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La dignité du travail est un ciment d’unité sociale

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© Caroline

Jeanne Larghero - publié le 10/02/23

La dignité du travail est d’unir les hommes. C’est pourquoi les luttes sociales ne sont légitimes et respectueuses des travailleurs, explique la philosophe Jeanne Larghero, que quand elles servent le bien commun.

Le débat sur les retraites qui fait rage à l’assemblée produit un effet de loupe saisissant sur une réalité qui semble devenue une fatalité : le travail divise. Le travail divise les êtres humains entre eux : salariés versus employeurs, ouvriers versus patrons, syndicats dressés les uns contre les autres, régimes spéciaux contre régime général, jeunes actifs versus retraités… Le travail divise les hommes et les femmes : les inégalités de salaire et de carrière pénalisent les femmes y compris dans leurs pensions de retraite, l’activité des mères à la maison est insuffisamment partagée ou reconnue… Le travail divise aussi chacun de nous : une partie de nous-même se réjouit d’avoir un travail, l’autre souffre d’avoir à travailler… Enfin, le travail de l’humanité l’a dressée contre son milieu : la nature souffre de l’exploitation à laquelle nous la soumettons sans vergogne. Est-ce une fatalité ? Y a-t-il une malédiction du travail ?

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La dignité du travail

Si l’on s’en tient à une vision purement sociologique, oui le travail divise, oui le monde du travail est le théâtre d’injustices choquantes. Cependant c’est justement parce que nous percevons la noblesse intrinsèque du travail que les injustices liées au travail nous révoltent. Se contenter de dénoncer les injustices ne suffit pas, pas plus que ne suffisent les tentatives de pallier les inégalités qui reviennent sans cesse, comme autant de tentacules surgissant d’une matrice maudite ! Croire à la valeur intrinsèquement bénéfique du travail semble relever du pari, cependant cette approche, soutenue par la doctrine sociale de l’Église, est la plus féconde et la plus juste. 

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Il n’est pas une marchandise anonyme vendue à un tarif horaire : il est avant tout ce par quoi chacun, à sa façon, se réalise en tant qu’être humain

Quant à la nature et à la valeur de notre travail, ce n’est pas le genre de travail que l’on accomplit qui permet d’affirmer la valeur de notre travail, ni son niveau de rémunération, mais le fait que celui qui l’exécute est une personne. C’est la dignité inscrite dans chaque personne qui donne au travail de tous une valeur inestimable. Le travail exprime l’égale dignité présente en chacun. Car il n’est pas une marchandise anonyme vendue à un tarif horaire : il est avant tout ce par quoi chacun, à sa façon, se réalise en tant qu’être humain, se transforme lui-même et réalise une œuvre utile à tous. 

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Le ciment de la vie sociale

Une œuvre utile à tous : voilà pourquoi par nature le travail unit les hommes entre eux. Nous sommes héritiers du travail immense des générations qui nous ont précédé, nous bénéficions de leurs trouvailles techniques, de leurs efforts de construction, de leur apport intellectuel. Et nous-mêmes contribuons à la relève que prendront les générations suivantes. Le travail justement rémunéré permet notamment de fonder une famille, qui est elle aussi le premier lieu de l’expérience du service mutuel. Il est alors le ciment de la vie sociale : tout travail suppose une collaboration qui permet aux activités individuelles d’aboutir. Ainsi le travail construit une communauté. 

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Cette lutte sociale est à entreprendre comme un engagement envers un juste bien, l’accès à tous au travail et à ses fruits

C’est pourquoi les luttes auxquelles nous assistons ne sont légitimes et respectueuses de notre dignité de travailleurs qu’à une condition : qu’elles soient des luttes « en vue de », et nous des luttes « contre » les uns ou les autres. Cette lutte sociale est à entreprendre comme un engagement envers un juste bien, l’accès à tous au travail et à ses fruits, et non comme la défense opportuniste ou revancharde d’intérêts de groupe ou de classe. Il n’y a de véritable lutte sociale qu’à la lumière de cette exigence : que « l’union des hommes pour défendre les droits qu’ils leur reviennent, née des exigences du travail, demeure un élément créateur d’ordre social et de solidarité, élément dont on ne saurait faire abstraction ». Une petite relecture de ces quelques lignes de Laborem exercens (saint Jean Paul II) remettrait — qui sait ? — un peu de calme dans les bancs de l’Assemblée nationale ces prochaines semaines. 

Une réconciliation à faire

Par conséquent, et en dépit des apparences, ce n’est pas le travail qui divise, car il est par nature un ferment d’unité. C’est dans le cœur de chacun que passe la division : comme l’écrivait Alexandre Soljenitsyne, ce n’est pas entre les groupes humains que passe la ligne qui sépare le bien et le mal, mais cette frontière habite dans le cœur de chacun et peut être très mouvante. C’est en nous qu’il y a une œuvre de réconciliation à faire, revenir à cette part de nous-même qui aime la justice, le bien commun, la terre que nous habitons, et qui est prête​ à y travailler.​

Tags:
Travail
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