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Trinité, Fête-Dieu, Sacré-Cœur : des fêtes profondément liées

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Pascal Deloche I Godong

Jean Duchesne - publié le 13/06/23

Les trois fêtes qui suivent la Pentecôte tracent le chemin à suivre au long du temps ordinaire. Ce que le peuple chrétien célèbre lors de ces trois solennités, souligne l’essayiste Jean Duchesne, c’est la réalité de Dieu révélée par lui-même, et comment celle-ci entraîne les hommes à entrer dans sa vie.

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Les six semaines du temps pascal s’achèvent avec la Pentecôte, et l’on revient alors au temps dit ordinaire qui avait commencé entre la fin de la période de la Nativité et le début du Carême. Ce retour à un « habituel » se prolonge environ six mois, jusqu’au début de l’Avent. Mais il se rouvre avec trois fêtes qui, d’une certaine façon, donnent le ton, car elles font assez bien entendre que ce « normal » n’a rien de banal. On peut même discerner, dans ce qu’il s’agit là de célébrer successivement, des enjeux qui ne devraient pas laisser indifférent.

Un seul Dieu en trois personnes

La fête de la Sainte Trinité prend sa place dans le calendrier huit jours après le mémorial annuel de l’effusion de l’Esprit Saint sur les apôtres réunis, sept semaines après la résurrection du Christ et dix jours après son ascension. C’est comme une manière de laisser retentir l’événement et d’en prendre la mesure, parce qu’on n’y arrive pas si facilement du premier coup. Au cours des premiers siècles, on n’a d’ailleurs pas immédiatement su concevoir et formuler que l’Esprit promis et envoyé par le Christ est lui aussi une personne distincte et pleinement divine, et non quelque auxiliaire ou aspect de la puissance du Dieu unique.

La Trinité est ainsi, en quelque sorte, comme l’ultime secret dévoilé aux hommes par Dieu lui-même sur lui-même. Ce n’est pas une simple originalité face aux croyances et cultes dans lesquels ou bien les dieux sont légion, ou bien le divin est impersonnel. Ce n’est pas non plus une sortie du monothéisme (et d’abord juif), ni une distanciation par rapport à l’Être suprême concocté par la raison philosophique. Car si la foi est, bien au-delà de l’adhésion à une doctrine sur Dieu, une relation avec lui, les chrétiens savent qu’ils ne se tournent pas vers un potentat qui s’intéresserait à eux pour des raisons inexplicables et auquel il n’y aurait qu’à se soumettre. Mais ils se découvrent invités à entrer dans le jeu fécond des relations entre le Père dont tout est issu, le Fils qui leur offre de lui être unis et l’Esprit qui est à la fois comme le fruit et l’agent de la communion en Dieu qui s’ouvre à eux.

La dynamique divine de la vie

Il devient clair dès lors que l’accueil de ce que Dieu révèle et livre n’est pas l’œuvre des seuls bénéficiaires humains, même si leur consentement actif et engagé est indispensable. Ils sont entraînés dans la dynamique des échanges entre le Père, le Fils et l’Esprit, et c’est ce dernier qui, comme lui seul peut le faire, actualise en eux la proximité avec le Fils que celui-ci a été envoyé instaurer par le Père — tout cela sans la moindre contrainte, sans rien perdre et au contraire en s’épanouissant dans le don sans réserve de soi-même. C’est donc à cette liberté qu’ils n’ont pas en venant au monde, mais qui se déploie au sein de la Trinité et en déborde même (si l’on peut dire) que les fidèles du Christ sont appelés à avoir part.

Il ne s’ensuit pas, cependant, que cet affranchissement serait purement intérieur, spirituel, immatériel. Car le mouvement qui singularise et harmonise les personnes divines ne brasse pas que du vide ou de l’évanescent, mais anime le créé et la chair, s’y insuffle même. L’union au Fils et, en Lui, à son Père en se laissant guider par leur Esprit, ne peut pas être mentale, intellectuelle ni affective seulement, parce que l’homme n’est pas un ange et sa vie n’est pas désincarnée. Dans son discours à la synagogue de Capharnaüm (Jn 6, 48-66), Jésus est d’une brutalité qui ne scandalise pas moins que sa naissance virginale, son exécution ignominieuse ou sa résurrection : « Si vous ne mangez pas ma chair et ne buvez pas mon sang, vous n’avez pas la vie — la vraie — en vous. »

Devenir hostie

Ce qu’il peut y avoir d’abstrait dans la Trinité honorée le dimanche suivant la Pentecôte est ainsi complété et rendu sensible huit jours plus tard dans la solennité du Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ. On disait jadis la Fête-Dieu, car c’est la célébration de la présence de Dieu au milieu des siens, avec un réalisme quasiment insupportable : celui que ni le ciel ni la terre ne peuvent contenir se fait quelque chose de sensible qui nourrit et abreuve, non pour entretenir platement l’existence biologique, mais pour donner de participer réellement à la dynamique divine, pourvu qu’on se laisse  pleinement (y compris physiquement) associer par l’Esprit au Fils qui, fait homme, ne cesse comme de toute éternité de remettre, sans rien garder pour lui, à la disposition de son Père tout ce qu’il est et reçoit de celui-ci. 

Et ce n’est pas un rite facultatif, une option que l’on pourrait choisir parce qu’on trouverait cela réconfortant ou joli, mais une nécessité absolue. Il ne s’agit pas d’avaler Jésus qui s’offre sous la forme d’un bout de pain afin de récupérer un peu de son énergie, mais (à l’inverse exact) d’être absorbé en lui. C’est ainsi que saint Paul invite à se faire soi-même hostie (Rm 12,1). Saint Augustin le confirme en relevant que, lorsqu’on communie à la messe, on n’absorbe pas le Christ, mais c’est celui-ci qui au contraire intègre à son corps — sans qu’on y soit dissous, et en restant une personne unique, aimée pour elle-même.

Dieu qui vient ou autocélébration de la communauté ?

Les retombées sont considérables. Aucune communauté ni aucun gourou autoproclamé n’ose, de fait, consacrer et distribuer le pain et le vin en déclarant que c’est « son » corps et « son » sang. De même, personne n’est capable de réconcilier avec Dieu et avec les autres en disant « je » au nom du Christ pour pardonner les égarements et rendre assez pur pour recevoir l’Eucharistie (cf. 1 Co 11, 27). Autrement dit, la fête du Saint-Sacrement rappelle l’importance vitale du sacerdoce confié aux apôtres et par ceux-ci, toujours sous l’aiguillon de l’Esprit Saint, à leurs successeurs les évêques et aux prêtres que ces derniers délèguent. 

C’est un élément fondamental à ne pas perdre de vue dans les débats sur la répartition des responsabilités au sein des collectivités d’Église. La priorité ne peut être que l’accueil de Dieu qui se donne concrètement lui-même. Le reste (structuration locale, services particuliers, insertion dans la société profane, etc.) doit non pas y être subordonné, mais en découler. Ce qui « fait l’Église », selon l’antique formule actualisée par le père de Lubac, ce n’est pas l’envie, la disponibilité, la compétence ni aucun modèle politique (égalitaire ou oligarchique), mais l’Eucharistie et donc, qu’on le veuille ou non, la hiérarchie — la puissance sacramentelle historiquement transmise d’en haut, sans laquelle il n’y a que vaine autocélébration.

Communion au ressenti du Christ

Si tout cela paraîtrait trop doctrinal ou trop formel, la fête du Sacré-Cœur, le vendredi suivant celle du Saint-Sacrement, apporte une dimension existentielle, vécue. Le cœur, au sens biblique, c’est la vie intérieure. Ce qu’éprouve le Fils qui, ressuscité, est toujours homme reste connaissable à travers les Écritures qui sont sa Parole, et son Verbe continue d’agir dans les sacrements, de sorte que nous pouvons partager « les sentiments qui sont dans le Christ Jésus » (Ph 2, 5), c’est-à-dire ses désirs les plus intimes (et pas seulement ce qui le blesse). C’est une telle communion qui autorise les seules percées qui comptent — que ce soit en théologie, en mystique, en charité ou en sanctification de l’Église et de l’humanité.

La Trinité, la Fête-Dieu et le Sacré-Cœur, qui inaugurent la longue phase annuelle du temps « ordinaire », sont des dévotions et des fêtes apparues à partir du XIIe siècle dans la piété populaire avant d’être validées par le magistère ecclésial. On peut y voir des exemples et un gage des approfondissements à opérer jusqu’à la fin des temps.

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