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Est-ce à la puissance publique de faire la charité ?

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© Varavin88 - Shutterstock

Xavier Fontanet - publié le 22/12/21

Chaque mardi, l’ancien chef d’entreprise et professeur de stratégie Xavier Fontanet, décrypte les faits économiques et sociaux. Il attire l’attention cette semaine sur les conséquences du contrôle progressif des institutions de santé et de charité par l’État.

Avec tout ce que je paye comme impôts, je considère que c’est à la puissance publique de faire la charité ! Voilà l’expression d’un état d’esprit qui règne en France aujourd’hui et contre lequel il faut lutter. Pour remonter les fils des événements qui ont amené à ce type d’attitude, il faut prendre un peu de perspective et revenir à l’origine historique de ce qu’est aujourd’hui notre sphère sociale. Celle-ci est née des initiatives d’institutions religieuses catholiques et protestantes qui, depuis le Moyen Âge, ont créé des organisations s’occupant de la santé des plus pauvres et des gens délaissés par la société.  

La confiscation de la générosité

Au fil du temps et au début du XXe siècle, notamment en Allemagne, l’idée d’une sphère sociale organisée sous l’impulsion de l’État mais en association avec syndicats et patronat, a commencé à émerger. Les caisses sociales sont nées. Celles-ci étant rarement en équilibre financier, avec le temps, l’État s’est mis à combler les trous. En échange de cette aide financière, celui-ci a pris l’habitude de s’immiscer de plus en plus dans les relations sociales.

Cette extension très régulière de l’État représentait dans les années 1920, 19% du PIB pour atteindre 57% du PIB juste avant la crise Covid, dont 32% pour la seule sphère sociale. Ceci n’est pas sans conséquences : la première c’est que ces coûts entrent dans le prix de revient des entreprises ; toutes les entreprises industrielles qui exportent des produits sont pénalisées par rapport à nos voisins dont les sphères publiques sont moins développées. Le social réduit la compétitivité et freine le développement. S’ajoute un « ras le bol fiscal » et une déresponsabilisation des citoyens. En effet, à ce jeu, l’État confisque les terrains où peut s’exercer la générosité spontanée et provoque des réactions du type de celle décrite au début de cet article. 

Réinstaller l’altruisme

Pour remonter la pente, il serait sage que l’État commence par cesser de combler les trous et laisse aux partenaires sociaux le soin de prendre les décisions qui permettent de revenir à l’équilibre des comptes sociaux ; c’est ce qui est fait dans tout le nord de l’Europe en particulier en Allemagne sous l’ère Schröder. Spontanément, les décisions prises par les partenaires sociaux ont été le recul de l’âge de départ à la retraite, l’arrêt des indemnités chômage pour ceux qui ne cherchent pas activement — le fameux « Il vaut mieux un job pas tout à fait satisfaisant que l’horreur du chômage même bien payé à la maison » — et un forfait social de 25 euros pour les dépenses de santé.

Avec l’hyper-endettement de l’État et la montée des dépenses publiques à un niveau que tout le monde reconnaît comme déraisonnable, l’opportunité est là pour expliquer qu’il faut apprendre à moins dépenser. Encore faudrait-il bannir l’expression « État providence » (un comble pour un État laïque !) qui laisse croire que l’argent tombe du ciel en décrédibilisant tous les appels à la rigueur financière. Le fin du fin serait de profiter de cette période pour faciliter par des incitations fiscales le secteur des fondations, qui pourrait reprendre des activités réalisées par l’État, en lui permettant de se reconcentrer sur les fonctions régaliennes qui sont sa responsabilité première. Cette politique aurait une autre vertu, celle de réinstaller l’altruisme dans notre pays qui en a grand besoin.

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