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70 ans après sa disparition, Azelot retrouve son inestimable vitrail

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P.Husson

Le "faux" Saint Sébastien, vitrail de Saint-Laurent d'Azelot, en Lorraine.

Bérengère de Portzamparc - publié le 07/10/22

Un petit village de Lorraine, Azelot, a récupéré des mains d’une célèbre galerie londonienne un vitrail du XVe siècle appartenant à son église paroissiale. Et cela, grâce à la vigilance et à l'enquête de fidèles entièrement dévoués au petit sanctuaire.

Que seraient les églises de villages, malheureusement souvent fermées, sans des paroissiens fidèles et discrets qui gardent un œil sur elles ? Comme pour la jolie église Saint Laurent d’Azelot, construite au XIIIe siècle, dans laquelle Philippe Husson et son épouse Evelyne, installés sur place depuis 30 ans, viennent régulièrement passer un coup de balai ou admirer les vitraux du XVe siècle avec leurs amis de passage. Et parmi ces amis, Michel Hérold, aujourd’hui Conservateur général du patrimoine, et grand spécialiste français des vitraux anciens, que Philippe Husson a connu à Nancy, lorsqu’ils étaient tous les deux étudiants en histoire de l’art.

Par son métier et son domaine d’expertise, Michel Hérold suit régulièrement sur internet les ventes de vitraux dans le monde entier, et c’est ainsi qu’en 2014, il tombe sur le site d’une grande galerie d’art londonienne, qui met en vente un vitrail de Saint Sébastien. Celui-ci ressemble comme deux gouttes d’eau à celui qu’il a vu dans l’église Saint Laurent d’Azelot, lorsqu’il était venu rendre visite à son ami Philippe. Ce vitrail lorrain avait attiré son regard, car relativement rare dans une église rurale. Réalisé en 1477, juste avant la Bataille de Nancy, mesurant 54,5 centimètres sur 56 centimètres, il met en scène saint Sébastien, martyr du IIIe siècle, attaché à un arbre et entouré d’archers. Les deux compères décident alors de mener l’enquête, intrigués par ce « double » mis en vente, dont le jaune d’argent, une technique très maitrisée au XVe siècle, semble particulièrement authentique. 

Vivant à Paris, Michel Hérold retourne alors à Azelot chez son ami Philippe, et à l’aide d’une échelle extérieure, ils grimpent pour étudier de plus près le vitrail de saint Sébastien qui est enchâssé dans un quadrilobe au sommet d’une grande baie, située dans la partie gauche du chœur de l’église Saint-Laurent. Le spécialiste des vitraux anciens commence à avoir des doutes, ce vitrail semble bien moderne… Il garde ses réflexions pour lui et se rapproche des archives départementales pour savoir si des travaux ont été réalisés sur ces vitraux ou sur l’église. Il découvre qu’en effet, pendant la Seconde Guerre Mondiale, l’église a été fortement endommagée par les bombardements et que des travaux de restauration, notamment des vitraux, ont eu lieu dans les années 1950… Se pourrait-il alors qu’un maître verrier ait pu remplacer l’original par une copie ? Dans le monde de l’art, les commandes et le marché parallèle ne sont pas qu’une légende… 

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Toujours est-il que, si les deux amis passionnés n’ont plus de doutes, ils gardent cependant leur trouvaille pour eux, ne voyant pas comment faire valoir ces suspicions auprès du maire absorbé par d’autres enjeux, puis auprès d’une galerie anglaise de renom qui risquerait de les éconduire.

Toujours en vente sur le site

Les années passent, nous sommes en avril 2021 quand le maire, voyant l’église ouverte, tombe sur Evelyne Husson qui fait la poussière. Dans une discussion amicale, elle lui confie les doutes de son mari sur l’authenticité du vitrail sous lequel ils causent. Le maire veut en savoir plus et prend contact avec Michel Hérold qui lui adresse alors le résultat de son enquête par écrit. Parallèlement, les deux hommes constatent que le vitrail de Saint Sébastien est toujours en vente sur le site de la galerie. 

Ce bien inaliénable appartient au domaine public, alors, soutenu par la DRAC, le maire entre en contact avec la galerie londonienne qui, très rapidement, par le biais de ses avocats, mais sans aucune contestation, envoie un mail à la mairie annonçant la restitution immédiate du vitrail ! Chose faite en janvier 2022, dans le plus grand des secrets, le vitrail est revenu sur ses terres lorraines à bord d’un camion spécialement affrété pour l’occasion. La commune a fait savoir depuis qu’il a été mis en sécurité dans un coffre-fort en attendant de retrouver sa place originelle, sans doute d’ici à 2023. 

Son classement aux Monuments historiques pourrait intervenir prochainement afin que les services de l’État lui offrent une protection supplémentaire. En attendant, saluons ces paroissiens de l’ombre, toujours fidèles et discrets, qui protègent et entretiennent leurs églises, et gardent un regard émerveillé sur le patrimoine religieux de nos villages.

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Tags:
art sacréFrancevitrail
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