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Chrysanthe et Darie, martyrs de la fidélité à leurs morts

CHRYSANTHE ET DARIE

Domaine public

Anne Bernet - publié le 25/10/21

Victimes d’une mort atroce pour s’être recueilli sur la tombe de leurs défunts, ce fut le sort des époux Chrysanthe et Darie, fêtés par l’Église le 25 octobre. L’historienne Anne Bernet raconte que ce fut aussi le sort des chrétiens qui voudront à leur tour honorer leur mémoire.

Le 25 octobre, l’Église célèbre les saints Crépin et Crépinien, évangélisateurs de Soissons, patrons des cordonniers et de toutes les professions liées à la chaussure, martyrs glorieux que Shakespeare évoque dans sa tragédie Henry V, car c’est en leur fête que ce roi emporta sur les troupes françaises la sanglante et terrible bataille d’Azincourt, en 1415. C’est aussi la fête de deux autres martyrs, romains, ceux-là, moins connus, Chrysanthe et Darie.
Nous sommes à l’automne 256. Depuis la mort de Dèce, six ans plus tôt, qui a mis fin à la persécution involontairement déclenchée par cet empereur, persécution qui, au demeurant, a fait beaucoup plus d’apostats que de témoins, raison pour laquelle l’infortuné souverain sera honni, les chrétiens sont laissés à peu près tranquilles. Si ici ou là à travers l’empire, l’on en massacre quelques-uns, ce n’est pas le fait d’une volonté politique mais de mouvements d’humeur populaires. Cette tranquillité ne va pas durer…

La faute aux chrétiens

Depuis plusieurs générations déjà, on a pris l’habitude, dès que quelque chose va mal, d’en accuser les fidèles du Christ : il fait trop chaud et les moissons grillent ? « Aux lions les chrétiens ! » Il pleut et le blé pourrit sur pied ? « Aux lions les chrétiens ! » L’armée essuie des défaites aux frontières ? « Aux lions les chrétiens ! » Les Barbares sont entrés dans l’empire ? « Aux lions les chrétiens ! » Une pandémie fait des ravages ? « Aux lions les chrétiens ! » La terre tremble ? « Aux lions les chrétiens ! » Tout est toujours leur faute ; c’est tellement plus pratique ainsi…

Dans ces cimetières reposent nombre de martyrs, connus ou anonymes, et, au jour de leur fête, les chrétiens vont prier sur leurs tombes.

En cette année 256, l’empereur, Valérien, ne s’est jamais montré hostile au christianisme ; on murmure même que l’épouse de son fils et héritier serait baptisée. Cependant, comme tout va mal, et que le souverain n’a pas de solution politique permettant de résoudre les graves problèmes qui s’accumulent, l’idée de rendre une fois de plus les chrétiens responsables de tous les maux commence à le travailler. Et puis, selon certaines rumeurs, l’Église serait riche… et Valérien a besoin d’argent, en urgence. Confisquer la fortune, réelle ou supposée, des chrétiens permettrait de payer la solde des légions d’Orient, où la guerre a repris contre la Perse. L’on va donc, une fois de plus, déclencher une persécution. L’idée est dans l’air, tout le monde le sait, et beaucoup s’en réjouissent d’avance, prêts, déjà, à casser du chrétien.

Les cimetières rejetés à la périphérie

Cet automne-là, à la sortie de Rome, via Nova Salaria, des passants repèrent un couple venu se recueillir sur l’une des tombes qui bordent la route ; comme il est interdit, en effet, de souiller le sol réputé sacré de la Ville par les cendres des défunts, l’usage est de rejeter les nécropoles dans la périphérie romaine. Les chrétiens s’y soumettent, comme les autres, et enterrent leurs défunts en banlieue. Profitant d’une législation favorable, ils ont même réussi à créer de véritables cimetières réservés aux fidèles. La police et le voisinage les connaissent, mais n’aiment pas à s’y aventurer car ces sépultures souterraines s’étagent au long d’immenses galeries obscures où il est aisé de se perdre. Dans ces cimetières reposent nombre de martyrs, connus ou anonymes, et, au jour de leur fête, les chrétiens vont prier sur leurs tombes. Et puis, il y a aussi celles, ordinaires, des gens morts dans leur lit, et pour lesquels leurs proches viennent prier.

L’homme et la femme, qui se nomment, lui Chrysanthe, elle Daria, sont-ils venus ad sanctos, près des saints, afin d’honorer les martyrs ? Ou se recueillir sur une tombe familiale ? On ne le saura jamais. Ce qui est sûr, c’est que leur simple présence près du petit cimetière de la Via Nova Salaria met le voisinage en furie : ce sont des chrétiens et, comme les législations des persécutions précédentes n’ont jamais été abolies, tout le monde a le droit de les tuer. On ne va pas se priver, et, tant qu’à faire, l’on va s’amuser.

Enterrés vifs

Arrêtés, frappés, le mari et la femme sont traînés vers un chantier proche du cimetière. Là, il y a un trou, profond, où l’on va les précipiter et, comme ils ne se sont pas tués dans leur chute, on va les enterrer vifs dans cette fosse où ils mourront lentement étouffés. Cet assassinat horrible, en période de paix, ou supposée telle, commotionne la communauté chrétienne de Rome, et l’automne suivant, à la date du martyre, alors même que, cette fois, la persécution bat son plein, des fidèles courageux et des prêtres viennent, malgré le danger, célébrer la messe de bout de l’an sur la tombe des deux époux sur l’emplacement de laquelle l’on a bâti une chapelle funéraire assez grande pour y célébrer les saints mystères.

C’est dans ce sanctuaire que la police va les surprendre, et, la nouvelle législation dispensant de déférer à la justice les chrétiens pris en flagrant délit de célébrer leur culte interdit, les supplicier sans autre forme de procès. Poussés dans la petite chapelle, prêtres et laïcs, hommes, femmes et enfants, y sont emmurés. Ils y mourront tous.

Les corps intacts

Un siècle plus tard, le pape Damase, qui se voue à retrouver les sépultures des martyrs afin de les honorer grandiosement, au terme de recherches longues et compliquées, finira par mettre au jour la tombe de Chrysanthe et Darie et, en perçant le mur, la chapelle adjacente où l’on avait emmuré les fidèles. Dans cette atmosphère privée d’oxygène, les corps sont demeurés intacts et le pape, bouleversé, voit les martyrs prosternés devant l’autel où le prêtre tient encore le ciboire. La scène est si belle que Damase ne veut pas faire relever les dépouilles ; ces victimes anonymes resteront dans la chapelle devenue leur tombeau, au pied du pain eucharistique, dans l’adoration où la mort les a surpris. Un fenestron sera ouvert afin de permettre aux pèlerins de les vénérer.

Au IXe siècle, parce que les invasions seront passées par là et que les Romains auront déserté la catacombe de Chrysanthe et Darie, le pape Étienne VI procédera à la translation des reliques. Les martyrs de la Via Nova Salaria reposent aujourd’hui les uns à Saint-Jean de Latran, dans la cathédrale de Rome, les autres à Saint-Philippe et Saint-Jacques.

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