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Nous autres mortels, devant le « grand remplacement »

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Shutterstock I Julneighbour

Xavier Patier - publié le 07/03/22

Pour l’écrivain Xavier Patier, parler de "grand remplacement", c’est rappeler que nous sommes mortels.

Les campagnes électorales ne nous rendent pas toujours plus intelligents, mais il faut reconnaître qu’elles contribuent à enrichir notre vocabulaire. Ainsi, par exemple, de l’expression « grand remplacement », inusitée il y a encore quelques mois, et qui est devenue la pierre d’achoppement de tous nos débats. Il est devenu impossible de suivre une émission politique à la télévision sans qu’à un certain moment les mots « grand remplacement » soient employés et donnent le signal d’une vive querelle.

Le pouvoir des institutions a régressé ; le pouvoir des mots ne s’est jamais aussi bien porté. L’expression « grand remplacement » née il y a dix ans sous la plume de l’écrivain Renaud Camus et appropriée — ou plutôt expropriée — par un candidat, désigne la montée de la religion et de la culture islamiste en France, montée liée à l’immigration et qui se traduirait par l’éviction de la culture chrétienne. Je ne vais pas m’aventurer sur la question de savoir dans quelle mesure le grand remplacement est une réalité et à quelle vitesse il s’accomplit, et comment il convient d’y répondre. Je préfère m’interroger sur les raisons qui font de la question du « grand remplacement » un slogan aussi passionnel. 

La seule réalité de la mort

La vérité, c’est que le grand remplacement excite les passions parce qu’il nous met en face de la seule réalité que personne ne veut voir, que personne n’accepte, que personne n’ose regarder en face, comme disait La Rochefoucauld, qui est la mort. Le grand remplacement nous parle de la mort des civilisations, ce qui est un peu effrayant, mais il nous parle surtout de notre propre mort, et ça, c’est un sujet terrifiant. Le point commun entre le grand dégagisme de M. Mélenchon et le grand remplacement de M. Zemmour est qu’ils nous rappellent que tous les candidats, comme chacun de nous, seront inévitablement dégagés et remplacés. 

L’Évangile nous invite à faire bon usage de ce qui passe pour nous attacher à ce qui demeure, c’est-à-dire à faire un bon usage de l’inévitable remplacement afin de discerner l’irremplaçable.

Parler de grand remplacement, c’est rappeler que nous sommes mortels. Tous les grands auteurs ont exprimé leur horreur du grand remplacement, de l’Ecclésiaste (« Une génération passe, une génération vient, et la terre subsiste toujours » Qo. I, 4) à Marcel Proust (« Les maisons, les routes, les avenues, sont fugitives, hélas, comme les années ») en passant par Rousseau (« Tout est dans un flux continuel sur la terre »), Napoléon (qui se disait mélancolique à l’idée que « les Francs ont remplacé les Gaulois » après la chute de Rome), Paul Valéry (« Les civilisations sont mortelles »), et surtout Chateaubriand, qui avait vécu en direct le « grand remplacement » de la Révolution et l’inimaginable « changement de vertu » de la France, toujours appelée France et cependant méconnaissable. Mauriac estimait que la France de son enfance était morte, que le jeune homme d’avant-guerre qui portait son nom était mort, remplacé par un académicien. 

Le ciel et la terre passeront

Qu’on ne se méprenne pas : je suis né dans un pays chrétien de langue française et je n’ai aucune envie de finir mes jours dans un pays musulman et anglophone. Je ne suis pas non plus un fataliste. Je crois que la politique peut changer le cours de la vie. Et je ne prends pas plaisir à concevoir ce jour inévitable annoncé par Chateaubriand dans ses Mémoires d’outre-tombe, jour où « dans une église en ruine, le dernier prêtre franco-gaulois célébrera la messe dans une langue que plus personne ne comprendra ». Cela ne fait pas de moi un dangereux extrémiste, seulement un citoyen inquiet. 

Mais je m’interroge : existe-t-il une réponse chrétienne à la loi du grand remplacement ? Je crois que cette réponse existe : l’Évangile la donne, qui nous invite à faire bon usage de ce qui passe pour nous attacher à ce qui demeure, c’est-à-dire à faire un bon usage de l’inévitable remplacement afin de discerner l’irremplaçable. « Le ciel et le terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas » (Mt 24, 35). Le ciel et la terre passeront : on ne saurait être plus clair. Dès lors, nous devons consacrer le temps qui nous reste à nous plonger dans ce qui ne passe pas. Le grand remplacement proposé par saint Paul se résume à ceci : dépouillons le vieil homme pour revêtir l’homme nouveau. Notre cité se trouve dans les cieux : aucun remplacement ne la menace. Tout le reste finira, et donc est déjà fini.

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