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Ces catholiques qui ont travaillé au rapprochement avec le judaïsme

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Philippe Lissac / GODONG

Valdemar de Vaux - publié le 08/05/23

La déclaration de Vatican II Nostra Ætate sur les relations de l’Église avec les religions non chrétiennes, à commencer par le judaïsme, a été considérée comme un tournant. Permis, parce qu’une telle évolution ne vient pas toute seule, par la réflexion de nombreux chrétiens dès le XIXe siècle. Tour d’horizon de ces lueurs d’espoir.

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Avant 1965 et la promulgation de la déclaration conciliaire Nostra Ætate (« Notre époque »), aucun concile n’avait pensé théologiquement les rapports entre l’Église et Israël entendu comme peuple juif élu par Dieu. Vatican II dit ainsi, commentant saint Paul (cf. Rm 11, 28) : « les Juifs restent encore, à cause de leurs pères, très chers à Dieu, dont les dons et l’appel sont sans repentance. Avec les prophètes et le même Apôtre, l’Église attend le jour, connu de Dieu seul, où tous les peuples invoqueront le Seigneur d’une seule voix » (NA, §4).

Ce qui a été qualifié par beaucoup de tournant n’est pourtant pas sans racines plus lointaines. Elles sont opportunément évoquées dans le dernier livre de l’historien Philippe Chenaux, professeur à l’université du Latran à Rome. Il explique ainsi dans l’avant-propos de son ouvrage La Fin de l’antijudaïsme chrétien : « Cette évolution de la position de l’Église n’aurait pas été possible sans l’engagement courageux d’hommes et de femmes […] en faveur de la défense de la race aînée » (p. 11). Qui sont ces pionniers, souvent peu connus aujourd’hui ? 

Les sources juives du Nouveau Testament

Le père Libermann (1802-1852), fondateur des pères du Saint-Esprit, est le premier et plus connu des convertis du judaïsme au catholicisme. La postérité a aussi retenu les noms des Ratisbonne, Théodore (1802-1884) et Alphonse (1814-1884), devenus prêtres et qui fondèrent la congrégation Notre-Dame de Sion avec le souci de se tourner vers leurs frères juifs pour leur parler du Christ, conscients que celui-ci est venu accomplir toutes les promesses de l’Alliance. Cet intérêt pour les sources juives du Nouveau Testament est un premier pas.

Deux frères encore, convertis eux aussi, Augustin (1836-1909) et Joseph Lémann  (1836-1915) font un pas de plus en cherchant à faire voter par le concile Vatican I qui devait s’ouvrir à Rome le 8 décembre 1869 un texte intitulé Pro Hebraeis et soutenu par le pape Pie IX et plus de 500 pères. Il ne sera jamais étudié ni voté à cause de l’interruption des travaux. Le texte insistait sur la continuité entre les promesses mosaïques et la rédemption en Jésus, en disant aussi avec force que les juifs demeurent « très chers à Dieu à cause de leurs pères, et parce que c’est d’eux qu’est né le Christ selon la chair ». Une vision s’éloignant de l’antijudaïsme. 

Des écrivains catholiques

Les écrivains catholiques prirent aussi leur part dans ce travail d’approfondissement des liens entre Église et Israël. Anatole Leroy-Beaulieu (1842-1912), auteur de Les Juifs et l’antisémitisme. Israël chez les nations en 1893, fut un dreyfusard convaincu. Reprenant la phrase de Jésus à la Samaritaine (cf. Jn 4, 22), Léon Bloy publia Le Salut par les Juifs en 1892. Il répondait par là au livre à succès d’Édouard Drumont La France juive (1886). Cet écrit, ambivalent sur certains points, est aussi à l’origine d’une génération philosémite, de Jacques Maritain à Stanislas Fumet en passant par le futur cardinal Journet. 

Des femmes ont également participé de ce mouvement de normalisation des relations avec le judaïsme dans l’Église. Canonisée en 1998, la convertie et carmélite Édith Stein (sœur Thérèse-Bénédicte de la Croix) est désormais co-patronne de l’Europe. Dès 1933, elle prévient le pape Pie XI des « agissements criminels » d’Hitler et parle, à propos du national-socialisme, d’ « hérésie manifeste ». Sophie van Leer, pour sa part, fonde en 1926, avec le père van Asseldonk, les Amis d’Israël. Une œuvre sacerdotale dont le but n’est pas de convertir les juifs mais de leur permettre le « retour » ou « passage » au Christ, en rappelant et témoignant de « la persistance de l’amour de Dieu ». 

L’exégèse, l’étude des textes bibliques, a aussi permis l’avancée de Vatican II. Que l’on pense aux travaux du père Lagrange, dominicain fondateur de l’École Biblique de Jérusalem ou à Erik Peterson, un philologue allemand converti du protestantisme. Sans parler du cardinal Béa, un jésuite professeur à l’Institut Biblique Pontifical puis confesseur de Pie XII qui présidera à partir 1960 le tout nouveau Secrétariat pour l’unité des chrétiens. Voulu par le pape Jean XIII, qui convoque l’année suivante le concile Vatican II, ce secrétariat annonce déjà la future déclaration Nostra Ætate dont Augustin Béa fut un grand artisan et promoteur. 

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