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 La tradition méconnue de la crèche blanche

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LEEMAGE VIA AFP

Andrea Mantegna, Présentation de Jésus au temple.

Jean-François Thomas, sj - publié le 01/02/23

Tradition peu connue, la crèche blanche commémore la Présentation de Jésus au Temple. Dans la joie de l’ultime guérison, après une si longue attente, la vieillesse du monde rencontre la jeunesse du Christ.

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Une belle tradition provençale, parmi beaucoup d’autres, est celle de la « crèche blanche ». Le 2 février, et ceci pour une semaine, changement de décor pour la crèche de Noël que l’on recouvre d’un drap blanc — faute de temps pour la démonter avec tous ses santons. Le décor du temple de Jérusalem est alors dressé avec quelques nouvelles figurines : la Sainte Vierge présentant l’Enfant, saint Joseph et les tourterelles pour le sacrifice, Anne la fidèle contemplative, Siméon l’homme de l’attente, et enfin, le prêtre de l’Ancienne Alliance qui accueille la Nouvelle Alliance. Admirable scène, théophanie discrète, glissement vers la plénitude de la Révélation. Blancheur du drap, mais aussi des colombes, et, plus encore de la Mère Très Sainte cet de son Fils divin.

La fête de la Rencontre

Les chrétiens d’Orient nomment ce jour la fête de la Rencontre. En effet, il s’agit bien de la jonction entre l’Ancien et le Nouveau Testaments, dernière Théophanie qui clôt le cycle inauguré à Noël : aujourd’hui, la Lumière se révèle aux générations anciennes qui l’ont espérée, et elle éclaire les générations futures qui seront sauvées par son éclat. Dieu a choisi le rite mosaïque de la purification de la mère et de la présentation de l’enfant au temple pour déchirer le rideau séparant l’ancien monde du nouveau. Les nombreuses prescriptions légales au sujet du pur et de l’impur seront rendues caduques par l’irruption de cet Enfant dans la Maison de son Père. En les accomplissant, Il les intègre à Lui-même et en délivre l’homme pour lequel elles étaient un joug et une conséquence du châtiment lié à la Chute. Moïse avait reçu l’ordre du Tout Puissant pour fixer toutes ces règles : 

« Parle aux enfants d’Israël et tu leur diras : Si une femme, après avoir conçu, enfante un enfant mâle, elle sera impure pendant sept jours, selon les jours de la séparation menstruelle, et au huitième jour le petit enfant sera circoncis, mais elle demeurera elle-même pendant trente-trois jours dans le sang de sa purification. Elle ne touchera aucune chose sainte, et elle n’entrera pas dans le sanctuaire, jusqu’à ce que soient accomplis les jours de sa purification » (Lv, 12, 2-4). 

La Très Sainte Vierge n’avait pas besoin de ces rites car Elle est sans tache et Elle est la Mère de la Nouvelle Loi, la Mère du Maître de la Loi et toute loi, mais, comme son Fils, Elle s’est inclinée devant ce qui ne la concernait pas mais qui touchait le reste du peuple élu. Il fallait qu’Elle consentît à cet esclavage pour que l’œuvre de libération s’accomplît en totalité. 

La vieillesse du monde et la jeunesse du Christ

Les juifs, dans leur immense majorité, attendaient un libérateur politique et militaire. Ils avaient oublié pour la plupart que le véritable salut est celui qui touche l’âme. Siméon et Anne, ces deux superbes vieillards personnifiant à eux seuls la fidélité à la Loi ancienne, sont les premiers bénéficiaires de la fin de la servitude car ils étaient tous deux tendus vers une libération intérieure et non point extérieure. Saint Augustin livre une approche lumineuse de ce que représente cette vieillesse du monde face à la jeunesse du Christ : « Le vieillard reconnut l’enfant, et en lui il devint enfant. Il reçut un âge nouveau, il fut rajeuni, lui dont la piété avait atteint son plein développement. […] Le Christ est né maintenant, et le désir du vieillard fut accompli dans la vieillesse du monde. Parce qu’il trouva le monde dans la vieillesse du péché, le Christ est venu à un homme avancé en âge » (Homélies sur le Temps, XIII). Des mots identiques peuvent être employés pour éclairer la présence de la vieille prophétesse Anne, toute humilité et tout service du Très Haut. Siméon et Anne accompagnent la Très Sainte Vierge qui est la porte du ciel. Elle apporte le prix de sa purification : « Que si sa main ne trouve et ne peut offrir un agneau, elle prendra deux tourterelles ou deux petits de colombes, l’un pour l’holocauste et l’autre pour le péché : et le prêtre priera pour elle, et c’est ainsi qu’elle sera purifiée » (Lv 12, 8). La Mère de Dieu n’a pas les moyens d’offrir un agneau et donc Elle apporte un couple de tourterelles, Elle qui est colombe de Dieu. Elle est toute pure et n’a besoin d’aucun prêtre, Elle qui est la Mère du Grand Prêtre. Vers Elle se dirige toute l’aspiration de l’Ancien Testament.

Lorsque le vieillard Siméon exulte, il glorifie l’Enfant et il englobe dans cette louange cette Femme qui Le porte dans ses bras : Quia viderunt oculi mei salutem tuam, Quam parasti ante faciem omnium populorum, Lumen ad revelationem gentium et gloriam plebis tuæ Israël — « Puisque mes yeux ont vu le salut qui vient de vous, Que vous avez préparé à la face de tous peuples, Pour être la lumière qui éclairera les nations, et la gloire d’Israël votre peuple » (Lc 2,30-32). Ce Nunc dimittis, chanté chaque soir à complies par toute l’Église, devrait s’inscrire sur nos lèvres et dans notre cœur car il nous fait franchir le seuil de l’accomplissement de la Révélation.

Tout est accompli

Marie a laissé Siméon lui prendre Jésus car elle sait, puisqu’elle garde tout en son cœur, qu’ainsi une prophétie se réalise et que l’Ancien Testament doit porter au prêtre de service le Nouveau Testament, qu’un livre se ferme et qu’un autre s’ouvre pour l’éternité. Siméon exulte et il rit à travers ses larmes de joie. Les gens aux alentours s’arrêtent et se regroupent car l’Orient est curieux de ses voisins. Chacun regarde, surpris, fureteur. Le vieil homme serre ce trésor contre son cœur fatigué, ce cœur qui a tant battu pour voir la merveille de Dieu. Tout est accompli selon la promesse décrite d’âge en âge par les prophètes envers lesquels le peuple a fait la sourde oreille jusqu’à les persécuter. 

Son existence est ainsi comblée. Il n’a pas besoin de voir grandir le Sauveur, de l’entendre prêcher, d’assister à ses miracles. Il a vu et il a cru, cela suffit.

Siméon ne peut détacher son regard de ce bébé, apparemment semblable aux autres mais qui est la libération de son peuple et de toutes les nations.  Son existence est ainsi comblée. Il n’a pas besoin de voir grandir le Sauveur, de l’entendre prêcher, d’assister à ses miracles. Il a vu et il a cru, cela suffit. Il remet son âme entre les mains du Tout Puissant, comme cet Enfant est entre ses mains d’orant. Inspiré, il proclame son Nunc dimittis en contemplant Celui qui est la lumière éclairant les peuples et la gloire d’Israël. Ceux qui l’entendent sont incrédules : ce vieillard ne perd-il pas la tête, a-t-il encore toute sa raison ? Que trouve-t-il donc d’exceptionnel à ce bébé, très mignon certes, mais semblable à mille autres ? Quelques-uns sont saisi par ces paroles prophétiques. Ce sont les plus pauvres, les mendiants et les estropiés, les pécheurs qui se font tout petits en passant près des prêtres, des scribes et des Pharisiens. Tous ceux-là ont l’âme assoiffée et leur langue colle à leur palais comme s’ils avaient toujours vécu dans le désert hostile. Ils ne cessent d’attendre leur délivrance, leur guérison. Alors certains osent toucher les langes de cet enfant comme gage de bénédiction. 

Un étonnement partagé

Il est probable, même si la tradition ne le rapporte pas, que, dans les jours suivants, alors que la Sainte Famille a déjà quitté Jérusalem, ils se découvrirent guéris de leur lèpre et de leur péché. Siméon présente l’Enfant à ces misérables comme un prêtre donne la sainte communion. Il est en cet instant un vieux chanoine portant haut l’ostensoir. Il est saisi aussi d’une terrible émotion car il pressent que l’Enfant entouré de langes sera un jour crucifié, les reins ceints d’un périzonium noué par la Vierge qui avait conservé pour ce jour tragique les linges dans lesquels son Fils avait reposé bébé. 

Joseph et Marie partagent cet étonnement qui n’est point le signe d’une méconnaissance de l’être de cet Enfant, mais au contraire l’expression de leur foi et de leur émerveillement pour tout ce qui ne cesse d’être révélé à son propos. Cet étonnement ne fera que croître au fur et à mesure que les années passeront et qu’ils seront témoins, dans les jours ordinaires de Nazareth, de la lumière qui habite Jésus. Siméon garde l’Enfant dans ses bras et c’est lui qui le présentera au Lévite. Il bénit Joseph et Marie, lui qui est l’ancien et le sage, qui prophétise l’irruption du salut dans le monde. En ce jour, il continue de nous conduire vers la Lumière et il nous invite à une patiente attente pour son retour en gloire.

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