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Ladislas, Polycarpe, Frézal et Marcellin, les quatre martyrs picpuciens

commune de paris

© Collection particulière

Photomontage d'Eugène Appert mettant en scène l'exécution des otages lors de la semaine sanglante de la Commune de Paris.

Anne Bernet - publié le 21/04/23

Parmi les otages fusillés par la Commune le 26 mai 1871, figurent cinq prêtres qui seront béatifiés ce 22 avril 2023. Quatre d’entre eux étaient prêtres de la congrégation des Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie appelés aussi "picpuciens". Les pères Ladislas, Polycarpe, Frézal et Marcellin se voulaient éducateurs : ils seront par leur martyre confesseurs de la foi.

Lorsque le père Coudrin, en pleine Terreur, jette les bases de ce qui deviendra à quelques années de là, la Congrégation des Sacrés Cœurs de Jésus et Marie, son ambition, partagée par bien d’autres prêtres et fidèles de l’époque, est de rechristianiser la France et d’expier les crimes de la Révolution. Pourtant, dans les années 1830, Rome réorientera ceux que l’on appelle familièrement les picpuciens, du nom du quartier parisien de Picpus où se trouve leur maison mère, vers les missions lointaines, et d’abord l’Océanie, qui s’ouvre à peine à l’Évangile et où tout est à faire.

Victimes de naufrages, de l’insalubrité qui règne à bord des navires au cours de voyages qui durent près d’un an, des maladies tropicales, du climat, parfois du mauvais vouloir d’autochtones peu accueillants aux Occidentaux et capables de supprimer ceux qu’ils perçoivent comme un danger, les religieux picpuciens compteront un certain nombre de martyrs tombés pour le Christ en terre païenne. Paradoxalement, ceux que l’Église s’apprête à béatifier n’ont, pour diverses raisons, jamais eu l’occasion de quitter l’Europe et c’est à quelques kilomètres à peine de chez eux qu’ils ont trouvé, le 26 mai 1871, en plein Paris, l’occasion de verser leur sang pour la foi. 

L’une des tâches que le père Coudrin a voulu à l’origine pour ses fils est l’enseignement ; il pense en effet, avec raison, que, pour faire renaître une France chrétienne, il convient d’éduquer les nouvelles générations selon les préceptes évangéliques. Les picpuciens fondent donc un certain nombre de collèges qui seront souvent autant de pépinières de vocations pour leur ordre. 

La très jeune vocation du père Polycarpe

C’est ainsi que Jules Tuffier, né à Malzieu en Lozère le 14 mars 1807, est scolarisé dans l’établissement que l’ordre possède à Mende. L’esprit particulier de la maison le séduit assez pour le conduire à demander son admission au noviciat de Paris de très bonne heure puisqu’il n’a que 13 ans. Admis aux vœux dès 1823, Jules Tuffier, qui prend en religion le nom de Polycarpe, est ordonné prêtre en 1830. La carrière du jeune prêtre le conduit d’abord comme aumônier à l’hospice des sourds d’Yvetot en Normandie, puis comme professeur dans les collèges de l’ordre à Cahors, Mende, où il a fait ses études, puis Laval. Il reste peu de temps dans cette dernière ville puisque, arrivé en 1862, il est, l’année suivante, muté à Paris afin d’assumer la charge de procureur de la Maison mère.

Le père Marcellin ne voulait pas être prêtre

Jean-Marie Rouchouze, né le 14 novembre 1810 à Saint-Julien en Jarez dans la Loire, est, lui aussi, vivement attiré par le charisme des pères de Picpus, congrégation où son frère et sa sœur ont déjà demandé à entrer. Il sera l’un des tout derniers à faire profession religieuse, en 1837, entre les mains du père Coudrin, le fondateur, très malade. Il prend alors le nom de Marcellin. Malgré d’évidentes capacités intellectuelles, le jeune homme, qui enseignera dans divers collèges en Belgique et en France, refuse, par humilité, de recevoir le sacerdoce, s’en jugeant indigne. Cependant, en 1852, une visite au curé d’Ars l’amène à changer d’avis car Jean-Marie Vianney l’a poussé à accepter l’ordination, l’assurant que “Dieu a des vues sur lui”. Devenu prêtre, le père Marcellin est appelé à Paris par son frère aîné qui exerce alors le supériorat et fait de lui son assistant, l’emmenant dans ses voyages romains. Il devient ainsi l’un des responsables de la congrégation, indispensable à son bon fonctionnement.

Le père Frézal, un consolateur né

Comme le père Tuffier, Jean-Pierre Tardieu est originaire de la Lozère puisqu’il est né à Chasserade le 18 novembre 1814. Entré au noviciat en 1837, il prononce ses vœux en 1839 et reçoit comme nom de religion celui, original, de Frézal. Bien qu’il soit doué pour les tâches administratives et l’enseignement, puisqu’il assure la direction du noviciat de Vaugirard, puis de celui de Louvain, et enfin d’Issy, le père Tardieu est surtout connu pour ses dons d’empathie. C’est un consolateur né qui, en cas de deuil ou de malheurs, sait comme personne trouver les mots qui apaiseront la douleur, non seulement de ses élèves mais aussi de nombreuses personnes venues le trouver afin de trouver réconfort auprès de lui. À ce talent s’ajoute celui d’être un remarquable confesseur. À ceux qui lui demandent où il puise ces capacités, il répond qu’il les trouve dans la prière, ajoutant en souriant qu’il “vaut mieux parler à Dieu que parler de Dieu”. Peut-être n’en rêve-t-il pas moins, alors qu’il voit partir vers les missions lointaines, et peut-être le martyre, tant de garçons qu’il a formés, tandis qu’il doit rester en France, d’un autre destin, plus glorieux à ses yeux, lui qui écrit dans des notes personnelles : “Mon Dieu, accordez-moi de tendre continuellement vers Vous par amour et par reconnaissance, et d’arriver par Vous à la palme du martyre…” Il sera exaucé.

Le père Ladislas, pédagogue dans l’âme

Le plus jeune du groupe, né en 1823 en Normandie est Arnaud Radigue. À la mort prématurée de sa mère, il est confié à un oncle prêtre qui l’inscrit au collège de la Congrégation des Sacrés Cœurs de Jésus et Marie à Séez. Il passe directement de là au noviciat en 1843, est ordonné prêtre en 1848. Celui que l’on appelle désormais le père Ladislas rêve, lui aussi, de missions lointaines, mais, obéissant et doté d’un heureux caractère, il ne s’insurge pas contre la volonté des supérieurs de lui confier un poste de formateur au noviciat, puis, en 1863, celui de maître des novices. Pédagogue dans l’âme, il se révèle aussi un excellent directeur spirituel et son talent pour apaiser les querelles et les heurts, alors que, dans les années 1860, Picpus connaît une crise de croissance pénible, attire assez sur lui l’attention pour qu’il se voie confier en 1870 le rôle de prieur de la Maison mère.

C’est ainsi, par les hasards, providentiels, de leurs parcours personnels, que les quatre hommes, arrivés à des postes clefs de leur congrégation, se trouvent rassemblés à Paris en cette tragique période 1870-1871. Dès la fin mars 1871, au lendemain du retrait allemand de la capitale, tandis que le gouvernement se montre incapable d’assurer l’ordre et préfère se réfugier à Versailles, le père Radigue, inquiet de la tournure des événements, conscient que se prépare une flambée de haine anti-religieuse, décide, comme beaucoup d’autres responsables de communautés parisiennes, d’évacuer vers la province tous les religieux dont la présence à la maison mère n’est pas indispensable. Sage précaution puisque la maison de Picpus, quartier populaire, est l’une des premières visées par les Communards. Ceux-ci y déboulent le 12 avril, s’y livrent à une perquisition en règle, et arrêtent les quatre supérieurs encore présents sur place. Au père Rouchouze qui leur demande les raisons de cette arrestation que rien, légalement, ne justifie, on réplique, et cela résume tout : “Vous dites la messe, vous portez des scapulaires et nous, nous ne voulons plus de ces superstitions.”

Ils tomberont ensemble

Il s’agit bel et bien d’une volonté politique d’éradiquer le catholicisme. Comme le dira l’archevêque de Paris, Mgr Darboy, à un prêtre détenu avec lui qui s’inquiète de savoir s’ils devaient être exécutés, s’ils tomberaient victimes d’une querelle politique ou tués en haine de la foi : “Ce n’est pas parce que je suis M. Darboy et vous M. Untel qu’ils veulent nous tuer mais bien parce que je suis l’archevêque de Paris et vous l’un de mes prêtres”, ce qui, selon les critères de l’Église, fonde le martyre. C’est d’ailleurs à peu près ce qu’écrit, de sa cellule de La Roquette, qu’il illumine de son inentamable bonne humeur le père Radigue : “Je me trouve très honoré de souffrir pour la religion de Jésus-Christ. Je ne me regarde pas du tout comme un prisonnier politique. Je suis donc saintement fier de me trouver à la suite de tant de glorieux confesseurs qui ont su rendre témoignage à Jésus-Christ.” De son côté, le vieux père Tuffier répète à des confrères saisis d’angoisse : “Nous sommes les ministres d’un Dieu mort sur la croix.”

Et c’est à sa suite que, le 26 mai, le vieux religieux consommera, avec ses trois frères, rue Haxo, son sacrifice. Son chemin de croix aura été l’un des plus douloureux de cette sinistre journée puisque les persécuteurs, agacés de voir ce vieillard retarder la marche de la colonne d’otages, s’acharneront à le frapper et qu’il lui faudra, pour arriver au lieu du supplice, le bras secourable du petit abbé Seigneret, séminariste de 25 ans ajouté par pure cruauté, car il n’avait encore reçu que les ordres mineurs, à la liste des condamnés. Ils tomberont ensemble, massacrés à la baïonnette et au pistolet, sous les coups de la “capitaine Pigère”, passionaria communarde qui, convertie contre toute attente par le souvenir de ses victimes, mourra, en 1893, religieuse, en quasi odeur de sainteté… Le sang des martyrs est semence de chrétiens.

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Béatification et canonisationcommune de parisMartyrsPrêtre
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