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Que dire à une personne qui rumine son malheur ?

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Jean-Michel Castaing - publié le 24/11/21

Face au mal-être de leurs contemporains, les chrétiens possèdent, avec leur foi en l’amour que Dieu porte à chacun, une parole de vie qui peut reconstruire les existences les plus abîmées.

Au fur et à mesure que l’on devient le confident des autres, soit qu’ils nous fassent confiance, soit que nous sollicitions indirectement leur épanchement, nous nous apercevons que beaucoup de personnes s’enferment dans leur malheur et semblent incapables d’en sortir. Elles ressassent leur mal-être, convaincues de l’impossibilité de trouver une porte de sortie. À première vue, on pourrait penser que c’est par complaisance pour leur malheur qu’elles déroulent invariablement le récit des événements négatifs de leur vie. 

Mais ce constat est faux. La personne qui s’enferme dans ses échecs, et plus encore dans la réitération de ses récits, ne le fait pas par masochisme ou goût suspect pour l’échec. En réalité, elle a tellement intériorisé le malheur et l’incapacité d’en sortir que l’éventualité de trouver une échappatoire ne lui vient plus à l’esprit. Avec le temps, elle s’est résignée. Et si, malgré tout, elle continue à ressasser son malheur, c’est parce que celui-ci plombe à tel point son existence qu’il lui devient impossible de ne pas parler de ce qui constitue l’étoffe de son parcours existentiel.

Cependant, de son côté, le chrétien qui reçoit de telles confidences est en mesure, sans être un psychologue agréé, de porter une parole de vie. Premièrement, il doit se garder de minimiser le témoignage d’autrui. « Ce n’est pas grave ! » : voilà une parole qu’il est recommandé de ne jamais prononcer. C’est le b.a.-ba de la psychologie. Si notre interlocuteur nous donne sa confiance en se livrant à nous, c’est la moindre des choses que de prendre au sérieux son mal-être et de donner créance à ce qu’il en dit, sans chercher à minorer ses déclarations !

Le christianisme est une école d’énergie.

Le second point sur lequel le chrétien pris à témoin est appelé à mettre l’accent, c’est la volonté de rupture avec la situation qui génère tant de mal. Car souvent, son interlocuteur vit dans une telle mésestime de soi qu’il n’ose plus rien tenter pour s’extraire du bourbier dans lequel il est englué. Il a essuyé tant d’échecs qu’il ne fait plus confiance ni aux autres ni à lui-même. Pire : il pressent qu’en tentant une nouvelle « sortie », l’échec tant redouté risque d’aggraver encore son cas. C’est la raison pour laquelle il finit par se résigner, par ne plus bouger et par continuer à mariner dans son mal-être. Par exemple, combien de personnes sont restées très longtemps sans oser engager aucune relation amoureuse à cause d’un échec, d’une trahison qui les a laissées groggys. 

Devant un tel refus de risquer une « sortie », le témoin du Christ et de la Résurrection est là pour encourager et stimuler. Le christianisme est une école d’énergie. S’il n’est pas toujours loisible au chrétien de témoigner de la force qui le dope dans l’effort (cette force qui lui vient de Dieu et qui est Dieu Lui-même), en revanche il lui appartient toujours de convaincre que la persévérance finit par payer et que la pire des solutions, face à une situation négative, consiste à baisser les bras. Le chrétien est bien placé pour en parler et sa sincérité plaidera en faveur de la véracité de son propos, même s’il ne peut pas toujours avouer le ressort qui a relancé sa vie — qui est le Christ. Ne sous-estimons pas, dans ces occasions, la force du témoignage implicite qui émane de notre parcours de vie.

Un trésor à la disposition de chacun

Il existe enfin un troisième point auquel il faut être attentif lorsque nous recevons de telles confidences, tout en restant assez discret sur ce sujet et en se gardant de toute question intrusive. Souvent, la personne qui reste enfermée dans son malheur est quelqu’un qui a été sevré de paroles d’amour. Or, celui à qui personne ne dit « Je t’aime » finit par se persuader qu’il n’est pas aimable et que là réside l’explication de ses échecs. C’est à ce niveau que le chrétien, délicatement et par voie détournée dans certains cas, doit persuader son confident que tout le monde est éligible à être aimé et qu’il n’y a pas de fatalité à ce niveau non plus. Car la clé du bonheur, de l’audace et de la réussite, réside dans l’amour, dans celui que l’on donne comme dans celui que l’on reçoit. Le chrétien sait cela d’expérience. À lui d’en témoigner aux personnes qui ne voient pas d’issue à leur tunnel d’amertume, d’échecs ou de ressentiment. 

Avec leur conviction que Dieu aime tous les hommes indistinctement, sans considération de talents, de qualités réelles ou supposées, les chrétiens possèdent le plus formidable trésor de l’humanité — un trésor qui est mis à la disposition de chacun et qui, s’il était universellement reconnu, viderait d’un seul coup tous les cabinets de psy du monde !

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