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Où sont les vrais défis ?

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Benoist de Sinety - publié le 01/05/22

Maintenant que nous sortons d’une première série d’élections, alors que notre vie politique ne bruisse que de petites alliances, le père Benoist de Sinety, curé de la paroisse Saint-Eubert de Lille, se demande : "Et si nous regardions enfin là où sont les vrais défis ?"

À l’heure où les militants écologistes réussissent à fermer les parcs d’attractions où se produisent des mammifères marins, voici que l’on découvre dans le port de Sébastopol, sur les bords de la mer Noire, des enclos dans lesquels sont retenus quelques dauphins dressés pour la guerre. Oui vous avez bien lu : dressés pour la guerre. C’est que depuis les années soixante, les États-Unis d’abord, puis un certain nombre de pays dont la Russie, Israël ou la Corée du Nord, se sont aperçus de l’intérêt stratégique de ses plongeurs en eaux profondes, doté d’un sonar à nul autre pareil. À quoi peuvent donc servir ces recrues étonnantes ? Sans doute à protéger l’accès stratégique aux navires de guerre russes stationnés dans le port, en repérant les plongeurs ennemis. Mais ils peuvent aussi, dotés de ceintures explosives, approcher et détruire des objectifs sans être repérés. On connaissait, pendant la Première Guerre mondiale, ces chiens que l’on équipait d’explosifs et que l’on envoyait se faire sauter dans les tranchées ennemies. Voici maintenant le tour des dauphins. Ces animaux, pas plus que les toutous de 1914, ne se portent volontaires pour prendre part au combat… Où l’on remarque, devant de tels exemples, cette étrange propension des êtres humains lorsqu’ils se battent entre eux à ne plus considérer autour d’eux ni la nature ni aucune de ses créatures. Ne compte que le combat, la guerre, et encore la guerre. 

Ce fantasme d’une vie protégée

Maintenant que nous sortons d’une première série d’élections, alors que notre vie politique ne bruisse que de petites alliances et de coalitions d’occasions, et si nous regardions enfin là où sont les vrais défis ? Et d’abord sur notre devenir en tant que créature, au sein de la création ?

Nous pouvons, à tort, penser nous en tirer en nous fiant simplement à nos richesses et notre ruse. Mais ce fantasme d’une vie protégée fera vite long feu devant la réalité mondiale.

La crise du blé ukrainien, la diminution des engrais disponibles du fait de la fermeture du marché russe, l’explosion du coût de l’énergie, tout cela représente autant de défis qui sont des défis moraux avant d’être économiques. Nous pouvons, à tort, penser nous en tirer en nous fiant simplement à nos richesses et notre ruse. En cherchant, par exemple, d’autres moyens de nous approvisionner en gaz, quitte à accepter qu’il nous parvienne par des modes d’extraction auxquels nous nous étions jusqu’alors toujours refusés.

Nous pouvons faire semblant de considérer que l’augmentation du kilo de spaghetti ou du litre d’huile de tournesol ne constitue pas un si grand défi dans un pays comme le nôtre ou l’aide de l’État abonde et où le niveau de richesse est infiniment supérieur à ceux de bien des pays dans le monde. Mais ce fantasme d’une vie protégée fera vite long feu devant la réalité mondiale. Que se passera-t-il en Égypte et dans les pays du Moyen-Orient si le blé vient à manquer ? Que se passe-t-il déjà en Espagne ou l’électricité a augmenté de 150 % et où déjà le métro madrilène est contraint de réduire sa fréquence par souci d’économie ?

Si loin de nos cœurs

En me rendant il y a deux jours près de Grande-Synthe, au bord de la mer du Nord, tout en discutant avec des volontaires qui cherchent à porter secours aux migrants, je me demandais ce qui se passera lorsque, les crises aidant, leur présence s’accroîtra. Ils me disent, ces volontaires, qu’ils ne peuvent que distribuer à ceux qui s’apprêtent à embarquer sur les rafiots de fortune, un numéro de téléphone à utiliser en urgence. Et que le téléphone sonne souvent, nuit et jour, pour dire qu’un bateau est en train de couler et que les hommes, les femmes, les enfants, à bord, se noient. Il faut dire que le « pilote » pour se guider n’a comme repère que le GPS de son téléphone, et que la mer est grosse, et le trafic intense. La décision britannique d’expulser tous les illégaux vers le Rwanda où ils seront « traités » sur place à l’abri des caméras occidentales et des opinions publiques, en échange de plus de 150 millions de livres sterling versés au gouvernement de Kigali, en dit long sur le réalisme avec lequel nos gouvernants appréhendent tout cela.
Une fois encore, ce n’est pas en allongeant des billets de banque que l’on trouvera des solutions dignes et morales. La perspective de cette loi provoque d’ailleurs sur nos côtes un désir pressant pour tous ceux qui y campent de traverser au plus vite afin de fouler le sol anglais au plus tôt. Mr Boris Johnson a beau dire que son projet, une fois promulgué, sera rétroactif, cela ne freine rien. Comme quoi il ne sert à rien de jouer avec la légalité lorsque l’on prétend gouverner les peuples : on ne fait qu’ajouter de la confusion à l’immoralité. En regardant les rivages de la mer du Nord, je me demandais pourquoi on préfère dresser aujourd’hui des dauphins à transporter des charges explosives, plutôt que de compter sur eux pour nous aider à sauver les vies de ceux qui sombrent sous nos yeux et apparemment si loin de nos cœurs. 

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