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[HOMÉLIE] L’enjeu du combat spirituel ? Notre filiation divine

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James Tissot | Brooklyn Museum | Public Domain

"Jésus tenté dans le désert", de James Tissot.

Jean-Thomas de Beauregard, op - publié le 25/02/23

Dominicain du couvent de Bordeaux, le frère Jean-Thomas de Beauregard commente les lecteurs du 1er dimanche de carême (Gn 2, 7-9 ; 3, 1-7 ; Rm 5, 12-19 ; Mt 4, 1-11). À travers les tentations, même les plus matérielles, Satan cherche à détruire notre relation d’enfant de Dieu. Là est l’enjeu fondamental du combat spirituel.

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Lorsque Satan veut faire tomber Jésus, il lui dit par deux fois : « Si tu es le Fils de Dieu », en s’appuyant implicitement ou explicitement sur l’Écriture. La troisième fois, Satan n’introduit plus la tentation par « si tu es le Fils de Dieu », et ne se réfère plus à l’Écriture, comme s’il avait compris qu’il avait perdu. Satan nous enseigne, bien malgré lui. Il est trop intelligent pour ne pas nous révéler quelque vérité, même en la tordant. En l’occurrence, son insistance sur l’identité de fils de Dieu et sur l’Écriture sainte nous révèle tout l’enjeu du combat spirituel. La lutte ne porte qu’indirectement sur les biens de ce monde ; l’enjeu est bien plus profondément celui de notre identité de fils de Dieu et de notre fidélité à la parole de Dieu. La vie chrétienne en général, et le combat du carême en particulier, ne sont que cela !

L’enjeu de la filiation divine

La faim, le goût du spectaculaire, la vaine gloire, tout cela est occasion de péché, bien sûr ! Mais ce que Satan vise à détruire, c’est notre identité filiale, c’est notre relation au Père, en tant qu’elle est nourrie et sans cesse rectifiée par l’Écriture. Satan attaque le cœur même du dessein divin : là où l’Écriture sainte nous révèle que le Père veut faire de nous chaque jour un peu plus des fils dans le Fils, des fils à la ressemblance du Fils, le Diable entend chaque jour un peu plus nous « défilialiser ». On pourrait croire qu’il y a une gradation dans les tentations que Satan présente au Christ : la faim, le goût du spectaculaire, la vaine gloire. Pourtant, c’est peut-être la première tentation qui est la plus radicale : « Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent du pain » (Mt 4, 3). Un faisceau d’indices indique cette prééminence de la première tentation.

C’est là tout le réalisme du combat spirituel : le saint le plus avancé dans l’union à Dieu est souvent tenté dans ce qu’il y a de plus banal.

Tout d’abord, alors que les deux autres tentations ne sont pas dans le même ordre chez Matthieu et Luc, ils sont d’accord entre eux pour placer celle-là en premier. Ensuite, cette tentation-là ressemble au péché originel : l’objet immédiat est quelque chose à manger — un fruit dans la Genèse, du pain dans l’Évangile —, mais l’enjeu réel est celui de la filiation divine. Enfin, cette première tentation est reproduite presque à l’identique lorsque Jésus est sur la Croix : « Si tu es Fils de Dieu, sauve-toi toi-même, et descends de la croix » (Mt 27, 40-43). La première tentation relie donc le péché des origines, et la victoire ultime de Jésus sur le péché lors de sa Passion. C’est la tentation fondamentale. C’est donc celle-là qu’il faut analyser plus sérieusement encore que les deux autres.

Le réalisme du combat spirituel

Dans cette première tentation, comme lors du péché originel, et comme sur la Croix, il est question d’un besoin quotidien : la faim dans le jardin et au désert, la soif sur la Croix. En même temps, à chaque fois, l’urgence est en fait relative : Ève n’était en rien privée de nourriture, Jésus avait survécu à quarante jours de jeûne et ce n’est qu’au terme qu’il éprouve la faim, et à la Croix la soif était probablement la moindre de ses souffrances. Autrement dit, Satan se sert de besoins matériels, apparemment peu importants, en les faisant percevoir comme indispensables. C’est là tout le réalisme du combat spirituel : le saint le plus avancé dans l’union à Dieu est souvent tenté dans ce qu’il y a de plus banal. La vie des saints et l’histoire de l’Église l’illustrent abondamment. Celui qui est au sommet de l’échelle sainte n’en a jamais fini avec les premiers degrés, et c’est par le ventre ou le bas-ventre — la chère ou la chair — qu’il en vient souvent à dégringoler de l’échelle. Il n’y a pas, dans la vie chrétienne, une étape à partir de laquelle on flotterait en état d’apesanteur au-dessus des contingences matérielles. Voilà qui devrait tenir chacun dans l’humilité, et inciter à la persévérance dans le combat contre les tentations de la chair. Car la tentation la plus spirituelle passe souvent par le corporel. 

Au jardin d’Éden, au désert des tentations, comme au combat ultime du Golgotha, Satan attaque la filiation divine et la fidélité à la Parole de Dieu. La tentation porte sur quelque chose qui est légitime en soi — être fils de Dieu avec ce que cela donne de privilège — mais en le coupant de sa racine : la dépendance voulue et cultivée à l’égard de Dieu. Pour Adam et Ève au jardin, il s’agit de prendre et de revendiquer comme un pouvoir ce que Dieu voulait donner comme un cadeau : la filiation divine et la connaissance du bien et du mal. Pour Jésus au désert, il s’agit de faire usage de sa filiation divine pour se sauver lui-même plutôt que d’attendre de son Père un secours qui doit venir : les anges qui viennent ensuite le servir. Pour Jésus en Croix, c’est encore la tentation de faire éclater sa puissance et de se sauver lui-même en dispersant ses ennemis, plutôt que d’obéir au Père en remettant son Esprit, dans la certitude de la résurrection à venir.

Un enjeu de chasteté

Il y a peut-être ici un enjeu de chasteté à l’égard des dons de Dieu, ce qui expliquerait qu’à chaque fois l’occasion est liée à un bien corporel. Dans le combat spirituel, Dieu nous invite à être chaste par rapport aux dons qu’il nous fait. Avons-nous été faits fils de Dieu par le baptême, devenant par grâce ce que le Christ est par nature ? Rendons grâce à Dieu et n’en faisons pas un motif d’orgueil mais une invitation à la mission. Avons-nous reçu tel don, tel charisme, telle grâce particulière ? Rendons grâce à Dieu mais n’en faisons pas notre propriété personnelle et utilisons-les pour le bien de toute l’Église.

Quoi qu’il en soit de cet enjeu de chasteté par rapport aux dons de Dieu, en ce carême nous avons désormais un cap : accueillir le don de la filiation divine qui nous a été fait à notre baptême, nous tenir toujours davantage dans la dépendance du Père, dans le Fils et par l’Esprit Saint, et nous laisser rectifier chaque jour un peu plus par l’Écriture sainte par laquelle la Trinité nous enseigne. Pour cela, entrons dans le jeûne du Christ au désert : le combat sur les choses les plus matérielles est celui qui donne de grandir le plus dans les choses les plus spirituelles.

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