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Cette laïque au tempérament de feu qui sauva l’Église de Madagascar

Antananarivo

Michel Gounot / GODONG | Ref:438

Victoire Rasoamanarivo repose aujourd'hui en la chapelle d'Andohalo, à Tananarive, la capitale de Madagascar.

Claire Guigou - Oeuvres Pontificales Missionnaires - publié le 06/09/19

L’avenir de toute une communauté ne dépend parfois que d’une seule personne. À Madagascar, le pape François se recueillera samedi 7 septembre sur la tombe de Victoire Rasoamanarivo, une simple laïque missionnaire, qui changea presque à elle seule, au XIXe siècle, le destin de son pays.

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« Quand nous contemplons la figure de Victoire au milieu de la jeune Église de ce pays, nous comprenons mieux encore le rôle irremplaçable de fidèles laïcs, si fortement mis en valeur par le Concile Vatican II ». Tels sont les mots forts de Jean Paul II lors de la messe de béatification de cette Malgache. Pour le pape polonais, cette femme à l’énergie contagieuse illustre aussi parfaitement « la place qui revient aux femmes dans l’Église » et rappelle le rôle actif qu’on joué ces dernières dans l’Évangile.

Il faut dire que Victoire, née en 1848, est pourvue d’un tempérament de feu, à l’image de sa terre bien-aimée aux couleurs chatoyantes. À Madagascar, que l’on surnomme l’île rouge, ne pouvait voir le jour qu’une femme de caractère… D’une famille aisée, la jeune adolescente découvre le Christ grâce aux sœurs de saint-Joseph de Cluny, alors missionnaires dans son pays. Habituée à se rendre au culte païen avec sa mère, elle reste un jour saisie par la tendresse du Christ. Décidée à suivre le Seigneur, elle reçoit le baptême à 15 ans et renonce pour toujours à son ancienne religion.




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Dès lors, ce feu sacré ne la quitte plus jamais et elle embrasse avec fougue le Christ et l’Église. Sa foi et sa détermination font d’elle une parfaite fidèle engagée et la préparent à un destin hors du commun pour une simple laïque à l’époque. Lors de la première guerre franco-malgache, les missionnaires sont soudainement expulsés en 1883, laissant la toute jeune communauté catholique du pays privée de ses prêtres. Seule Victoire, femme influente et formée, semble avoir les épaules pour prendre le relais des missionnaires. Avant leur départ précipité, les Pères la pressent donc de maintenir l’Église en leur absence et d’affermir les fidèles. « Pieuse comme tu es, tu peux beaucoup pour eux », lui glisse l’un d’eux sur le départ.

Telle Marie auprès des Apôtres, Victoire s’active pour maintenir la communauté catholique durant trois années de tourmente, veillant à ce que l’instruction progresse et animant des prières. Épaulée par un religieux et quelques jeunes laïcs, elle visite tour à tour les paroisses à pied ou en chaise à porteurs, s’épuisant parfois à parcourir des kilomètres… Car il faut alors pallier au manque de confessions et à l’absence de messes en catéchisant à tour de bras !

Et quelle ne fut pas la surprise des missionnaires lors de leur retour en 1886 ! Ceux-ci n’en croient pas leurs yeux : la communauté de fidèles ne s’est pas seulement maintenue, elle s’est accrue. Dans les huit années qui suivent le retour des prêtres, le nombre de baptisés dans le pays est multiplié par deux ! Cette énergie consacrée à maintenir cette communauté à flots lui vaudront d’être qualifiée de « vraie missionnaire » et de « colonne » pour le peuple malgache par saint Jean Paul II. Un comble pour cette convertie elle-même éduquée par des missionnaires…

Première béatifiée de son pays, Victoire Rasoamanarivo ne risque pas d’être oubliée de sitôt. Avec ce voyage du pape François sur ses terres, son nom risque fort de résonner au-delà de la communauté catholique malgache, comme une preuve vivante que les laïcs peuvent transformer l’Église.




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