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La foi dans l’Eucharistie, source et sommet de la vie chrétienne

Dwaj księża podnoszą chleb podczas Przeistoczenia w czasie Eucharystii

Pascal Deloche | Godong

Luc de Bellescize - publié le 17/06/23

Le grand mystère eucharistique est dans ce pain de vie, tout simple en apparence, qui nous aide à marcher jusqu’à la Cité de Dieu. Là où le Seigneur est honoré dans ce pain du Saint Sacrement, observe le père Luc de Bellescize, l’Église grandit, des vocations se lèvent, l’espérance renaît.

Dans le Seigneur des Anneaux, les elfes ont dans leur bagage un pain pour la route, le lembas. L’étymologie du mot est complexe, Tolkien étant féru des sciences du langage. Léem en hébreu signifie le Pain, d’où la ville de Bethléem, « la maison du pain ». Le lembas « nourrit la volonté, écrit Tolkien, et donne une force d’endurance ». Il n’est pas permis aux hommes d’en manger, mais la belle Galadriel, l’elfe « aux yeux vifs comme des lances sous les étoiles, aussi insondables que les puits d’une longue mémoire » en donne à la communauté de l’Anneau, dont la mission est de détruire l’Anneau des ténèbres façonné par Sauron qui cherche à exercer sa domination sur la Terre du milieu. 

Ce pain mystérieux

Tolkien a sans doute pensé au mystère eucharistique en imaginant ce pain mystérieux qui nourrit le corps et l’âme et donne courage et force. Préfiguré dans la manne qui nourrissait le peuple de Dieu dans sa longue marche au désert, l’Eucharistie est le pain pour la route, littéralement le viatique que l’on donne aux mourants en promesse de vie éternelle. « Celui qui me mange vivra pour toujours » dit le Seigneur. Nos corps de mort reçoivent comme en un Temple le Seigneur de la vie. « Le voici le pain des anges, écrit saint Thomas d’Aquin dans la séquence du Saint Sacrement, il est le pain de l’homme en route, le vrai pain des enfants de Dieu qu’on ne peut donner aux chiens. » 

À vue humaine, le Saint Sacrement n’est qu’une nourriture de misère.

Notre vie est une longue quête de la liberté intérieure contre tout ce qui nous entrave, contre le péché qui nous lie dans les ténèbres. Chez Tolkien, l’Anneau entraîne vers la mort. Il envoûte peu à peu celui qui le porte en lui donnant des pouvoirs, comme celui de devenir invisible ou de comprendre des langues étrangères. Ainsi Bilbo dans la Forêt noire comprend le langage des araignées géantes et peut leur échapper. Il prolonge indéfiniment la vie mais finit par corrompre et épuiser de lassitude son porteur. Il en est ainsi de ceux qui pratiquent l’ésotérisme ou convoquent les esprits. Ils ont assez rapidement des pouvoirs de connaissance, des succès immédiats, mais finissent aliénés et comme dépossédés d’eux-mêmes. Frodon, héritier de Bilbo, aura toutes les peines du monde à se séparer de l’Anneau car le mal exerce sur nous une certain une certaine emprise. Il y a une fascination du mal, un pouvoir d’envoûtement :

« Un Anneau pour les gouverner tous
Un Anneau pour les trouver
Un Anneau pour les amener tous,
Et dans les ténèbres les lier
Au pays de Mordor où s’étendent les ombres. »

L’amour désarmé

Le lembas est une nourriture pour lutter contre l’empire des ténèbres, un pain de vie, qui ne se corrompt jamais. Ce pain est tout simple pourtant. Il ressemble à une petite hostie dorée, sans apparence particulière. Il entraîne la volonté, mais ne donne pas de pouvoirs spectaculaires. Il aide à tenir la longueur du chemin. Au premier livre des Rois, alors que le prophète Élie vient d’égorger les prophètes de Baal et que la méchante reine Jézabel le poursuit de sa haine, le Seigneur lui donne un pain de vie : « L’ange de l’Éternel le toucha, et dit : “Lève-toi, mange, sinon le chemin sera trop long pour toi.” Élie marcha quarante jours et quarante nuits jusqu’à la montagne de Dieu, à l’Horeb » (1R 19, 7). Il en est de même du grand mystère eucharistique. Un pain de vie, tout simple en apparence qui nous aide à marcher jusqu’à la Cité de Dieu. 

Les démons ne croient pas en l’Eucharistie, au sens où ils ne prêtent pas l’hommage de leur cœur, mais ils savent que le Maître est là, caché dans la présence mystérieuse de ce qui n’est rien en apparence. 

À vue humaine, le Saint Sacrement n’est qu’une nourriture de misère. Comme le Christ en sa Passion décrit dans les chants du serviteur d’Isaïe, il est « sans beauté ni éclat, sans apparence pour nous séduire » (Is 53). Le Prince de ce monde aime les pompes et les séductions. Le Christ aime l’humilité et la discrétion. « L’hostie de blancheur, pétrie de fin silence » disait sainte Édith Stein, est le signe de la vulnérabilité du Christ, l’Agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde. Le Deus Sabaoth chanté dans le Sanctus est le « Dieu des armées célestes ». Mais le Dieu des armées est un Dieu désarmé. L’amour est toujours désarmé, offert à la foi des humbles, ou au mépris des superbes. « Bons et mauvais le consomment, mais pour un sort bien différent, pour la vie ou pour la mort » écrit saint Thomas d’Aquin dans sa séquence. Le Christ se livre aux mains des hommes, comme en sa douloureuse passion. Voici son Corps livré. Que faisons-nous de Lui ?

« Admirable grandeur, étonnante bonté du maître de l’univers qui s’humilie pour nous au point de se cacher dans une petite hostie de pain, s’exclame saint François dans une lettre à tous ses frères, regardez l’humilité de Dieu et faites-lui l’hommage de vos cœurs. » 

La foi des démons

Je vais vous confier une histoire que mon grand-père me racontait souvent. J’avais un ancêtre au XVIIIe siècle, attiré par l’esprit des Lumières comme les papillons qui s’écrasent sur les lampes du soir, libertin et irréligieux. Il fréquentait une sorte de loge, un petit cercle d’initiés porté au spiritisme. L’esprit des Lumières avait trop oublié la « vraie lumière qui resplendit dans les ténèbres et que les ténèbres n’ont pas arrêtée » (Jn 1). Quand Dieu s’efface, alors l’homme se livre à mille croyances pour apaiser l’inquiétude de son cœur. Il invoque les esprits, il consulte les oracles et les horoscopes, il se disperse à mille vents de doctrine. Paradoxe : il n’y a souvent rien de plus crédule qu’un incroyant… La France a grandement perdu la foi mais les sorciers et les voyants ne se sont jamais aussi bien portés. 

La foi en l’Eucharistie est la source et le sommet de toute la vie chrétienne. Ce grand mystère constitue l’Église dans l’unité.

Alors un jour le responsable de son petit cercle, une sorte de mage qui se prenait très au sérieux, lui demande d’aller chercher une hostie consacrée. C’était un temps où l’on ne communiait que sur les lèvres et à genoux, ce qui rendait plus difficile le vol des hosties… Lui, qui avait gardé un fond de bon sens et ne croyait pas en l’Eucharistie, plutôt que de se fatiguer à fracasser un tabernacle, alla donner une pièce à un enfant de chœur et rapporta une hostie non-consacrée. Aucune différence pour qui n’a pas la foi. Mais son chef de loge examina l’hostie, marmonna quelques invocations mystérieuses aux esprits, et lui dit qu’elle n’était pas consacrée. Alors mon ancêtre lui répliqua : « Mais vous y croyez, vous ? » Et devant l’affirmative, il fut bouleversé en son cœur. Il quitta la loge et commença tout un chemin de foi. Il mourut dans l’amitié de Dieu. Les démons ne croient pas en l’Eucharistie, au sens où ils ne prêtent pas l’hommage de leur cœur, mais ils savent que le Maître est là, caché dans la présence mystérieuse de ce qui n’est rien en apparence. 

La source et le sommet de la vie chrétienne

« Ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est pas, voilà ce que Dieu a choisi, pour réduire à rien ce qui est » (I Co 1, 28) La foi en l’Eucharistie est la source et le sommet de toute la vie chrétienne. Ce grand mystère constitue l’Église dans l’unité. Là où la foi se perd, là où l’amour se refroidit, alors l’Église se dissipe dans la mondanité, elle devient une vaste ONG préoccupée de plaire à l’esprit du monde. Elle s’affaire dans le temps et ne se préoccupe plus de conduire à l’éternité. Mais là où le Seigneur est honoré dans le Saint Sacrement, là l’Église grandit, là des vocations se lèvent, là l’espérance renaît.

Je pense à mon ami Cyril Gordien, saint prêtre mort d’un cancer des intestins foudroyant. Au moment où il avait décidé de monter l’adoration permanente dans sa paroisse, une violente cabale, fomentée par quelques-uns, se déchaîna contre lui. Dieu jugera avec miséricorde et justice. Sa paroisse a connu en quelques années une remarquable croissance. Il y avait à ses obsèques des milliers de jeunes et d’enfants. Où se situe le renouveau dans l’Église ? Chez ceux qui prient, chez ceux qui adorent en silence, dans le secret du cœur. Cyril priait chaque semaine, la nuit du jeudi au vendredi, quasiment jusqu’à la fin, quand son corps n’était plus qu’une ombre, une frêle hostie consacrée où brûlait une flamme vive, à l’image de ce pain de misère, qui en apparence n’est rien, qui dans la foi est tout. 

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EucharistieFoi
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