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[HOMÉLIE] Tous appelés à recevoir la vie en abondance

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Brooklyn Museum

Détail d'une aquarelle de James Tissot, Le Bon Pasteur, Brooklyn Museum.

Simon d’Artigue - publié le 29/04/23

Curé de la cathédrale Saint-Étienne de Toulouse, l’abbé Simon d’Artigue commente l’évangile du 4e dimanche de Pâques (Jn 10, 1-10). En ce dimanche de prière pour les vocations, demandons au Bon Berger de venir éclairer ce qui en nous fait obstacle à son appel : recevoir dans la joie la vie en abondance.

La vie en abondance, qui de vous veut moins que cela ? Qui de vous ne voudrait qu’une vie rabougrie, une vie au rabais, c’est-à-dire pouvoir faire des courses, aller au MacDo, travailler, promener son chien et scroller rageusement sur Instagram en rêvant d’une vie meilleure ? Non, c’est trop peu que de réduire l’essentiel de la vie de l’homme à cela, nous voulons plus, nous voulons la vie, plus de vie, la vie en abondance, c’est ce que le Bon Pasteur nous promet, c’est ce que Jésus nous propose ce Dimanche : « Je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance » (Jn 10, 10). Jésus nous appelle à la vie. Mieux, il est venu nous donner, la vie, sa vie. Oui, mais nous n’en voulons pas toujours, nous rechignons à accepter la vie, à accepter sa vie, celle qu’il nous propose — et pourtant cette vie que Jésus nous propose, c’est celle qui correspond exactement à ce pour quoi nous somme faits ; répondre à son appel, c’est découvrir notre véritable identité, être celui que je suis vraiment. Et cela ne s’adresse pas seulement aux curés et aux bonnes sœurs, Jésus appelle tout homme. 

Si nos parcours vocationnels sont parfois tellement sinueux, ce n’est pas que Dieu aime nous faire passer par des chemins détournés, mais c’est plutôt que notre propre cœur est un peu tordu et que le Seigneur doit s’y adapter en permanence. Dieu appelle hier comme aujourd’hui mais nous, nous faisons la sourde oreille, c’est nous qui faisons obstacle à son appel. Il y a trois obstacles qui empêchent d’entendre l’appel de Dieu dans nos vies :

1L’obstacle de notre peur

Le premier obstacle à l’appel de Dieu c’est notre peur, la peur que le Seigneur ne respecte pas notre liberté — vous savez cette idée qu’Il pourrait faire effraction dans notre vie et décider de notre avenir sans nous, en forçant notre liberté. Or Jésus est clair : « Celui qui entre par la porte, c’est le pasteur, le berger des brebis » (Jn 10, 2). La différence entre le Christ et les autres marchands d’illusions, c’est que lui ne force pas le passage. « Je me tiens à la porte et je frappe », dit l’Agneau dans l’Apocalypse (Ap 3, 20), lui qui attend patiemment qu’on lui ouvre la porte de notre cœur. Et celui qui a fait ce choix de le laisser entrer dans sa bergerie intérieure a expérimenté combien le Seigneur l’a fait sortir de lui-même pour le guider vers des « prés d’herbe fraîche », vers des horizons inconnus, bien plus vastes que tout ce qu’il pouvait imaginer.

Dieu n’est donc pas un danger pour notre liberté. Bien au contraire, dans le Christ, il vient libérer notre liberté, souvent étriquée, pour la conduire vers le vrai bonheur, vers une manière de vivre bien plus riche que notre imagination, si souvent conditionnée par les stéréotypes à la mode. Le Christ Jésus ne nous propose pas une petite vie peinarde et maîtrisée ; il veut pour nous la vie en abondance ; une vie qui jaillit et déborde ; une vie qui fait éclater tout ce qui en nous est étroit et mesquin. Mais, encore une fois, Jésus reste sur le seuil de la porte de notre cœur : il attend que nous lui donnions le droit d’entrer. Rassurons-nous : il ne changera pas nos vies sans nous !

2Contourner la porte du Christ

Le deuxième obstacle à la réalisation de notre vocation (c’est-à-dire de notre joie) nous est donné par l’image de la porte : « Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé. » Jésus est le point de passage obligé pour aller vers Dieu, pour connaitre Dieu. Il est « le chemin, la vérité et la vie » (Jn 10, 7). Il n’y a pas d’autre accès au Dieu véritable que par son Fils en qui il nous a tout donné. Ceci a des conséquences qui ne concernent pas que « la religion », comme si on pouvait isoler Dieu dans un coin de notre vie, une heure le dimanche à la messe : il y aurait notre vie privée, notre vie professionnelle, nos engagements associatifs et notre vie religieuse. Non, nous dit Jésus : c’est toute notre vie qui doit passer par le filtre de l’Évangile. Une vie privée qui n’est pas évangélisée, un travail qui n’est pas bousculé par le ferment évangélique, des engagements non ouverts à la lumière du Christ, tout cela ne peut pas nous mener au vrai bonheur, unifiant et durable. Notre vie, déjà consacrée par le baptême, ne s’accomplit qu’en Dieu, sa source et son but : et la porte par laquelle notre existence doit passer est bien celle qu’est Jésus.

Quel que soit notre chemin de vie, notre vocation, cessons de croire que nous pourrons le réaliser pleinement sans passer par la porte du Christ.

Cette centralité du Christ est vraie pour tout baptisé, quel que soit son état de vie. Parfois, dans certaines familles, on fait tout pour que les enfants ne se posent pas la question de donner leur vie au Seigneur ; c’est une grave responsabilité que d’agir ainsi et de croire qu’un chemin vécu dans le célibat pour Dieu n’est pas un chemin de bonheur. Mais surtout, cette attitude va souvent de pair avec une conception minimaliste et mondaine du mariage : il s’agit de vivre comme les autres. Or le mariage chrétien est un vrai engagement devant Dieu, un chemin exigeant, un chemin de sainteté fondé dans l’amour du Christ. L’amour humain ne s’accomplit que dans celui de Jésus. Quel que soit notre chemin de vie, notre vocation, cessons de croire que nous pourrons le réaliser pleinement sans passer par la porte du Christ. Ou alors nous irons de désillusion en désillusion !

3Notre surdité intérieure

Le troisième et dernier obstacle est notre surdité intérieure. Nous ne nous donnons pas assez les moyens d’apprendre à reconnaître en nous la voix du Bon Berger, de celui qui appelle chacun de nous par son nom. Notre cœur est souvent rempli de voix, de pensées, de bruits assourdissants, de sorte qu’il y règne une grande cacophonie. Mais comment pouvons-nous mener notre vie de manière libre et responsable si nous ne sommes pas maîtres de notre cœur ? Nous devons apprendre l’art du discernement. C’est tout un chemin pour apprendre à écouter ce qui se passe en nous, du plus sensible au plus profond, afin de repérer ce qui nous porte à la vie et ce qui nous conduit dans des impasses. Nous ne pouvons pas faire l’économie de cet apprentissage si nous voulons vraiment répondre à l’appel de Dieu, si nous souhaitons mener une vie qui soit digne de notre vocation d’enfants de Dieu.

En ce dimanche de prière pour les vocations, demandons donc au Bon Berger de venir éclairer ce qui en nous fait obstacle à son appel aujourd’hui : décidons de l’accueillir librement pour qu’il nous mène haut ; choisissons de faire passer toute notre vie par la porte de l’Évangile, sans rien laisser de côté afin que toute notre vie soit transformée ; enfin, ouvrons l’oreille du cœur pour ordonner notre bergerie intérieure et y repérer la voix du Bon berger. Ce n’est que par cette conversion que Dieu pourra appeler librement dans toutes les vocations et que par là son Règne pourra enfin se réaliser. Ne mettons pas en échec le désir de Dieu : nous donner la vie, la vie en abondance. 

Tags:
HomélieVocation
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