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« Maman, j’ai vu des images pas belles »: comment réagir ?

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Brian A Jackson I Shutterstock

Caroline Moulinet - publié le 02/02/23

En février 2021, le gouvernement mettait en garde sur le fait qu’à 12 ans, près d’un jeune sur trois a déjà été exposé à la pornographie. Conseils aux parents dont les enfants sont concernés.

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Laure se souvient encore de cette phrase entendue en plein déjeuner familial : « Un bon porno n’a jamais fait de mal à personne ». Pourtant, la réalité est tout autre : la pornographie a un réel impact, notamment sur le cerveau des enfants et des adolescents exposés. Dans son rapport publié le 24 janvier 2023, l’Académie Nationale de Médecine note que « la libération de la sexualité et l’accès à la pornographie sont des phénomènes désormais anciens qui ont débuté dans les années 1970-1980. Mais c’est l’avènement des nouveaux médias et leur généralisation qui ont rendu la pornographie accessible partout, facilement et par tous, y compris par les enfants. »

Tanguy Lafforgue, formé en tant qu’éducateur à la vie et accompagnant de personnes souffrant d’addiction à la pornographie, confirme : « L’âge moyen d’acquisition du premier smartphone est de 9 ans, pas étonnant donc que les enfants et adolescents soient exposés à la pornographie. » Comment réagir lorsqu’ils confient avoir vu des images pornographiques ? Quels conseils donner aux parents qui surprennent l’adolescent en train de consommer de la pornographie, ou qui découvrent l’historique de ses recherches en ligne ?

« Qu’il s’agisse d’un pré-ado ou d’un ado, de la première exposition ou de la quinzième, les parents doivent savoir que le jeune vient de vivre un cocktail molotov mental et émotionnel car les images sont puissantes. Elles sont faites pour capter l’attention. Le psychisme d’un jeune n’est pas prêt pour ce type d’images, il n’a pas la maturité psychique ni le recul intellectuel. Le jeune va donc avoir de la difficulté à gérer ce qui se passe en lui. » Les parents, ayant conscience que le jeune a vécu une expérience très spéciale, vont ainsi avoir à cœur d’accompagner l’adolescent, à réagissant à chaud puis en l’aidant sur le long terme.

Tout d’abord, il est bon de ne pas accentuer la honte et la culpabilité. L’adolescent reste un enfant, il n’est pas un adulte, et il a besoin d’être rassuré sur le fait que ses parents l’aiment, qu’ils l’aiment de façon inconditionnelle. Tanguy Lafforgue a entendu des jeunes témoigner des phrases prononcées par leurs parents, comme « Je suis hyper déçu / Tu me dégoûtes / Je suis vraiment triste que mon enfant fasse ça ». Ces mots blessent profondément le jeune.

Inciter à verbaliser

Il est très important que le jeune puisse relire ce qu’il a vécu et qu’il verbalise ce qui s’est passé. Tanguy Lafforgue explique : « Le jeune va avoir besoin de l’aide de ses parents pour l’écouter, pour mettre des mots sur ses émotions : curiosité initiale puis honte, culpabilité, dégoût. Les enfants ont des choses à dire après avoir fait cette expérience. Si ce n’est pas verbalisé, l’événement ne sera pas digéré et risque de créer des blocages. »

Ensuite les parents pourront aider le jeune à faire appel à son esprit critique. Par exemple, le jeune va comprendre que tant d’images sont accessibles en ligne parce que certaines personnes gagnent beaucoup d’argent grâce à cette industrie. Les parents doivent ensuite clairement mettre en garde l’adolescent sur le risque d’y retourner, de consommer de nouveau de la pornographie. 

Ne pas fermer les yeux

En tant que parent, il est essentiel de réagir. « Que les parents ne fassent pas comme s’ils n’avaient rien vu, comme si rien ne s’était passé ! », insiste Tanguy Lafforgue. « Certains choisissent le silence pour éviter le sentiment de honte au jeune, mais le ressenti est très mauvais : l’adolescent a le sentiment que ses parents ne sont pas là pour lui, qu’ils ne font pas leur job. C’est une blessure pour le jeune. Les pères ont d’ailleurs un rôle important à jouer, pas seulement les mères. »

Le spécialiste engage aussi, pour les personnes croyantes, de « ne pas tout de suite spiritualiser et moraliser l’incident. Certains envoient directement l’adolescent se confesser, mais, avant cela, il est fondamental que les deux parents soient au courant de la situation et il est nécessaire que le jeune ait verbalisé ce qui s’est passé. »

Sur le long terme, éduquer à la vie affective et sexuelle

Concernant l’accompagnement sur le long terme, Tanguy Lafforgue insiste : « L’éducation sexuelle n’est pas faite une fois pour toutes : « Je t’ai expliqué comment on fait les bébés, maintenant on n’en parle plus ». Les parents doivent faire leur possible pour se rendre disponibles pour répondre aux questions des jeunes, à chaque âge. Ils peuvent aussi utiliser les opportunités qui se présentent pour parler de la sexualité. Par exemple, un voyage scolaire à venir permet de reparler de la vie en communauté, des douches, du risque des écrans ».

Sur les jeunes, ces images très violentes relèvent du viol psychique.

La curiosité des jeunes envers la sexualité n’est pas malsaine. Elle touche au mystère de la vie et il est normal et sain que les jeunes s’y intéressent. Même si certains adultes ne se sentent pas exemplaires sur leur consommation de pornographie, les parents ont la responsabilité d’éduquer les jeunes tant au niveau des connaissances en anatomie que sur les dimensions affectives de la sexualité. Tanguy Lafforgue confirme : « La question n’est pas si l’adulte trouve la pornographie bien ou mal, ou si l’adulte est consommateur ou pas, la pornographie est toujours mauvaise pour les enfants. Sur les jeunes, ces images très violentes relèvent du viol psychique. »

En cas d’addiction

L’addiction est liée à une faiblesse psychologique qui demande un suivi approprié. Les jeunes peuvent, sans être addicts à la pornographie, consommer des contenus pornographiques de façon occasionnelle ou régulière. Il ne faut pas oublier les jeunes exposés de façon accidentelle. Tanguy Lafforgue explique : « Les jeunes peuvent être exposés à la pornographie pour de multiples raisons : curiosité, recherche de sensations fortes, envie de libérer une frustration ou croyance qu’ils vont ainsi développer leur créativité sexuelle, mais dans tous les cas, la vision de contenu pornographique va avoir un impact fort et violent. »

Néanmoins, Tanguy Lafforgue fait preuve d’espérance : « La pornographie est un mal, mais de cela sort un bien parce que cela oblige les parents à investir le sujet. » Alors que les parents parlent avec joie de l’amour et choisissent de beaux mots pour parler de la sexualité. La génitalité n’est pas la sexualité. La sexualité est liée avant tout à la relation, donc à la liberté, à la maîtrise de soi, au respect de l’autre. La sexualité est le lieu de l’amour et de la beauté du mystère de la vie.

Tags:
Éducationpornographie
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