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Un petit garçon au pape François : « Dis, pourquoi tu es devenu Pape ? »

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TIZIANA FABI / AFP

Andrea Tornielli - Vatican Insider - publié le 21/02/17

Le pape François explique le conclave à des enfants.

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« Celui qui est élu, n’est peut-être pas le plus intelligent, ni le plus malin peut-être, ou le plus rapide à faire les choses, mais c’est lui que Dieu veut en ce moment précis pour l’Église », a souligné le pape François en expliquant à des enfants comment se passait l’élection d’un Pape. « C’est un processus où il faut beaucoup prier (…) On ne paie pas (…) On ne tire pas au sort (…) Et où Dieu, le Saint-Esprit, est la personne la plus importante », a-t-il développé devant les enfants de la paroisse romaine Santa Maria Josefa, le 19 février dernier. À travers eux, le Saint-Père a raconté le long processus du conclave où se mêlent « les facteurs humains et l’intervention de l’Esprit Saint », avant d’arriver à l’élection. L’originalité des échanges entre le Saint-Père et les enfants sur cette question – ponctués de petites phrases ironiques et réparties des enfants – mérite qu’on les rapporte dans leur intégralité.

Dialogue avec les enfants

Tout est parti de la question d’Alessandro : « Pourquoi es-tu devenu Pape ? ». François a répondu : « Parce qu’il y a des coupables. L’un de ces coupables c’est lui » [il indique le cardinal Agostino Vallini, Vicaire de Rome et les enfants éclatent de rire]. « Parce que tu sais comment on fait un Pape ? », poursuit le Souverain Pontife. « Je vais t’expliquer. Savez-vous comment on fait un Pape ? » [« Non ! », répondent les enfants]. « On paie, pour devenir Pape ? » [« Non ! »]. « Mais si quelqu’un paie beaucoup, beaucoup, beaucoup, on finit par le faire Pape ? » [« Non ! »] « Non. On tire au sort, le Pape ? » [« Non ! »] « Non. On ne le tire pas au sort. Alors comment fait-on ? Qui élit le Pape ? Réfléchissez bien : qui sont ceux qui l’élisent ? » [« Les cardinaux ? »] « Les cardinaux. Et don Agostino [Vallini] est un cardinal, c’est le vicaire de Rome. Il faisait partie des 115 cardinaux qui étaient réunis pour élire le Pape ».

« Et ils se réunissent, parlent entre eux, pensent, raisonnent mais surtout, et c’est le plus important, on prie. Ces gens sont cloîtrés, c’est-à-dire qu’ils ne peuvent pas parler avec les gens de l’extérieur, ils sont isolés et se rendent à la Chapelle Sixtine pour élire le Pape. Ils parlent entre eux de ce dont l’Église a besoin aujourd’hui, et c’est pourquoi ils doivent choisir entre les divers profils, celui-ci ou celui-là. Et le Seigneur envoie l’Esprit Saint qui aide à élire le Pape. Puis chacun vote et on fait le décompte. Celui qui obtient les deux tiers des voix est élu Pape ».

« Comme vous voyez, a ajouté François, dans ce processus, il y a beaucoup de prières. On ne paie pas, il n’y a pas d’amis puissants qui influencent, non. Quelle est la personne la plus importante, dans ce groupe qui doit élire le Pape ? Réfléchissez bien ! Qui est-elle ? » [Un jeune garçon dit:  « le Pape »]. « Non, le Pape n’est pas encore élu. » [Certains répondent : « Dieu »] « Dieu et donc l’Esprit-Saint qui, à travers les votes, élit le Pape. Et puis, celui qui est élu n’est peut-être pas le plus intelligent, ni le plus malin ou le plus rapide à faire les choses, mais c’est lui que Dieu veut en ce moment pour l’Église ». [« Oui ! », répondent en chœur les enfants] ».

François interroge alors à son tour les enfants : « Je vous pose une question, mais réfléchissez bien. À mon élection, nous étions 115. Je vous demande : qui était le plus intelligent de tous ? [« Toi ! », répondent les enfants] « Non ! » [D’autres : « Tous ! »] « Non. Le plus, le plus… » [« Dieu », répondent-ils]. « C’est Dieu qui est le 116e… On ne sait pas, mais celui qui est élu n’est pas nécessairement le plus intelligent. Il y a plus intelligents que lui, mais Dieu a choisi celui-ci. Et comme dans toutes les choses de la vie, le temps passe, le Pape doit mourir comme tout le monde ou partir à la retraite, comme a fait le grand pape Benoît XVI, parce qu’il n’avait pas une bonne santé. Il en arrivera un autre de la même manière : élu par le groupe des cardinaux sous la lumière de l’Esprit Saint. Dis-moi, Alessandro, es-tu satisfait de la réponse ? Je ne me suis pas trompé ? Je n’ai pas menti ? Merci ».

Un pape pour chaque époque

Donc pas un pape nécessairement plus intelligent ou mieux préparé, mais quelqu’un qui, selon ses pairs – aux vues de considérations humaines et dans le silence de la prière – correspondrait au profil qu’ils se sont fixés pour répondre aux besoins de l’Église en ce moment. L’élection – faite en respectant les procédures canoniques – est consacrée par le 116e protagoniste, l’Esprit-Saint. Mais en tenant compte de la maxime attribuée à saint Vincent de Lérins qui affirmait au Ve siècle : « Il y a des papes que Dieu donne, d’autres, il les tolère, et d’autres enfin il les inflige ».

Un grand archevêque de Gênes, le cardinal Giuseppe Siri, célébrant en août 1978 une des messes de suffrage pour Paul VI avant le début du conclave, avait mis en avant ce facteur humain, disant à ses confrères cardinaux : « Je trouve nécessaire de m’adresser aux vénérables confrères du sacré collège et de leur rappeler que nous nous apprêtons à remplir un devoir qu’il serait indigne d’accueillir en disant : “L’Esprit Saint s’en charge !” Nous abandonnant sans travail et sans souffrance à la première impulsion, à la déraisonnable suggestio ».

Ni saint, ni sage, mais prudent

Fameuses également les paroles de la lettre numéro 24 dans l’épistolaire de saint Bernard, abbé de Clairvaux, surnommé docteur melliflu, qui souligne la vertu que doit avoir un bon gouvernant. Albino Luciani, la résume admirablement dans un chapitre de son livre Illustrissimi, en s’adressant précisément à saint Bernard : « Nous étions en conclave. Les cardinaux ondoyaient, incertains, parmi les candidats. L’un était signalé pour sa sainteté, le deuxième pour sa grande culture, le troisième pour son sens pratique. Un cardinal mit fin à cette indécision en citant votre lettre :

« Il ne sert à rien de tergiverser encore, dit-il, notre cas est déjà considéré dans la lettre XXIV du docteur melliflu. Il suffit de l’appliquer et tout se déroulera bien. Le premier candidat est un saint ? Eh bien, oret pro nobis, qu’il dise quelques Notre Père pour nous pauvres pécheurs. Le deuxième est cultivé ? Nous en sommes ravis, doceat nos, qu’il écrive quelque livre d’érudition. Le troisième est prudent ? Que celui-ci nous nous gouverne et devienne pape ». « Inclinons-nous donc devant ceux qui, parmi nous, sont sages et pieux, mais élisons celui qui est doté de prudence », avait déclaré Albino Luciani lors d’un discours à l’université Fédérale de Santa Maria, au Brésil, en novembre 1975.

Toujours saint Bernard de Clairvaux, docteur de l’Église, avait préparé toute une série de recommandations pour son élève, Eugène III, Pape de 1145 à 1153, intitulées « Conseils pour un Pape » (texte réédité récemment en Italie). Un livret encore précieux aujourd’hui : « Tu es Pape, agis en serviteur : aux apôtres il est interdit de dominer », affirmait Bernard. « Le moment est venu d’élaguer, le pape est le successeur de Pierre, pas celui de Constantin. » Ses paroles consacrées aux collaborateurs qui entourent le Pape et l’entourage de la curie sont particulièrement significatives à la lumière de la situation actuelle : « Plus ils se proclament tes serviteurs, plus ils veulent faire la loi ».

Article traduit de l’italien par Isabelle Cousturié.

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