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« J’ai perdu Jeanne et la foi dans la même journée », le témoignage poignant d’une mère endeuillée

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Hélène Machelon

Mathilde de Robien - publié le 10/12/21

Pourquoi le miracle tant attendu n’est-il pas venu ? Hélène Machelon, mariée et mère de famille, livre un témoignage aussi sincère que bouleversant sur la perte de sa fille, Jeanne, atteinte d’une déficience immunitaire.

Jeune quadra avenante et dynamique, Hélène Machelon, décoratrice dans l’évènementiel de formation, a vécu aux quatre coins du monde au gré des déplacements professionnels de son mari Gilles, avant de poser ses valises en France. Algérie, Mexique, Vietnam… Un tour du monde au cours duquel ils ont eu la joie d’adopter trois enfants : Paul, 17 ans, Capucine, 13 ans et Olivia, 6 ans. Mais la famille n’est au complet que si l’on évoque aussi Jeanne, leur petite fille décédée il y a 18 ans alors qu’elle n’avait pas même un an. Hélène raconte, sous la forme d’un roman choral touchant de sincérité, Envolée (Mame), la courte mais belle vie de Jeanne, un « bébé-bulle », atteinte d’un syndrome d’immunodéficience sévère. Aleteia a rencontré Hélène, qui confie sans fard la révolte et la douleur liées à la perte d’un enfant, ainsi que son retour progressif à la vie et à la foi.

Tous deux porteurs d’une anomalie génétique, Hélène et Gilles ont un risque sur quatre d’avoir un enfant dont les défenses immunitaires sont quasi inexistantes. Leur premier enfant, Jeanne, née neuf mois après leur mariage, s’est battue pendant près d’un an contre cette maladie. Chimiothérapie, greffe de moelle osseuse, chambre stérile… Les traitements ne sont pas parvenus à la sauver. Les prières non plus. Un constat particulièrement révoltant à l’époque pour Hélène.

Croyante, pratiquante, elle se rappelle leurs nombreuses prières adressées à Dieu pour sauver leur fille, jusqu’à « s’allonger à même le sol des chapelles » pour implorer la miséricorde du Seigneur. Des chaînes de prières s’organisaient à travers le monde entier. Elle était sûre et certaine du miracle. Elle l’attendait, ils le méritaient, se disait-elle alors. Il serait la récompense de leur foi et de leur espérance sans faille. « A coups de chapelets égrenés, de litanies de saints et d’adorations ardentes, nous étions les premiers en lice à mériter la guérison », écrit-elle dans son livre.

Hélène a cette impression de l’avoir toujours assise sur son épaule.

Mais le miracle a passé son chemin. « J’ai perdu Jeanne et la foi dans la même journée », confie-t-elle. En plus de la souffrance qui étreint son cœur de mère, elle est envahie par un sentiment de colère inapaisable. « Je me suis donnée beaucoup de mal pour perdre la foi », se souvient-elle. Elle arrête de prier et reste sur le parvis des églises. Au cours d’une longue période de désert, elle rejette la foi, sans parvenir à la perdre pour autant. Si Hélène n’a plus son insouciance, elle se réveille un matin, plus légère. Elle s’autorise de nouveau à rire, à se réjouir des bonnes nouvelles de ses proches. Son entourage peut lui aussi respirer.

L’attente et l’arrivée de leurs enfants adoptés marquent sa réconciliation avec Dieu. « Nous avons eu la chance d’adopter trois enfants. Le miracle était là ! Grâce à cette nouvelle fécondité, nous avons trouvé notre place, notre mission, et nous avons porté l’adoption en étendard ».

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« Faire entrer nos disparus dans nos maisons, c’est un peu comme avoir le ciel dans son salon »

C’est au Mexique qu’Hélène a trouvé un certain apaisement après la disparition de Jeanne. « Les Mexicains ont un rapport à la mort bien différent du nôtre. A la Toussaint par exemple, il y a comme une désacralisation des cimetières. On y fait entrer la couleur, on chante, on danse et on prie jusqu’à l’aube ».

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Jour des morts au Mexique.

Le cimetière. Un endroit où elle se forçait à aller mais où la douleur se faisait trop présente. « A l’instar des Mexicains, nous avons sorti Jeanne du cimetière », explique-t-elle. « Là-bas, les gens dressent des petits autels avec les portraits des disparus dans les maisons. C’est un peu comme avoir le ciel dans son salon ». Un geste consolateur, réparateur. Jeanne demeure présente, au milieu d’eux. Hélène a cette impression de l’avoir toujours assise sur son épaule. Elle lui parle, lui adresse de courtes phrases, des pensées. Leurs enfants sont particulièrement moteurs pour faire une place à Jeanne et veillent à recomposer la famille quand Hélène, par facilité, dit qu’elle n’a que trois enfants. Après la souffrance et la colère vient progressivement l’acceptation : « Elle n’était pas faite pour cette vie », souffle simplement Hélène.

Donnant symboliquement la parole à sa fille dans les dernières lignes de son livre, Hélène illustre magnifiquement comment l’amour ne cesse et ne cessera jamais de se transmettre à travers la communion des saints : « Vous m’avez bercée. Vous m’avez soignée. Vous m’avez rendu la vie belle. Vous m’êtes fidèles. Vous m’aimez d’un amour inconditionnel et éternel. Ne doutez pas, je suis dans chacun de vos pas ».

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Envolée, Hélène Machelon, Mame, octobre 2021, 14,90 euros.

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