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L’art d’être vieux

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Shutterstock I Ruslan Huzau

Xavier Patier - publié le 28/06/23

Le temps de la vieillesse est le temps du don, quand il n’y a plus rien à prouver. C’est aussi le temps de la conversion du cœur, souligne l’écrivain Xavier Patier, devant la grande aventure, la mort, qui conduit à la Vie.

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Le troisième âge est le moment où la vérité de nos vies refait surface. Nous devenons nous-même. Nous nous heurtons plus qu’avant à nos limites physiques, et en même temps nous goûtons davantage à la liberté de n’avoir plus rien à prouver. Ne plus prouver pour mieux donner : voilà le projet. L’âge de la preuve devient le temps du don : moins d’énergie, moins gaspillée. Dans sa première satire, Horace Flacus compare nos vies terrestres à un repas. La retraite est alors le moment de ce dessert que les Romains appelaient tragemata, la dernière friandise. Quand la bûche glacée arrive, on parle moins fort, on contemple en perspective le banquet qui s’achève, on ne médit plus des absents, on est enfin à ce qu’on fait, on déguste la douceur, et le carpe diem devient littéralement un carpe tragemata. Comme dessert de nos vies, Dieu nous offre un temps de service. Ne le ratons pas ! Vivons-le comme des moines. 

L’âge de la conversion du cœur

Vous étiez ingénieur, enseignant, cuisinier, agriculteur ? Vous voici militant associatif, jardinier, cycliste, catéchiste, élu local, époux, grand-père. Vous l’étiez déjà, mais l’accessoire est devenu le principal. Votre vie ne se réduit plus à une profession : elle devient la somme de vos passions. Et ces passions se font service. Il est temps de rendre grâce pour ce paradoxe : vous devenez unique au moment même où, devenant un ancien, vous rentrez dans le rang. Vieux, cela suffit à vous définir pour la société, mais pas encore à vous occuper. Comment faire bon usage du dernier soubresaut en vous de la jeunesse moribonde ? En méditant ceci : que la vieillesse est l’âge le plus ouvert de tous, l’âge de la conversion du cœur. En abandonnant chaque jour un peu du temps de divertissement pour nous consacrer à préparer la grande aventure, la mort, qui nous conduit vers la Vie. 

Il arrive dans nos vies un moment où il n’est plus question de faire, mais d’être.

Ce n’est pas toujours facile à expliquer, cette préparation joyeuse et vigilante à la mort prochaine. Pour moi, quand on me demande ce que je fais dans la vie, depuis que je suis retraité, je réponds écrivain. C’est une façon comme une autre de donner le change. Je dis écrivain parce que la société ne reconnaît pas le statut de grand-père et n’aime pas entendre parler de la mort. 

Le temps de l’être

Je me rappelle Jacques Attali expliquant, voici déjà une bonne dizaine d’années, qu’il préférait écrire des livres plutôt que se présenter à des élections, parce que l’avenir de l’homme politique est de devenir un jour ancien quelque chose, ancien ministre, tandis que l’avenir de l’écrivain est de devenir écrivain. Malgré son côté narcissique et dandy, la réflexion d’Attali est profonde, car elle montre qu’il arrive dans nos vies un moment où il n’est plus question de faire, mais d’être. Pour certains, ce moment arrive très tôt et pour d’autres jamais. Mais cet instant où l’être trouve enfin sa place est une bénédiction de Dieu. Il n’est jamais trop tard pour le vivre de tout son cœur avant de tout quitter. Il n’y a pas d’ancien écrivain, peut-être, et pas d’ancien artiste, sûrement, mais surtout il n’ y a pas d’ancien baptisé. 

Découvrez aussi les pensées de grands saints sur la vieillesse :

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