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L’insoumission ne souffre pas l’imposture

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Emmanuel DUNAND / AFP

Mémorial Yad Vashem, à Jérusalem.

Michel Cool - publié le 16/07/22

L’insoumission authentique n’est pas un jeu de scène. L’été du 80e anniversaire de la rafle du Vel d’Hiv’, le journaliste Michel Cool cite l’exemple de ces insoumis qui sauvèrent leur dignité et celle des persécutés en prenant tous les risques.

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L’insoumission est un mot noble de notre dictionnaire. L’un des plus parlants peut-être de notre langue française. Il évoque notre atavisme national pour l’indiscipline, la rébellion, la fronde… L’insoumission, cette façon de refuser l’autorité de fait, définie par le Petit Larousse, scande notre histoire. Aucun régime politique n’a été épargné par elle. Et elle a inspiré des morceaux d’anthologie à notre littérature, à notre théâtre, à notre cinéma… 

Ils ont risqué leur peau

L’Histoire reconnaît l’authenticité des insoumis à leur capacité à se mettre en jeu pour défendre, jusqu’à désobéir à un ordre établi, ce en quoi ils croient. C’est Jeanne d’Arc qui se condamne en suivant ses voix plutôt que celles de ses juges ; c’est le comte de Mirabeau qui réplique à l’ordre d’évacuation de la salle du Jeu de Paume où siège l’assemblée constituante : « Nous n’en sortirons que par la force des baïonnettes ! » ; ce sont les 128 pêcheurs de l’Île-de-Sein qui refusent l’armistice de 1940 et s’embarquent sur de frêles rafiots pour gagner l’Angleterre et former les prémices de la Résistance française… Les refus de la guerre, de la violence, du racisme, de l’oppression, de l’arbitraire, de l’injustice, de l’abus de pouvoir ont formé un long cortège inachevé d’insoumises et d’insoumis qui, quoiqu’on pense, forcent le respect. Car ce qui donne de la chair et du sens à leur insoumission, c’est qu’ils ont risqué leur peau. Certains l’ont même donnée pour sauver leur dignité et celle des autres. 

L’insoumission ne souffre pas l’imposture quand elle ne sert qu’à des chicanes politicardes ; quand elle se résume à des vociférations et des pantomimes.

Cet été, on commémore le 80e anniversaire de la rafle du Vel’d’hiv. Plus de 13.000 Français juifs, hommes, femmes, enfants, vieillards et malades furent arrêtés et séquestrés par la police de l’État français. Ces martyrs de l’antisémitisme barbare ont été parqués, pire que des bêtes, avant d’être déportés en Allemagne, puis exterminés dans des camps de concentration nazis. Comment peut-on oublier, relativiser, banaliser ce crime de masse perpétré par des Français sur le sol français ? On ne peut pas non plus s’accoutumer à ce scandale, contre lequel peu de voix politiques, intellectuelles et religieuses s’élevèrent alors pour brandir, comme Jeanne, l’étendard de la liberté de conscience, de l’insoumission au déshonneur national !

La route des Justes

Je songe à deux visages admirables qui osèrent briser le silence glaçant de la honte et sauvèrent des vies. Celui de Marie Skobtsov, une immigrée russe venue à Paris pour fuir les délires de la révolution bolchevik. Devenue moniale orthodoxe, elle ouvre sa maison de la rue de Lourmel aux plus démunis. Lors de la rafle du Vel d’Hiv, elle parvient à y entrer et sauve trois enfants en les dissimulant dans des poubelles. Arrêtée en 1943 par la Gestapo, elle est déportée à Ravensbrück où elle meurt gazée en 1945. Le Vendredi saint. L’autre visage est celui de Jules Saliège, archevêque de Toulouse. Les persécutions juives menées par les autorités de Vichy l’amènent à faire lire dans les paroisses de son diocèse un message de protestation : « Il y a une morale humaine qui impose des devoirs et reconnaît des droits… » Il organise l’accueil clandestin d’enfants juifs dans la région toulousaine. En 1944, il échappe de peu à la déportation. Pie XII le fait cardinal en 1946. Charles de Gaulle le reconnaît compagnon de la Libération et dira de lui : « Cet homme était une flamme. » Son nom figure parmi les Justes des Nations au mémorial de la Shoah à Yad Vashem. « La route des justes est comme la lumière de l’aube » (Pr 4, 18). 

Comment être dignes de l’héritage de ces insoumis incontestables ? Cela pourrait commencer par ne pas défigurer leurs mémoires, en se parant d’un mot qui aurait été vidé de sens et privé de chair. L’insoumission ne souffre pas l’imposture quand elle ne sert qu’à des chicanes politicardes ; quand elle se résume à des vociférations et des pantomimes ; quand elle est galvaudée pour semer le boucan et la pagaille. Les insoumis authentiques sont des flammes, pas des feux de paille. 

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deuxième guerre mondialeJusticeresistance
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