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[HOMÉLIE] L’argent qui passe et l’amitié qui ne passe pas

Parábola do administrador desonesto

Marinus van Reymerswaele, Public domain, via Wikimedia Commons

La Parabole de l'intendant injuste, attribué à Marinus van Reymerswaele (vers 1540)

Père Marc Dumoulin - publié le 17/09/22

Curé de la paroisse Notre-Dame de Vincennes, le père Marc Dumoulin commente l’évangile du XXVe dimanche ordinaire (Lc 16, 1-13). Comment se faire, avec l’argent qui passe, des amitiés qui ne passeront pas, puisqu’elles se vivent dans les demeures éternelles ?

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Combien de dettes as-tu à l’égard de mon maître ? (Lc 16, 5) demande le gérant indélicat aux débiteurs de ce dernier. Le premier dit cent ; le gérant lui fait écrire cinquante. Le second dit cent aussi ; le gérant retient quatre-vingts. Interrogeons-nous, rentrons-en nous-mêmes à l’écoute de cette Parole. Comment évaluerions-nous, chacun, chacune, les dettes que nous avons, nous aussi, à l’égard de notre maître, le Seigneur ? Comment rendrais-je au Seigneur tout le bien qu’il m’a fait ? demande le psalmiste (Ps 115, 12). Dans l’oraison dominicale, nous disons : « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés », ce qu’on traduit aussi par : « Remets-nous nos dettes comme nous-mêmes, nous remettons leurs dettes à nos débiteurs » (Mt 6, 12). 

L’Église a le pouvoir de remettre les dettes

Nous le comprenons, dans l’Écriture, les dettes expriment parfois les offenses ou les péchés. Dans la parabole, le gérant malhonnête, investi de la confiance de son maître, dispose du pouvoir de remettre aux débiteurs les dettes qu’ils ont contractées envers lui. Aujourd’hui, quel est-il celui qui dispose d’une telle capacité à remettre les dettes, autrement dit à pardonner les péchés, sinon l’Église, disciples d’hier et d’aujourd’hui ? Le Seigneur dit : « À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus » (Jn 20, 23). De la même façon que le gérant dilapidateur remettait une part des dettes à l’égard de son maître, ainsi l’Église dispose-t-elle, au nom du Seigneur qui l’a établie à cet effet, de la faculté de remettre nos dettes et pardonner les péchés.

L’Église a le pouvoir d’effacer nos dettes.

Beaucoup s’interrogeront : en lisant ainsi la parabole, n’en vient-on pas à comparer l’Église à un gérant dispendieux ? L’histoire des hommes et des femmes qui constituent l’Église ne manque pas de situations où l’exemplarité a fait défaut, comme en atteste une actualité récente. Pourtant, c’est bien à cette Église que le Seigneur a confié le pouvoir de remettre les dettes, façon peut-être de rappeler que l’habileté avec laquelle elle exerce sa mission ne suit pas d’autres buts sinon celui de se faire des amis et des disciples, même quand elle porte en elle des gérants loin d’être irréprochables. Qui de nous ne serait-il pas débiteur, même débiteur insolvable ? Observons encore que le gérant de la parabole supprime seulement une partie de la dette, et que rien n’est dit de l’attitude du maître quant à ce qu’il reste de dettes aux débiteurs. Chacun de nous est débiteur, l’Église a à rendre compte de sa gestion au Seigneur. 

Où va notre sécurité ?

Qu’est-il dit de ce Seigneur et Maître ? Il est d’abord attentif à la bonne gestion des biens confiés à son gérant, de même que le Seigneur nous demande de prendre soin de ce qu’il nous confie : notre prochain, quiconque, notre propre vie, et aussi les biens de la création. De même que le père du fils prodigue ne lui a jamais demandé comment celui-ci avait dilapidé son argent, ainsi le maître semble-t-il aussi ne pas se soucier des dettes de chacun à son égard, à la façon dont le Seigneur efface les péchés de ceux qui se repentent en vérité. Jamais le maître ne parle de dettes. Plus stupéfiant, ce maître fait désormais l’éloge du gérant malhonnête qu’il avait d’abord voulu congédier, reconnaissant et louant maintenant son habileté. Une habileté à se faire, avec l’argent qui passe, des amitiés qui ne passeront pas, car elles se vivent dans les demeures éternelles. 

Qu’en est-il de nous-mêmes ? Si nous plaçons notre sécurité dans l’argent et notre capacité à le thésauriser, alors il sécurisera notre aujourd’hui, mais nous trompera foncièrement un jour ou l’autre, quand, bon gré mal gré, il nous faudra l’abandonner. Avec notre vie mortelle, il filera entre nos doigts. Alors, comme y invite le Seigneur, usons du mauvais argent pour créer des liens fraternels et semer un amour qui ne se démonétise ni ne se dévalue. Il nous ouvrira à la vie éternelle, trésor qui résiste à toute usure. Avec l’Église, veillons à vivre ce partage dès ici-bas, comme une annonce prophétique du Royaume qui vient. Jésus nous y accueillera, Lui l’ami des publicains et des pécheurs. Le père Ceyrac, un jésuite français parti vivre dans un orphelinat en Inde, disait : « Tout ce qui n’est pas donné est perdu. » Puisse le Seigneur nous apprendre à être gérants selon ce principe.

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