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À chaque messe, le miracle eucharistique

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Domaine public

Messe de saint Grégoire le Grand, mosaïque de plumes sur bois, art aztèque, Mexique 1539, Auch, musée des Jacobins.

Jean-François Thomas, sj - publié le 07/06/23

L’histoire de l’Église est semée de miracles eucharistiques. Ces signes venus du ciel sont destinés à convaincre les incrédules de la réalité de la présence divine dans le pain et le vin consacrés à chaque messe. L’institution de la Fête-Dieu honore ce miracle quotidien.

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La Fête-Dieu fait rayonner sa blancheur sur chaque jour de l’année liturgique puisqu’elle honore le cœur de notre foi. La transsubstantiation — transformation du pain et du vin en Corps et Sang de Notre Seigneur — est un miracle constant qui laisse souvent indifférent car ce qui est visible ne dit rien de ce changement de substance. Voilà pourquoi, parfois, Dieu nous donne des signes supplémentaires — généralement en présence d’une profession d’incroyance, de blasphème ou de sacrilège — en permettant des miracles eucharistiques qui retournent les esprits tièdes.

Le miracle de saint Grégoire

Un des plus anciens miracles qui nous est rapporté est ce qui est connu sous le nom de « Messe de saint Grégoire », si souvent représenté dans les arts depuis l’époque médiévale. Le pape saint Grégoire Ier le Grand est un des quatre Pères latins piliers de la doctrine et de la théologie avec saint Jérôme, saint Ambroise et saint Augustin. Son sage gouvernement, en une époque troublée politiquement au VIe siècle et dans une Église secouée par les hérésies, se doubla d’une vie intérieure et mystique ancrée dans sa consécration monastique. Cet homme d’action et de contemplation bénéficia donc de pouvoirs surnaturels et de grâces insignes. Le premier à rapporter le miracle eucharistique qui se produisit alors qu’il célébrait la sainte messe fut Paul Diacre au VIIIe siècle mais en utilisant une tradition orale continue. Jacques de Voragine, dans La Légende dorée, rapportera plus tard ce récit étonnant : 

« Une femme qui, parfois, offrait du pain à l’église, suivant l’usage des fidèles, se mit un jour à sourire en entendant saint Grégoire s’écrier à l’autel, pendant la consécration de l’hostie : “Que le corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ te profite dans la vie éternelle !” Aussitôt le saint détourna la main qui allait mettre l’hostie dans la bouche de cette femme, et déposa la sainte hostie sur l’autel. Puis, en présence de tout le peuple, il demanda à la femme de quoi elle avait osé rire. Et la femme répondit : “J’ai ri parce que tu appelais “corps de Dieu” un pain que j’avais pétri de mes propres mains.” Alors Grégoire se prosterna et pria Dieu pour l’incrédulité de cette femme ; et, quand il se releva, il vit que l’hostie déposée sur l’autel s’était changée en un morceau de chair ayant la forme d’un doigt. Il montra alors cette chair à la femme incrédule, qui revint à la foi. Et le saint pria de nouveau, et la chair redevint du pain, et Grégoire la donna en communion à la femme » (chapitre XLVI). 

La rencontre du naturel et du surnaturel

Peu à peu les apologètes transformèrent ce doigt sanglant en Christ des douleurs, et telle est bien la représentation picturale de ce miracle si populaire à partir de 1264 lorsqu’Urbain IV institua la Fête-Dieu pour toute l’Église, et ensuite de l’Année sainte en 1350. Ce Christ apparaît comme Celui qui foule le raisin dans le pressoir mystique, — son tombeau d’où Il sort —, raisin laissant jaillir son Sang. De plus, saint Grégoire célébrait la messe dans la basilique de Sainte-Croix-de-Jérusalem à Rome lorsque le miracle se produisit, ce sanctuaire conservant de très précieuses reliques de la Passion. 

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Messe de saint Grégoire le Grand, mosaïque de plumes sur bois, Mexique 1539.

Certains peintres représentèrent alors le Christ déversant son Sang de son côté ouvert dans le calice pontifical. Mais cela n’est pas nécessaire pour souligner le surnaturel. Grégoire le Grand est à genoux devant le mystère et, alors qu’il s’apprête à la communion liturgique, il vit aussi une communion empathique avec le Sauveur souffrant qui se révèle à lui, à la fois sur l’autel de façon invisible et au-dessus du retable de façon visible. La couronne d’épines écrase la tiare, bien présente mais à l’écart. En face de Notre Seigneur porté par deux anges, se tient le pontife entouré de son diacre et de son sous-diacre. Il s’agit de la rencontre et l’union entre le surnaturel et le naturel. Cette irruption extraordinaire du divin dans l’ordinaire humain ne cesse d’être bouleversante. Pourtant, la plupart du temps, les âmes demeurent paresseuses pour le moins, sinon incrédules.

Un avertissement du Ciel

Alors nous recevons par les miracles eucharistiques, comme cette femme à l’esprit fort du temps de saint Grégoire, un avertissement du Ciel pour nous ressaisir et retrouver le sens du sacré. Durant toute l’histoire de l’Église, 132 miracles de ce type ont été reconnus officiellement, miracles prenant des formes différentes. Lorsque la piété eucharistique connaît son âge d’or au XIIIe siècle, la doctrine de la transsubstantiation et de la présence réelle est développée par le concile de Latran IV en 1215, doctrine reprise par le concile de Trente en 1551. Les révélations données à sainte Julienne de Liège à partir de 1208 aboutiront à l’institution de la Fête-Dieu, d’autant plus que ces visions seront renforcées par le célèbre miracle eucharistique de Bolsène en 1264 lors d’une messe célébrée par un prêtre qui doute de la présence réelle : le corporal taché de Sang est toujours conservé à Orvieto. 

En cette époque de foi, il est rapporté dans les Chroniques de Giovanni Villani un miracle survenu à la cour de saint Louis de France et noté dans les Annales de 1257 par Henri de Sponde. Au moment de l’élévation, alors qu’un prêtre célébrait la messe dans la chapelle du palais de la Cité, l’hostie consacrée se changea en un jeune enfant extraordinairement beau. Les fidèles sont saisis et on va mander le roi afin qu’il puisse contempler lui-même ce prodige. Mais saint Louis refuse d’y aller et répond :

Qu’ils aillent voir ce miracle, ceux qui ne croient pas une si grande merveille ! Pour moi qui, grâce à Dieu, avec les lumières de ma foi, contemple et adore Jésus-Christ mon Sauveur et mon Dieu sous les espèces sacramentelles du pain et du vin, je n’ai pas besoin de ce prodige pour la confirmation de ma foi.

Admirable réaction soulignant encore davantage la sainteté du monarque : sa foi n’a pas besoin de voir. La contemplation de la présence réelle à chaque messe lui suffisait, même si ses sens ne pouvaient percer l’invisible.

Un miracle à chaque messe

Pour qu’une église soit habitée, il suffit que le Très Saint Sacrement repose dans le tabernacle. La lampe qui en signale la présence est une lumière qui attire même des incroyants. Bien des personnes aiment à se retirer un instant dans le silence d’un sanctuaire catholique à cause de ce rayonnement eucharistique. Point ici de phénomène miraculeux, sauf celui qui se répète à chaque messe et qui, ensuite, demeure grâce à la Sainte Réserve.

Comme nos esprits sont faibles et changeants, ils ont parfois besoin de signes venus du ciel pour nous convaincre que ce en quoi nous disons croire est bien une réalité. Comme la femme incrédule ricanant à la messe de saint Grégoire, nous sommes sujets de torpeur spirituelle et notre foi s’effiloche. Si nous nous résignons à être habitués, à ne pas adorer à genoux la Présence réelle, à recevoir sans préparation de l’âme et sans respect la Sainte Communion, nous ne pourrons pas correspondre à notre véritable nature rachetée par le baptême et nous nous dessécherons sur pied. Puissions-nous partager la foi de saint Louis qui est celle de l’Église depuis les origines. Voilà un miracle eucharistique qui passera plus inaperçu mais dont les effets nous ouvriront la porte étroite.

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