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Il ne savait pas que c’était impossible, alors il l’a fait

formules mathématiques sur un tableau

© ChristianChan - shutterstock

Pierre d’Elbée - publié le 09/01/21

À l’impossible, nul n’est tenu. Certes, mais n’est-ce pas dans l’ignorance de la difficulté de leur tâche que certains inventeurs sont parvenus à renverser des montagnes ?

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L’histoire commence mal. Nous sommes en 1939, à l’Université Berkeley en Californie. George arrive vingt minutes en retard à son cours de statistiques. Son professeur, Jerzy Neyman, a déjà écrit deux problèmes sur le tableau et a commencé son exposé. Penaud, le retardataire prend place dans l’amphithéâtre aussi discrètement que possible, recopie les exercices sur son cahier et écoute attentivement la suite du cours. De retour chez lui, il s’attaque aux exercices qu’il trouve « un peu plus difficiles que d’habitude ». Plusieurs jours après, le doctorant remet enfin sa copie à son professeur en s’excusant pour son retard. Jerzy Neyman les range dans sa sacoche sans y prêter attention. Puis aucune nouvelle. George attend les résultats de son travail avec une certaine inquiétude. 

Six semaines plus tard, il reçoit la visite de son professeur tout excité : les « exercices » dont il a trouvé la solution sont en réalité deux problèmes de statistiques célèbres et non encore résolus. Arrivé en retard, George n’avait pas compris que si Jerzy Neyman les avait écrits sur le tableau en tout début de cours, c’était pour les présenter aux étudiants comme des défis. Or les solutions trouvées par George en si peu de temps sont si élégantes, que son professeur a obtenu la publication de l’une d’elles dans une revue mathématique prestigieuse.

Si j’avais su que les problèmes n’étaient pas des devoirs, mais deux célèbres problèmes non résolus en statistique, je n’aurais probablement pas pensé positivement.

Le plus remarquable dans cette histoire est cet aveu de George Dantzig, des années plus tard, alors qu’il est devenu un mathématicien reconnu : « Si j’avais su que les problèmes n’étaient pas des devoirs, mais deux célèbres problèmes non résolus en statistique, je n’aurais probablement pas pensé positivement, je me serais découragé et je ne les aurais jamais résolus. »Une façon de mieux comprendre à la célèbre phrase de Mark Twain : « Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait. » Cette histoire interroge sur l’origine de certaines réussites. Le processus qui a permis à George de résoudre ses problèmes est-il tout à fait particulier ou comporte-t-il une portée plus universelle ? Est-ce une anecdote amusante ou un exemple à suivre ? Il est clair que George Dantzig était déjà un étudiant exceptionnel. Mais il parait utile de revenir sur l’une des conditions qui lui ont permis ce résultat étonnant.

Les plus grands entrepreneurs ne connaissent heureusement pas les difficultés qu’ils devront traverser avant d’arriver au but.

Tout part d’un malentendu, d’une erreur d’interprétation. En quoi est-il à l’origine d’un supplément d’intelligence ? George n’a aucun préjugé sur la difficulté des exercices. Son regard est neuf et « positif » comme il le dit lui-même. Premier paradoxe qui nous instruit sur la part d’ignorance à l’origine de nos exploits : les plus grands entrepreneurs ne connaissent heureusement pas les difficultés qu’ils devront traverser avant d’arriver au but. L’ignorance ne porte pas sur la compétence mais sur l’enjeu : pour travailler sereinement et efficacement, George avait besoin de ce malentendu.

Janvier 2021. Et si devant cette nouvelle année, nous étions comme George devant un exercice « un peu plus difficile que d’habitude » ? Les plus réalistes voient bien que les conséquences socio-économiques de la pandémie nous dépassent largement. Reste à imiter l’attitude positive de George pour faire aboutir le meilleur, avec liberté et sans préjugés, sans craindre que ce soit impossible, mais avec la conviction intime que la victoire est à portée de main.


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Tags:
CovidEspéranceliberté
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