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Chili : la présidentielle va-t-elle clore le cycle de violence ?

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Anadolu Agency via AFP

Jean-Baptiste Noé - publié le 02/12/21

Historien et géopoliticien, Jean-Baptiste Noé décrypte tous les jeudis les grands événements de l’actualité internationale. Son regard se porte cette semaine sur le Chili, éprouvé par des violences sociales de grande ampleur depuis deux ans. Après un référendum sur le changement de constitution, l’élection présidentielle, dont le premier tour a été remporté par José Antonio Kast le 21 novembre, va-t-elle clore la violence sociale ?

Avec une participation équivalente aux autres élections présidentielles, le premier tour de 2021, le 21 novembre dernier, a réservé de nombreuses surprises. Les deux partis chiliens qui se partageaient la vie politique depuis la fin du régime du général Pinochet n’ont pu se qualifier pour le second tour de la présidentielle. C’est une surprise et un tournant dans l’histoire politique chilienne qui démontrent une hostilité à l’égard de ceux qui ont dirigé le pays depuis les années quatre-vingt. Les deux candidats arrivés en tête sont loin d’être des inconnus. 

Un catholique d’origine allemande

José Antonio Kast est le fils d’un Allemand arrivé au Chili en 1961. Ayant 21 ans en 1945, celui-ci a été engagé dans la Wehrmacht, comme tous les Allemands de sa génération, sans que cela ne manifeste quelque accointance avec le régime nazi. Les Kast se sont fortement impliqués dans la vie politique de leur nouveau pays. Un de ses frères a été ministre et directeur de la Banque centrale sous le régime de Pinochet. Un de ses neveux a été ministre de l’actuel président, Sebastian Piniera. Lui-même a été député dès 2002 et s’est présenté à l’élection présidentielle de 2017, où il a récolté 8% des voix. Ce n’est donc pas un novice en politique et s’il n’est pas issu du parti de la droite classique, il connaît parfaitement le fonctionnement des institutions chiliennes.

Kast reprend la politique de la droite chilienne mise en place dans les années quatre-vingt : libertés économiques et entrepreneuriales, ordre intérieur, contrôle des frontières, notamment avec la Bolivie, défense de la famille et de l’ordre social. Ancien étudiant de l’université pontificale catholique du Chili et père de neuf enfants, ce catholique fidèle souhaite maintenir le développement social et économique du Chili. 

Deux choix de société

Tout autre est son concurrent Gabriel Boric, arrivé en deuxième position. Âgé de 35 ans, Boric s’est fait connaître comme fer de lance des contestations sociales de 2019. Allié au Parti communiste, partisan des nationalisations et d’un contrôle de la société par l’État, Boric renoue avec le rêve de gauche porté par une partie de la population chilienne. Lors du second tour qui se tient le 19 décembre, les Chiliens auront donc le choix entre deux candidats au profil très différent et à deux choix de société très marqué. Compte tenu de ses réserves de voix, Kast part favori, d’autant que jusqu’à présent le candidat arrivé en tête au premier tour a toujours gagné la présidentielle. Mais son élection, si elle devait se confirmer, ne résoudrait pas les fractures profondes qui divisent la société chilienne. 

C’est la question de l’identité du Chili qui est posée ; question à laquelle les deux candidats apportent des réponses différentes.

Les contestations de 2019-2020 ont largement dépassé le cadre initial de l’augmentation du prix du ticket de métro à Santiago. Des églises ont été incendiées, des statues des conquistadores espagnols ont été déboulonnées, les populations indigènes du sud du pays, les Mapuches, se sont révoltées contre l’État central. Ce n’est donc pas une simple élection d’alternance politique, mais une question fondamentale posée aux Chiliens quant à la nature même de leur modèle de société et au futur de leur pays. C’est la question de l’identité du Chili qui est posée ; question à laquelle les deux candidats apportent des réponses différentes. Si Kast venait à l’emporter, il est peu certain que les contestations sociales ne s’apaisent, les opposants essayant probablement de regagner dans la rue le pouvoir perdu dans les urnes. Le pays a tenu en 2019-2020, en dépit de l’extrême violence de la contestation, mais a-t-il les moyens de supporter une contestation aussi violente sur le long terme ? 

La stabilité ou la révolution ? 

Le Chili est le seul pays d’Amérique latine qui a réussi. Pays pauvre durant les années 1970, son PIB par habitant a aujourd’hui dépassé celui de ses voisins sud-américains, il est vrai aidé par l’effondrement du Venezuela et de l’Argentine. Les solutions bolivariennes et populistes portées par Boric, et mises en place ailleurs, ne font guère rêver les partisans de Kast. Mais l’élection de ce dernier n’étanchera pas la soif de révolution présente chez une partie non négligeable de la population chilienne. Il n’est donc pas certain que le cycle de la violence puisse se refermer.

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