endurer durablement le désagrément. Elle quitte l’horizontalité de l’humain pour prendre la tangente : elle oblique pour tendre vers le vertical, le haut, l’éternel. Elle s’attache à se détacher du ressenti déplaisant. Bien plus, son aspersion lui sert de tremplin pour accéder à ce qui lui importe le plus : le salut des âmes. Thérèse ne va donc pas perdre son temps à rechercher un contentement personnel dans sa situation ; comment trouver du « plaisir à souffrir » sans être masochiste. 

Sa stratégie sera toujours identique : exploiter le fait matériel pour y percevoir son versant surnaturel.

Le « goût » lui viendra non pour la situation à proprement parler, mais pour sa portée surnaturelle. C’est après ses efforts, pour dissimuler son combat intérieur, qu’elle y trouvera une sorte de délectation divine. Sa stratégie sera toujours identique : exploiter le fait matériel pour y percevoir son versant surnaturel. Proactive, au lieu de subir son sort. Partant, ses tentatives pour s’extraire de la matérialité de la petite contrariété lui donneront de considérer les giclées d’eau et giclures comme des possibilités de sauver des âmes. La conséquence, qui est aussi sa récompense, est double : elle a atteint un contentement surnaturel, et elle a résolu « de revenir une autre fois à cette heureuse place où l’on recevait tant de trésors ». Voilà comment sa doctrine est incarnée.  

Pratique

Thérèse de Lisieux… sainte, Véronique Gay-Crosier, Artège, décembre 2022, 312 pages, 19,90 euros.

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