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Attaques contre Jean Paul II : inutiles et absurdes

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kardynał Karol Wojtyła

ASSOCIATED PRESS/East News

Le cardinal Karol Wojtyla, archevêque de Cracovie (Pologne), le 5 octobre 1978.

Benoist de Sinety - publié le 19/03/23

Quels que soient l’origine et le sérieux des attaques contre la réputation du pape Jean Paul II, elles sont "inutiles et absurdes" estime le père Benoist de Sinety, curé de la paroisse Saint-Eubert de Lille.

Décidément, pas une semaine sans de nouvelles révélations scabreuses : un prêtre suspendu à Toulon parce qu’il souhaite épouser une religieuse dans laquelle il voit « la réincarnation de l’Esprit Saint », appel à témoignages aux victimes d’abus dans la Fraternité de Marie Reine Immaculée, négociations en coulisses autour du sort d’un célèbre jésuite mosaïste et délinquant sexuel… sans compter les « affaires » embarrassantes pour quelques évêques qui ne semblent pas pour autant les conduire à renoncer aux dignités reçues autrefois. Et au milieu de tout cela, voici que des nouvelles provenant de Pologne mettent à mal la réputation de Jean Paul II. Un ami polonais me confiait récemment qu’il n’était pas impossible que le dossier sorte « grâce » aux Russes. N’étant pas féru de contre-espionnage, je ne peux que noter cette éventualité qui nous rappelle aussi qu’au temps du communisme, salir la réputation était le meilleur moyen de discréditer un homme. Et les services russes notamment n’étaient pas les derniers à s’y employer avec zèle !

Inutile et absurde

Il y aurait une logique à ce qu’il en soit toujours ainsi, surtout à l’heure où la Pologne livre chars et canons à l’Ukraine et appelle l’Europe à se mobiliser toujours plus à ses côtés. Mais quelle que soit la raison de ce dévoilement, si l’on veut que les victimes d’aujourd’hui soient entendues avec toute l’attention qui leur est due si l’on veut que les coupables soient démasqués et poursuivis, cette attaque en règle du défunt pape polonais me paraît à la fois inutile et absurde.

Inutile car elle ne débouchera sur rien : les morts ne peuvent pas se défendre et le climat hystérique dans lequel tout cela se déroule ne permettra aucune parole de vérité. Il faut du temps pour laisser les historiens travailler. C’est ce temps que nous refusons d’accepter mais c’est pourtant lui qui est le seul capable de permettre la révélation. Absurde car si l’on considère, avec raison, que le fait de « couvrir » est un mal, il ne constituait pas à l’époque une faute pénale et morale aussi lourde qu’aujourd’hui. Cette relecture historique — on l’a vu outre-Atlantique sur Washington ou Jefferson, et en France avec Colbert par exemple — est un délitement de l’intelligence. Non que le mal ait pu être un jour considéré comme un bien. Mais parce que, tout simplement, la perception de ce mal était différente.

Chasse post-mortem

Il en serait tout autrement si Karol Wojtyla s’était rendu directement coupable d’actes criminels. En « couvrant » des prêtres sous sa responsabilité, il aurait reproduit ce qui se faisait depuis des siècles et que personne ne jugeait alors bon de condamner ou de révéler. Était-ce juste ? non. Était-ce bien ? non. Est-ce une faute ? certainement. En avait-il conscience à ce moment-là ? certainement d’une manière très atténuée par rapport à nous aujourd’hui. Faut-il donc le « déboulonner » ? À condition alors de faire chuter tous ceux qui ont eu jusqu’à une époque récente des responsabilités éminentes dans l’Église ou ailleurs et qui ont agi ainsi. Et en prenant le risque, dans nos propres familles, de faire une chasse post-mortem à des aïeux qui ont fermé les yeux sur ce que vivaient peut-être leurs propres enfants. 

Apprendre sans cesse

L’Histoire s’inscrit dans le temps. Comme s’y inscrit aussi une compréhension de l’homme sur lui-même. Il nous faut collectivement et personnellement apprendre, sans cesse, et ainsi progresser. Notre époque nous éclaire sur les séquelles profondes que causent les abus dans le cœur, dans la vie des victimes. Nous prenons conscience que, non, cela ne passe pas avec le temps… Nous ne taisons plus le mal et osons prononcer des mots qui autrefois étaient tabous : pédophilie, sexe, viol, abus psychique, manipulations de pervers narcissiques… Mais il n’en a pas toujours été ainsi. On peut le regretter mais cela n’y change rien. 

Saint Paul pouvait s’adresser dans ses épîtres aux esclaves sans pour autant appeler à leur émancipation : devrait-on pour autant interdire leurs lectures aux messes dominicales ? ll ne s’agit pas de relativiser mais, au contraire, de mettre en perspective. Afin que les scandales d’aujourd’hui cessent d’être traités comme ils l’étaient hier. Mais sans entretenir l’illusion violente et contreproductive que ceux d’hier trouveront leur résolution dans des procès populaires où les principaux concernés n’ont plus d’autre parole que le silence de la mort.

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Abus sexuelsPape Jean Paul IIPologne
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