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Marie-Elizabeth, une passionnée d’art à la recherche du Paradis perdu

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Marie-Elizabeth van Rijckervorsel

courtesy of Marie-Elizabeth van Rijckervorsel

Marzena Devoud - publié le 25/04/22

Marie Elizabeth van Rijckevorsel est une guide des musées étonnante. Regarder une œuvre d'art avec cette Bruxelloise enthousiaste, c'est vivre une véritable transformation intérieure. Rencontre.

« Vous me demandez de décrire Marie-Elizabeth en quelques phrases ? Mais c’est tout un univers ! » Le téléphone en main, l’abbé Olivier Bonnewijn s’exclame en riant, tout en marchant sur le chemin de saint Jacques de Compostelle. « Pour montrer une œuvre d’art aux autres, il faut d’abord la voir. La vocation de Marie-Elizabeth est de partager avec les autres ce qu’elle a vu. Regarder un tableau avec elle, c’est se laisser visiter par une œuvre d’art, c’est vivre une transformation intérieure », explique l’abbé Bonnewijn, prêtre et théologien qui est son ami de longue date. 

Marie Elizabeth van Rijckevorsel est une guide conférencière des musées étonnante. D’ailleurs, quand elle entre dans une pièce, elle attire comme un aimant. Son regard pétillant, ses éclats de rire généreux et son enthousiasme contagieux retiennent forcément l’attention de ceux qui croisent son chemin. On se met tout naturellement à l’écouter, avec le sentiment qu’une expérience inattendue commence. Car pour Marie-Elizabeth, l’art est justement une aventure. D’abord, une aventure humaine, avant d’être une aventure esthétique.

Cette Bruxelloise mariée avec Franz, ingénieur, et mère de trois jeunes adultes, a entendu l’appel vers ce nouveau métier pour elle, il y a plus de 20 ans. Étudiante en histoire de l’art à l’université catholique de Louvain à l’époque, elle suit un jour une visite guidée dans une exposition. « J’ai eu le sentiment d’avoir ouvert en moi de vastes espaces intérieurs. J’étais comme advenue un peu plus à moi-même. Il y a eu une évidence : moi aussi je voulais « ouvrir des espaces intérieurs » chez les visiteurs des musées qui me feraient confiance », confie-t-elle à Aleteia. 

J’ai eu le sentiment d’avoir ouvert en moi de vastes espaces intérieurs. La rencontre d’une œuvre d’art peut transformer intérieurement et éclairer des cheminements spirituels. 

Une vocation qui s’enracine bien dans son histoire personnelle. Son père, Pierre de Séjournet, grand connaisseur d’art, avait notamment constitué une collection exceptionnelle de photos, de livres et de catalogues consacrés à la peinture baroque flamande et hollandaise. Quand Marie-Elizabeth est enfant, il l’emmène dans les musées. “Papa m’a appris à regarder les tableaux. Je pense qu’il avait l’intuition que je vibrais de cette même joie que lui, celle de partager aux autres les œuvres d’art”, explique-t-elle. Et c’est en parallèle que sa mère, Elizabeth de Séjournet (présidente de la Fondation Jean Paul II en Belgique), veille à l’éveil de sa foi. À commencer par la prière du soir, récitée quotidiennement. “Papa n’était pas tellement croyant, c’est surtout maman qui emmenait mes sœurs et moi à la messe. J’étais de nature sérieuse. Je suivais le mouvement spontanément, mais sans me l’approprier…  Il en a été ainsi jusqu’aux JMJ de Saint-Jacques-de-Compostelle, en 1989. C’était pour moi une expérience spirituelle inouïe. J’ai compris qu’on n’était pas seuls. »

A la recherche du Paradis perdu

Un jour, ces deux univers se rencontrent, celui de la passion pour l’art et celui du cheminement spirituel. C’est en découvrant une exposition en compagnie de l’abbé Bonnewijn. Une révélation pour la jeune femme : quand on prend le temps de regarder une œuvre d’art sacré, on voit non seulement les codes techniques du tableau comme par exemple les couleurs, mais on voit l’artiste travailler le texte biblique. Finalement, cet artiste devient un théologien, sans en être vraiment conscient. Le prêtre s’en souvient très bien : « Je n’ai pas beaucoup de connaissances techniques par rapport à l’art, mais étant théologien de métier, je peux être tout simplement capturé par un tableau, être complètement dedans. Une œuvre d’art est toujours un don offert par l’artiste. Et quand on la regarde ensemble, on reçoit ce don ensemble. Outre notre amitié, il y a eu ce don de « voir ensemble » une œuvre d’art, de la visiter, ou plutôt d’être visité par elle », précise-t-il. 

« Nous sommes tous à la recherche du Paradis perdu. Quand on est bouleversé par une œuvre, elle nous met en chemin.

Inspirée par cette expérience, Marie-Elizabeth crée avec des amis et des historiens de l’art des « parcours de foi » au sein des Musées Royaux des Beaux-Arts de Bruxelles. Son initiative est accueillie par ces derniers avec beaucoup de bienveillance, se souvient-elle. De nombreuses années de pratique enrichies par quatre années d’étude à l’ISTA Paris (Institut supérieur de théologie des arts, à l’ICP) confirment la jeune femme dans cette intuition que la rencontre d’une œuvre d’art peut transformer intérieurement et éclairer des cheminements spirituels. 

Marie-Elizabeth van Rijckervorsel

Laisser le sens jaillir de l’œuvre

 « Toute forme d’art authentique vient poser des questions essentielles : celle de l’amour, de la mort, du bonheur… L’art est là pour nous transformer », souligne avec enthousiasme Marie-Elizabeth. Pour elle, dès le moment où la question que se pose l’artiste dans son œuvre résonne avec celle du visiteur, une « mise en route s’opère ». Le regard de curiosité au départ devient soudainement un regard qui vient ouvrir quelque chose de nouveau. « Nous sommes tous à la recherche du Paradis perdu. Quand on est bouleversé par une œuvre, elle nous met en chemin », poursuit-elle encore. 

Justement, quel est le tableau qui l’a bouleversée et mise en mouvement ? Marie-Elizabeth répond sans hésitation. Quand elle commence à le décrire, sa voix devient contemplative. Il s’agit de « Lamentation » de Rogier van der Weyden, un peintre appartenant au mouvement des primitifs flamands du XVème siècle :

C’est un petit tableau, très intime, avec juste quatre personnages : la Vierge Marie, le Christ mort, saint Jean et Marie Madeleine. Une œuvre riche pour le naturalisme de ses détails, l’équilibre de ses compositions, l’élégance de ses silhouettes, la richesse de ses coloris. Mais pour Marie-Elizabeth, au-delà de ces dimensions artistiques, ce tableau pousse au paroxysme de l’intensité dramatique de l’instant. Il nous apprend de manière bouleversante « la compassion ajustée » par la force incroyable des gestes des quatre personnages : « Regardez la proximité de Jean, la tendresse du baiser de Marie, son regard plein de douceur, et aussi la distance de Marie-Madeleine… Regardez  le pied de Jean qui pousse le bord du tableau : il est fort parce qu’il a une prise d’appui. Comme nous tous, nous avons besoin d’un appui spirituel dans la vie. Et pourquoi le pot de parfum est mis tellement en évidence ? Parce que si on le soulève, le parfum qui symbolise la Résurrection va se répandre ! Enfin, remarquez le lien entre le corps du Christ mort et le corps de la Vierge Marie : ce lien dévoile la Résurrection, la vie », analyse-t-elle en soulignant qu’ici, c’est exactement l’enjeu d’une œuvre d’art. Son auteur interroge la situation, il interroge les Ecritures et il essaye de répondre aux questions qui surgissent de cette lecture. Il le fait de manière théologienne, souvent sans le savoir : « il y a toujours un moment où l’œuvre échappe à son créateur », constate-elle. Le but est alors de laisser le sens  jaillir de l’œuvre et inspirer celui qui la regarde.

Je ne veux pas évangéliser, je veux être fidèle à ce qui est dans l’art. Comme Bernadette de Lourdes : la Vierge la charge de « dire », non de « faire croire ».

C’est le cas de cette femme qui, à la fin d’une visite, s’est approchée de Marie-Elizabeth pour lui confier qu’avec le veuvage, elle était depuis trois ans profondément révoltée. Mais que les tableaux découverts grâce à elle, l’avaient aidée à « se réconcilier avec le Christ ». Ainsi, elle s’était sentie « rejointe par ces œuvres d’art ». Ou cette autre femme inspirée par l’exposition de Chagall. À une amie qui souhaitait s’euthanasier, elle a décidé d’en apporter l’album avec tous ses tableaux « qui donnent goût à la vie ».  « Sa confidence m’a beaucoup touchée. Je vois à quel point les gens ont soif de sens », confie-t-elle.

Enfin, sa mère se souvient d’une visite proposée par sa fille à un groupe d’amis : « Nous étions devant le tableau La crucifixion de Rubens. Lors de son exposé, ma fille s’interrompt et dit soudainement : « Et sur cette croix, le Christ est mort, pour toi, et toi, et toi ! » en regardant chacun de notre petit groupe. C’était surprenant sur le moment, mais au fond tellement profond et éclairant à la fois. Marie-Elizabeth, qui vit sa foi de façon très engagée (notamment dans l’organisation du Congrès Mission belge ou en s’occupant des personnes handicapées comme des réfugiés ukrainiens avec l’Ordre de Malte), elle devait nous le dire en voyant ce tableau », confie sa mère, Elizabeth de Séjournet. 

« Il me semble très important de ne pas avoir peur d’être explicite, de dire ce qui est. Mon rôle de guide est d’être le bon pont, le bon canal. Je ne veux pas évangéliser, je veux être fidèle à ce qui est dans l’art. Comme Bernadette de Lourdes : la Vierge la charge de dire, non de faire croire, remarque-t-elle en confiant les paroles de la prière de Patrice de la Tour du Pin qu’elle récite quotidiennement. C’est par ces mots que commencent ses journées et que débutent intérieurement toutes ses visites guidées :

“Pas seulement mes mots, c’est moi que Tu attends,
C’est moi, Ton mot que je Te rende.
Avant de parler, j’étais dite.
Pas seulement ma voix à l’estuaire
Mais ma gorge et mon cœur derrière,
Pas seulement… Toute ma vie !”

( Les Poèmes de la mer Rouge, Somme de Poésie, 1946, strophe 63)

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