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Clotilde Noël : « Une fois qu’on a dit “oui” à Dieu, Il ne nous abandonne jamais »

Clotilde Noël

© Clotilde Jenoudet

Anna Ashkova - publié le 24/03/23 - mis à jour le 09/08/23

Mère de six enfants biologiques, Clotilde Noël et son mari ont fait le choix d’adopter trois enfants porteurs de handicap. La fondatrice de l’association “Tombée du Nid” se confie sur sa vie de mère de famille nombreuse, sa vie spirituelle et sa vie de femme engagée pour la protection et l’épanouissement des enfants porteurs de handicap.

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Quand Clotilde rencontre Nicolas Noël, elle a 20 ans. Dix ans plus tard, elle est mariée et mère de six enfants : Côme (22 ans), Baudoin (21 ans), Tiphaine (19 ans), Marin (18 ans), Philippine (15 ans) et Brune (12 ans). En 2013, elle adopte avec son époux une petite fille atteinte de trisomie 21, Marie, aujourd’hui âgée de 10 ans. Fin 2016, une deuxième petite fille, Marie-Garance, rejoint la famille. Poly-handicapée, elle a aujourd’hui 7 ans. Et il y a quatre ans, c’est le petit Frédéric-Moïse qui est arrivé dans la famille. Le petit garçon, porteur d’une pathologie au cervelet, est âgé de 6 ans. 

Deux ans après l’adoption de Marie, Clotilde Noël écrit le livre Tombée du Nid. Elle y raconte son histoire, les difficultés traversées comme les grands bonheurs. De ce parcours si singulier naîtra l’association Tombée du Nid. Accompagnant des familles confrontées quotidiennement au handicap, l’association s’est donnée pour mission de favoriser l’inclusion des enfants porteurs de handicap et d’aider les parents désireux comme eux d’accueillir des enfants différents. En juin 2022, l’association a crée en juin une application Le Cœur du Nid. Clotilde Noël se confie à Aleteia sur sa vie de mère de famille nombreuse, sa vie spirituelle et sa vie de femme. 

Aleteia : Vous êtes mère de neuf enfants ! Comment vous en sortez-vous à la tête d’une famille nombreuse ? 
Clotilde Noël : Je ne sais pas si on s’en sort ? C’est vraiment un équilibre fragile à travailler quotidiennement. Un enfant peut aller bien un jour et le lendemain, aller mal et vice-versa. Je trouve que ce travail d’équilibriste est à la fois beau et exigeant. Il n’y a pas de routine. Cela demande en permanence d’être en éveil sur chaque enfant. Une mère est là pour être dans l’attention, dans l’écoute et essayer de percevoir des signaux qui sont peu visibles mais qui sont peut-être les prémices d’un mal-être. Parfois, dans le silence de la maison, une fois que les enfants sont partis, je repense comment la soirée et la matinée se sont passées. Tel enfant était ainsi et un autre ainsi. Je réfléchis à ce que je pourrai faire pour eux. 

Famille Noël Tombée du Nid
Après avoir eu six enfants biologiques, Clotilde et Nicolas Noël ont fait le choix d’adopter trois enfants porteurs de handicap.

Qu’est-ce que vous aimez le plus dans votre maternité ?
J’aime observer mes enfants, voir se dessiner leur caractère, leurs talents. Il est fascinant de voir combien une fratrie aussi nombreuse peut être aussi différente. Notre fils aîné se marie bientôt. C’est aussi ce que j’aime dans la maternité, les voir prendre leur envol. C’est beau de les voir construire leur projet de vie. 

Avec toutes vos responsabilités au sein de votre association, comment faites-vous pour consacrer du temps à votre famille ? Et à votre mari ?
Mes priorités ce sont mon mari et mes enfants. Quand il me reste du temps, je le consacre à l’association Tombée du Nid et à l’école Saint Philippe Néri (Yvelines) que nous avons fondées.  Certes, cela prend du temps, mais je ne suis pas du tout tiraillée. Nos trois derniers enfants ont une faible autonomie. Seules des infirmières ou des personnes formées peuvent s’occuper de Marie-Garance car elle a des soins particuliers, des médicaments, elle est nourrie par gastrostomie. C’est un choix que j’ai posé en adoptant mes enfants. Ma priorité est d’être maman. Nous avons encore sept enfants à la maison et je souhaite être disponible pour eux. Ma place est vraiment à la maison. Et j’aime ça !

Marie, Marie-Garance et Frédéric-Moïse Noël.
Marie, Marie-Garance et Frédéric-Moïse Noël.

Quant à mon mari, on se garde beaucoup de temps ensemble, c’est important et nécessaire pour nous. On part régulièrement en week-end. Comme on ne peut pas confier longtemps Marie-Garance à une infirmière, nous avons trouvé des coins très sympas à 30 minutes de chez nous. On s’organise comme on peut. Quand on vit dans en situation d’équilibre extrême, Marie-Garance peut parfois être hospitalisée pendant 20 jours, on profite mieux des accalmies. Quand on a des enfants handicapés, il est important de prendre soin de son couple. C’est pourquoi on se donne des moyens d’être plus soudés : un repas rien que tous les deux à la maison, un film au cinéma, une balade en forêt. Les moments à deux peuvent être simples, ce qui importe c’est qu’ils soient réguliers.

Quel est le début d’une journée idéale pour vous ?
Commencer par faire du sport seule. C’est vraiment important pour moi d’avoir ce temps. Je fais de la course à pied, du renforcement musculaire, de la natation mais aussi de la danse classique. Et puis, j’aime prendre un petit déjeuner tranquille avant d’attaquer la journée. 

Une pensée qui vous aide lorsque vous êtes de mauvaise humeur ?
Évidemment, il y a des moments où je n’en peux plus. Il y a des jours où on patine et je consens à ça. Nous ne sommes pas des robots. La pensée qui m’aide, c’est de me dire que c’est passager, que demain ce sera fini. Je suis moins productive aujourd’hui ? Et alors ? Je me félicite des petites choses déjà accomplies. Et ce n’est pas grave si je ne fais pas toute ma « to do list ». 

Ma priorité est d’être maman. (…) Ma place est vraiment à la maison. Et j’aime ça !

Quels saints vous aident dans votre quotidien de mère et d’épouse ?
Mère Teresa ! Je suis portée quand je la regarde. Elle m’aide moralement et spirituellement. Notre dernière adoption a été difficile. Frédéric-Moïse souffrait beaucoup, il vomissait toute la nuit, il avait 2 ans. C’était rude. À chaque fois, je demandais intérieurement de l’aide à Mère Teresa. Ça me réconfortait de savoir qu’elle était à mes côtés dans ces moments. Un  ami prêtre m’a offert une relique de Mère Térésa. C’est une grande chance !  Quand Marie-Garance va mal, je mets la relique sur elle. Je l’amène aussi avec moi à l’hôpital. Je crois en la communion des saints. Ils œuvrent en permanence pour nous. Il serait dommage de ne pas en profiter !

Votre engagement pour la protection et l’épanouissement des enfants porteurs de handicap et l’accompagnement de leur famille vous aident-t-ils dans votre rôle de mère et d’épouse ?
Oui, bien sûr énormément ! En tant que mère, j’apprends de toutes les mères que je rencontre. Voir comment chacune s’occupe de ses enfants, avec sa culture et ses traditions, m’inspire. Mais la plus grande avancée que j’ai faite, c’est dans ma condition de femme. Tombée du nid m’a permis d’être en communion avec toutes ces mamans qui ont un enfant différent. Nos cœurs de mères sont tous liés. Sainte Hildegarde de Bingen disait que nous sommes toutes connectées. 

Comment vous ressourcez-vous spirituellement ?
Je puise dans la lecture. J’aime les livres de Christiane Singer, Martin Steffens, Christian Bobin, Stanislas Rougier… Je n’ai pas beaucoup de temps pour lire mais à chaque fois quand j’ai un moment, j’ouvre un livre. J’ai toujours trois ou quatre livres ouverts que je lis en parallèle. Tombée du nid m’a aussi amenée à la Bible. J’ai découvert et compris l’Ancien Testament.

Quand nous avons décidé de partir sur les chemins de l’adoption,  j’ai compris la phrase : « Je t’ai appelé par ton nom » (Is 43, 1). C’est comme s’Il me disait : « Je fais appel à toi. C’est toi que j’établis ». J’ai accepté de Lui faire confiance et je reçois des grâces incroyables. Une fois qu’on a dit « oui » à Dieu tout se fait naturellement. Il ne nous abandonne jamais. Il est très patient et pédagogue. Il est toujours là. 

Pour finir, une citation qui vous inspire ?
« L’amour existe s’il y a l’empoignade, la friction, le corps-à-corps avec la Création, la lutte avec l’ange, la confrontation avec l’ombre qui nous habite », de Christiane Singer (Où cours-tu ? Ne sais-tu pas que le ciel est en toi ?, ed. Albin Michel). C’est très incarné. J’ai traversé tout cela et je pense que l’amour est possible si on a traversé l’ombre qui nous habite. C’est ça l’amour, ce n’est pas un long fleuve tranquille. Il nous invite au contraire à aller chercher dans nos profondeurs. 

Tags:
FamilleFemmesHandicapTrisomie 21
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