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Un journaliste néerlandais résistant, mort à Dachau, bientôt saint 

TITUS BRANDSMA

Regionaal Archief Nijmegen-(CC BY-SA 2.0)

Anna Kurian - publié le 21/03/22

Journaliste, prêtre, carme, philosophe, résistant, déporté et martyre du nazisme, le Néerlandais Titus Brandsma (1881-1942) sera canonisé le 15 mai 2022 avec neuf autres bienheureux. L'Église met ainsi à l'honneur une figure "remarquable" confie son compatriote Hendro Munsterman, journaliste et théologien.

Titus Brandsma, de son nom de naissance Anno Sjoerd, est né aux Pays-Bas le 23 février 1881, dans une famille d’agriculteurs aisés. De santé fragile, il ne peut entrer chez les Franciscains comme il le souhaite mais il fait finalement ses vœux religieux chez les Carmes de Boxmeer, prenant le nom de son père, Titus. Au sein de la congrégation, il est ordonné prêtre le 17 juin 1905 à l’âge de 24 ans. 

Père des écoles de journalisme

Titus est ensuite envoyé à Rome pour des études de philosophie notamment à l’Université pontificale grégorienne. À son retour aux Pays-Bas, il enseigne entre autres à l’Université catholique qui vient d’être fondée à Nimègue et dont il sera un temps le recteur au début des années 1930.

En parallèle, le carme se prend de passion pour le journalisme. Il écrit pour diverses publications et devient en 1935 assistant ecclésiastique de l’association des journalistes catholiques du pays, qui compte une trentaine de médias. 

Titus était « un vrai journaliste, avec un rapport à la réalité et à la communication tout à fait moderne », souligne Hendro Munsterman. Le carme communiquait « pour informer et pour engager ». Il œuvra « en faveur d’un laïcat bien formé », il développa une « déontologie journalistique » et il « lutta pour une convention collective des journalistes », rapporte-t-il. Le futur saint est d’ailleurs, selon le correspondant du quotidien Nederlands Dagblad à Rome, l’un des inspirateurs des écoles de journalisme. « Titus Brandsma a imaginé pour la première fois en 1936 un programme de formation. Après la guerre, ses écrits ont donné lieu à l’ouverture de la première école de journalisme aux Pays-Bas, à Utrecht ».

En résistance ouverte contre le nazisme

Dès 1938, alors que l’ombre d’Hitler plane sur l’Europe, le Père Titus dénonce fortement l’idéologie nazie dans ses cours. Lorsque les Pays-Bas sont envahis en 1940, il s’associe aux évêques néerlandais contre les mesures du régime nazi. 

Début janvier 1942, Titus Brandsma sillonne tout le pays lors d’un périple en train pour visiter les rédactions des journaux catholiques, les encourageant à résister aux pressions de l’occupant allemand. Hendro Munsterman voit dans son exemple « quelque chose de fort pour aujourd’hui ». Lui aussi en effet a été confronté aux « fake news et aux populismes ».

Mais son engagement lui coûte son arrestation. Il donne sa dernière leçon à l’Université de Nimègue le 19 janvier. À son retour au couvent, il est interpelé et emmené à la prison de Scheveningen.

L’infirmière de Dachau

Détenu, le Père Titus Brandsma se consacre à une biographie de sainte Thérèse d’Avila en utilisant les moyens du bord : il faufile son crayon dans les interlignes des deux seuls livres qu’on lui a permis de garder avec lui. Il tient aussi un Journal intitulé « Ma cellule » et il rédige une prière dans laquelle il exprime sa désolation et la consolation divine. 

Le 12 mai, il est transféré au camp de concentration d’Amersfoort pour du travail forcé. Un mois plus tard, il est conduit à Clèves, en Allemagne, et de là à Dachau où il arrive le 19 juin 1942 en wagon à bestiaux. En raison de sa santé très éprouvée, le franciscain est rapidement interné à l’hôpital du camp, où son sort est décidé : il est assassiné le 26 juillet à 14h par une injection de phénol.

En revanche, la vie de l’infirmière qui l’euthanasie bascula. Car au moment de mourir, le carme lui offrit le chapelet qu’un autre déporté lui avait confectionné. « Il suffit de dire Ave Maria », expliqua alors le prêtre à l’infirmière qui se défendait de savoir prier. L’invitation mena à la conversion de celle-ci qui raconta en personne les dernières heures de la vie de Titus Brandsma à son procès en béatification.

Un saint pour un pays sécularisé

Le procès du premier martyr du national-socialisme est ouvert en 1952. Jean Paul II le proclame bienheureux le 3 novembre 1985. Puis en novembre 2021, l’Église reconnaît un second miracle qui ouvre la voie à sa canonisation. En 2004 en effet, à Palm Beach, aux États-Unis, un prêtre carme fut miraculeusement guéri après avoir invoqué le bienheureux et placé une relique de celui-ci sur les parties de son corps atteintes par une grave inflammation. 

Cette canonisation est « une grande joie pour les Pays-Bas », confie Hendro Munsterman. Un tel événement n’arrive pas tous les jours dans ce pays très sécularisé, où catholiques et protestants sont minoritaires et où l’on n’a guère recours au culte des saints. 

Titus Brandsma est « le premier journaliste canonisé », souligne encore le théologien. Et d’expliquer : « Il a été arrêté pour son journalisme, pour le fait qu’il combattait l’idéologie nazie dans ses publications. Il a quelque chose à dire sur la recherche de la vérité, sur la façon de s’engager dans la communication sans avoir peur. Il y a une authenticité dans cet homme qui nous parle aujourd’hui. »

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Béatification et canonisationjournalistepays basSaint
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