Quel sentiment violent que ce qui pousse à vouloir du mal à quelqu’un ou à se réjouir du mal qui lui arrive. Haïr, c’est tuer virtuellement, c’est ressentir de l’irritation du seul fait de son existence, et non pas à cause de ce qu’il fait, mais de ce qu’il est. On y trouve à la fois mépris, rage et colère et cette émotion détruit autant l’autre que soi-même. Plus que de l’agressivité, elle est le moteur des prises de pouvoir, du meurtre, de la guerre. Saint Paul haïssait les chrétiens au nom d’un amour de Dieu déformé. La haine est souvent le résultat d’un grand amour illusoire ou déçu.
Voilà pourquoi il est très difficile de combattre la haine par l’amour qui lui est directement opposé, surtout si la haine s’est installée depuis longtemps dans un cœur. Il faut passer par un changement de regard sur l’objet de la haine, qui s’appelle la gratitude, sentiment affectueux que l’on éprouve envers quelqu’un dont on est l’obligé, d’où une reconnaissance à son égard. Il y a un saut à faire important, pour voir l’autre autrement, à la manière de celui qui découvre un vitrail de l’intérieur plutôt que de l’extérieur et en découvre ainsi toute la beauté. Passer de la rancune née d’une offense et d’un acte blessant à la personne qui est au-dessus de ce qu’elle a fait. Pouvoir reconnaître un péché en remontant au pécheur. Car si nul n’est à l’abri du péché, nul n’est dispensé de s’en éloigner.
Si la gratitude est la reconnaissance d’un bienfait, elle suscite le bien sur ce qui peut rester encore un mal. Dans la gratitude on reste dans une bienveillance qui peut paraître naïve parfois, mais qui suscite une réaction positive à l’égard de l’autre. Loin de la haine qui enferme et réduit, elle ouvre à une espérance sur celui qui était l’objet de la haine, car il est capable d’un mieux. Ah si notre monde découvrait les vertus de la gratitude comme antidote à toutes les haines !