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Mgr Sontag, la fécondité d’un martyr en Perse

JACQUES EMILE SONTAG

Domaine Public

Père Jacques-Emile Sontag, premier archevêque latin d'Ispahan et Délégué apostolique en Perse (1869 - 1918).

Sylvain Dorient - publié le 08/06/22

À vue humaine, l’aventure de Mgr Jacques-Émile Sontag et de ses trois confrères lazaristes (Nathanaël Dinkha, Mathurin L’Hotellier et François Miraziz) s’est achevée dans un bain de sang, en juin - juillet 1918 à Ourmia et Khosrava (Perse). Pourtant, en 2022, alors que sa cause en béatification est ouverte, son sacerdoce continue à porter des fruits, assurent Joseph et Claire Yacoub, qui viennent de lui consacrer un livre, "Martyrs par amour en Perse".

Au bord du lac d’Ourmia, aux confins de l’actuelle Iran, de petites communautés chrétiennes perpétuaient leurs foi et leurs rites presque deux fois millénaires quand les Lazaristes les ont approchés pour la première fois, au début du XIXe siècle. Ils venaient avec la conviction d’arriver dans une terre désolée excessivement pauvre, peuplée de musulmans hostiles et de chrétiens schismatiques, hérétiques, qu’il fallait remettre dans le giron de Rome. Ils avaient largement raison, sauf sur le dernier point. 

En effet, l’administration de l’Empire perse en déliquescence n’accordaient aucune attention à ces régions lointaines qui avaient été par le passé dévastées par les invasions mongoles et arabes. En revanche, les chrétiens locaux que l’on soupçonnait de nestorianisme ne considéraient pas avoir rompu avec Rome. Et les missionnaires qui débarquaient dans cet Orient lointain devinrent les premiers défenseurs de leur culture et de leurs rites. Mgr Jacques-Émile Sontag, en particulier, fut manifestement fasciné par le monde qu’il aborda en 1895. La communauté chaldéenne qu’il découvrait était excessivement pauvre, il fallait bâtir des dispensaires, des hôpitaux et des écoles. Mais elle conservait un christianisme remontant à l’antiquité, vouant en particulier un culte au disciple Thomas, qui est considéré comme l’évangélisateur de l’Orient, et qui était alors pratiquement inconnu en Occident. Elle parlait aussi une variante de l’Araméen, ce langage considéré comme celui que le Christ parlait lui-même de son vivant, et Mgr Sontag l’apprit, en même temps que ses paroissiens apprenaient le Français. 

À partir du déclenchement de la guerre en 1914, les sujets d’inquiétudes s’accumulent pour la communauté chrétienne et ses missionnaires.

À partir du déclenchement de la guerre en 1914, les sujets d’inquiétudes s’accumulent pour la communauté chrétienne et ses missionnaires. La majorité des voisins des chrétiens chaldéens sont des Azéris, turcophones et pro-turcs, qui sont perméables à la propagande islamique et panturque de l’Empire Ottoman. Plusieurs massacres ont lieu, plus de 10.000 personnes sont massacrées et mortes de misère, tandis que les trois quarts des villages furent vidés, détruits et pillés. Mgr Sontag et ses confrères ont refusé de fuir Ourmia et Khosrava, et ont pu sauver une partie des chrétiens qui s’étaient réfugié dans sa mission. Enfin, les chaldéens voient leur salut dans l’arrivée des troupes russes le 24 mai 1915. 

Ouverture de la cause en canonisation en janvier 2021

Lorsque, suite à la révolution russe, les troupes du tsar évacuent le 24 décembre 1917, un vent de panique souffle sur Ourmia et Khosrava.Beaucoup fuient. Six cents, essentiellement des femmes et des enfants trouvent refuge à la mission des lazaristesà Ourmia. Mais cette fois ils sont massacrés en même temps que leurs protecteurs. Comme précédemment, ces derniers étaient demeurés sur place, en connaissant les risques qu’ils prenaient. C’est la raison pour laquelle Mgr Michel Aupetit, alors archevêque de Paris, a publié un édit le 6 janvier 2021 ouvrant la cause de canonisation de Mgr Jacques-Émile Sontag et de ses trois compagnons.

Pourtant, ce massacre n’a pas mis fin à l’action des lazaristes qui sont revenus après-guerre et ont recommencé à administrer leurs établissements, en particulier les écoles. Joseph Yacoub, auteur avec son épouse Claire de Martyrs par amour en Perse (éditions Salvator), témoigne : « Mon père et ma tante ont fait leurs études dans l’une de ces écoles. C’est ainsi qu’ils ont appris le Français et ont gagné une ouverture sur le monde. » Lui-même, auteur et polyglotte se considère comme un héritier de l’œuvre des lazaristes en même temps que de sa culture chaldéenne. À son image, le petit peuple des chrétiens chaldéens, par leur amour de leurs racines et leur attachement à Rome constitue un pont entre l’Orient et l’Occident, ces « deux poumons » célébrés par le pape Jean Paul II. 

Martyrs par amour en Perse, Joseph Yacoub et Claire Weibel Yacoub, Salvator, juin 2022.
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